30/05/2018

La voiture, éternel parent pauvre de la ville

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La dernière Rencontre des chefs d'entreprise de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI), à la fin de ce mois, a permis à ses nombreux participants de découvrir le chantier du Stade de la Tuilière, qui deviendra d'ici à deux ans le nouveau fief du club de football du Lausanne-Sport. À deux pas de l'aéroport de La Blécherette viendront s’implanter un centre de football et d’entraînement d’athlétisme, un stade de football de 12'000 places, un centre d’affaires et une interface de transport en commun, avec à terme, le terminus du métro M3. Et un parking souterrain de 450… places.

Lors de cette rencontre, les discussions ont rapidement tourné autour de la place plutôt dérisoire qui sera réservée aux voitures dans ce vaste et ambitieux projet. Censé être inauguré l'an prochain, mais plus probablement début 2020, ce complexe sportif sera-t-il fréquenté par les seuls usagers des transports publics? Les nombreux fans du LS qui habitent en-dehors de la capitale devront-ils renoncer à suivre leur club favori à domicile faute de pouvoir se déplacer en voiture? On pourrait le croire lorsque l'on jette un œil sur le dossier que le site de la commune de Lausanne consacre à la mobilité du lieu. On y parle de deux lignes de bus (1 et 21) qui mènent au site de la Blécherette et de l'arrivée, dès 2025, d'une nouvelle ligne de métro, le M3. Pas un mot sur l'accès pour les automobilistes.

Certes, dans l'édition 2017 de son «Observatoire de la mobilité lausannoise», la commune relève que le taux de motorisation – à savoir le nombre de voiture de tourisme, habitants et entreprises, rapporté à la population - a diminué de 20% à Lausanne depuis 2000, «confirmant que la possession d’une voiture est de moins en moins nécessaire en milieu urbain». Cette évolution est clairement citadine, mais que fait-on des autres Vaudois qui, pour se rendre à Lausanne, ont besoin d'une voiture? Il y a certes des P+R, mais seul celui de Vennes est bien desservi par les transports publics. Devront-ils attendre l'arrivée du M3, soit au moins sept ans? Ce n'est pas très sérieux.

Taxes et chicaneries

Selon des chiffres de 2015, la part des ménages sans voiture est de 46% à Lausanne et de 21% à l’échelle du canton. L'automobile reste donc, n'en déplaise à la Municipalité rose-verte, un moyen de transport indispensable pour de nombreux Vaudois. Les taxes et les chicaneries n'en finissent pas de pleuvoir sur les conducteurs. La dernière en date, à Lausanne, a consisté à supprimer la gratuité du parcage dans la zone qui s’étend de la Cité à la gare et de Chauderon au Parc Mon-Repos, entre 12 h 30 et 13 h 30. Un excellent moyen de pousser les gens à déserter encore plus les commerces et les restaurants du centre à la pause de midi…

On peut comprendre la nécessité d'une vision multimodale de la mobilité. Mais doit-on pour autant stigmatiser les automobilistes et réduire sans cesse leurs possibilités de déplacement? Le cas de la Tuilière est hélas exemplaire. La ville devrait prendre exemple sur Berne, qui propose de nombreux parkings accessibles près du centre-ville, et dont l'excellent réseau de trams et de bus permet des déplacements aisés dans la capitale.

Sur son site internet, la municipalité se plaît à souligner qu'à Lausanne «chacun y a sa place, qu’il soit piéton, cycliste, usager des transports publics ou encore automobiliste». Il est des «ou encore» qui veulent tout dire.

Photo: Fotolia

23/05/2018

L'ouverture en réponse à la pénurie

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L'économie n'a décidément rien d'un fleuve tranquille. En janvier 2015, l'abolition du taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro par la Banque nationale suisse plongeait nos entreprises dans la tourmente et faisait notamment planer le spectre d'une vague de licenciements. Trois ans plus tard, l'euro a retrouvé son niveau, la croissance mondiale est solide, mais c'est un taux de chômage au plus bas qui cause désormais de sérieux soucis à notre économie! Car ce quasi plein-emploi engendre une grave pénurie de main-d'œuvre.

Selon une récente enquête de Credit Suisse (CS), citée par le quotidien «24 heures», plus de la moitié des entreprises souhaitant recruter des employés peinent à trouver des candidats appropriés. On estime ainsi que près de 90'000 PME doivent faire face aujourd'hui à une pénurie aiguë de main-d'œuvre qualifiée.

Et l'étude ne parle pas que d'employés issus des grandes écoles et bardés de diplômes, mais aussi et surtout de personnel bien formé et répondant aux besoins de l’économie. Les métiers dans les domaines de l’ingénierie, du droit, de l’informatique et de la santé sont particulièrement demandés dans tout le pays. Les experts de CS notent encore que la situation est particulièrement critique pour les entreprises de l'arc lémanique, dont le dynamisme est soutenu.

Dans sa dernière enquête semestrielle effectuée auprès de responsables financiers d'entreprises suisses, le cabinet d'audit Deloitte relève qu'aux yeux de ces derniers, les bonnes perspectives économiques actuelles sont tempérées par «les inquiétudes liées à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée. Il s'agit désormais du quatrième risque perçu par les CFO suisses, après les risques géopolitiques, les risques internes aux entreprises (comme le respect des échéances) et l'accroissement des réglementations».

Le manque de personnel frappe à nos portes aujourd'hui déjà, et tout indique que le phénomène va s'accentuer. Nous le martelons à longueur de blogs: notre pays a un besoin urgent de renouveler sa main-d'œuvre, car le monde du travail va, à terme, manquer d'employés en raison du départ programmé à la retraite des baby-boomers. L'une des solutions consistera à intégrer davantage les femmes et les seniors, mais cela ne suffira pas à combler la carence annoncée de cerveaux et de bras sur le marché du travail.

L'immigration représente sans nul doute l'une des clés qui permettra de répondre à nos besoins futurs en personnel qualifié. Personne ne peut contester que les accords bilatéraux ont largement contribué à la prospérité de notre pays ces dernières années. Alors que l'initiative «Contre l'immigration de masse» est sur le point d'être mise en œuvre, il convient de faire barrage à la nouvelle offensive des tenants d'une «immigration modérée». L'heure est plus que jamais à l'ouverture si l'on veut éviter à l'avenir des fermetures.

Photo: istock 

11/04/2018

Une expérimentation pleine de risques pour notre économie

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Et si, demain, obtenir un prêt hypothécaire pour un particulier, ou un crédit pour une PME, devenait infiniment plus ardu et plus cher qu'aujourd'hui? Ces cas de figure pourraient hélas devenir réalité si le peuple et les cantons adoptent, le 10 juin prochain, «Monnaie pleine». Cette initiative veut que la Banque nationale suisse (BNS) soit seule habilitée à créer de la monnaie scripturale, que les banques génèrent elles-mêmes afin de financer leurs indispensables activités de crédit.

En cas d'adoption de ce système, qui n'a cours dans aucun pays et qui ferait de la Suisse un îlot monétaire expérimental à haut risque, les banques commerciales ne pourraient plus faire travailler les avoirs à vue sur leurs comptes, qui génèrent des bénéfices et permettent de verser des intérêts aux titulaires de comptes. Cela ralentirait les prêts et renchérirait leur coût, car les établissements bancaires devraient d'abord rassembler les fonds nécessaires jusqu'au dernier centime avant de pouvoir en octroyer. Or, le crédit est indispensable aux entreprises qui veulent investir, innover et créer des places de travail. Ce texte menace indubitablement notre prospérité.

Avec ce système, l'économie suisse servirait en outre de cobaye pour satisfaire la curiosité d'un collectif d'apprentis sorciers actif dans 25 pays, mais surtout en Allemagne. En clair, la mouvance à l'origine de cette initiative voudrait faire de notre pays un terrain d'expérimentation sans avoir à en subir les conséquences. C'est choquant, et c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles ce texte doit être fermement repoussé.

Ralentissement à craindre

Mais ce n'est pas tout! De nombreux experts assurent que la mise en œuvre de ce texte, en réduisant l’offre de crédit bancaire, conduirait à une augmentation des taux d’intérêt. Pour contrecarrer cette raréfaction de l'offre, l’épargne privée devrait alors être stimulée, car elle deviendrait la seule source de financement de l’économie. Avec un effet pervers à la clé que personne ne souhaite: une hausse de la propension à épargner induit une diminution de la demande globale, d'où un ralentissement de l’économie.

L’initiative prévoit en outre de donner au Conseil fédéral la compétence d’intervenir massivement sur les marchés financiers si cela est nécessaire, en dérogeant, au besoin, à la liberté économique. Or, cette dernière est un droit fondamental inscrit dans la Constitution qui protège l’individu contre des ingérences de l’État visant à restreindre les activités du secteur privé. Il est hors de question de sacrifier ce droit sur l'autel de l'interventionnisme.

La BNS, de son côté, est d'avis que l'initiative «Monnaie pleine» ne pourrait empêcher l’émergence de cycles de crédit ni de bulles immobilières ou financières. Il faut le rappeler: la Suisse a su tirer les leçons de la crise financière de 2008 en prenant des mesures pour ajuster les exigences en matière de liquidités et de fonds propres. Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de chacun, sous le regard de la BNS et de la Finma, le gendarme de la finance.

Un front large s'oppose à cette dangereuse initiative, qui comprend le Conseil fédéral, la Parlement, la BNS, toutes les organisations économiques, de nombreux spécialistes de politique monétaire, les partis de droite comme de gauche, et même quelques syndicats. L'enjeu, pour notre pays, est considérable: il faut s'intéresser à cet objet et dire clairement non à la «Monnaie pleine»!

Photo: DR