28/02/2018

La transparence pour tous... y compris pour l'État

 

Fotolia_Trish23.jpg

On est encore loin d'une potion miracle, mais c'est tout de même une bonne nouvelle pour les assurés que nous sommes tous et toutes: en présentant la semaine dernière son bilan d'activité pour 2017, le surveillant des prix, Stefan Meierhans, a annoncé qu'il fera des coûts de la santé sa préoccupation principale cette année. Il est vrai que cet écheveau inextricable a bien besoin d'être démêlé.

Pour Monsieur Prix, la sensibilisation à l'évolution de ces coûts passe par une transparence accrue. Il y contribue d'ores et déjà de manière active en mettant en ligne les tarifs de vingt traitements hospitaliers stationnaires fréquents, ce qui constitue une première. La liste – que l'on peut consulter à l'adresse www.spitaltarife.preisueberwacher.ch - sera mise à jour tous les ans. Elle permet de voir que les hôpitaux pratiquent des tarifs différents en fonction de l'intervention. Il existe même des variations de prix dans un même canton selon les établissements.

Le surveillant des prix précise à cet égard que les gouvernements cantonaux, qui approuvent les tarifs négociés entre hôpitaux et assureurs, doivent assumer leurs responsabilités, car ils portent plusieurs «chapeaux». Ils sont propriétaires, employeurs et ils définissent les prix des prestations. Il y voit clairement un problème de gouvernance: à ses yeux, il faut démêler les intérêts en présence et élaborer «des pistes plus claires et moins ambiguës», a-t-il déclaré vendredi dernier sur les ondes de La Première. Stefan Meierhans estime qu'il faut décharger les cantons de cette fixation des prix dans le domaine stationnaire et la confier à un tiers qui le fera d'une manière plus impartiale. «Je pense qu'ainsi, on pourrait déjà gagner pas mal», a-t-il ajouté. D'une manière générale, il est d'avis qu'en matière de coûts de la santé, «tout dépend de la volonté politique d'agir».

Particularisme vaudois problématique

En fin de compte, le surveillant des prix exprime ce que les organisations économiques faîtières vaudoises - dont la CVCI – ont revendiqué dans leur programme d'impulsions publié l'été dernier: à savoir l'instauration de la transparence des flux financiers liés aux hôpitaux, aussi bien dans le domaine des soins stationnaires que dans l'ambulatoire. Si l'on s'attarde sur les soins facturés dans le canton de Vaud, on s'aperçoit que ceux prodigués par le CHUV sont systématiquement 10% plus chers que dans les autres hôpitaux, y compris les cliniques privées. Allô docteur, il y a un problème! Impulsions 2022 va encore plus loin en revendiquant la transformation du CHUV d'un service de l'État en un établissement autonome de droit public, doté d'un conseil d'administration, comme c'est le cas partout ailleurs en Suisse dans le domaine hospitalier. Car c'est un fait: le CHUV est soumis à l’exclusive autorité du chef du Département de la santé et de l’action sociale. Ce particularisme vaudois pose de sérieuses questions, dont la principale n'échappera à personne: le magistrat chargé de la Santé est souvent juge et partie. Il arbitre les financements croisés, puisque le canton finance une partie des soins et décide comment cet argent est dépensé dans le cadre du CHUV, dicte la politique d’acquisition des équipements lourds, tranche sur le nombre de lits accordés au domaine privé. Cette double casquette est à l'évidence problématique.

Dans les autres cantons, on a pris conscience de la nécessité d'une gouvernance plus claire et plus indépendante dans le secteur des soins. Les Hôpitaux universitaires de Genève n’ont pas de lien aussi net avec le pouvoir politique, même si celui-ci est représenté au sein du conseil d’administration. À Zurich, à Berne ou à Bâle, les structures varient quelque peu, mais elles adoptent toutes le principe d’un organe de surveillance stratégique, qui englobe aussi plusieurs établissements affiliés. Et pas plus tard que la semaine dernière, dans le contexte de la crise qui a conduit au départ de la directrice de l'Hôpital cantonal fribourgeois, la conseillère d'État chargée de la Santé et des Affaires sociales, Anne-Claude Demierre, a proposé de se retirer du conseil d'administration de l'établissement, voyant dans sa double casquette un risque de «conflits d'intérêts». Le CHUV, qui est financé par de l'argent public et privé, ne saurait encore longtemps rester à l'abri de ce vent de transparence.

Photo: Fotolia

14/02/2018

La SSR sent le vent du boulet

2fc7943a.jpg

En termes d'audience - au sens large -, «No Billag» a atteint des sommets. Jamais, sans doute, on aura autant parlé d'une initiative populaire fédérale. L'enjeu, il est vrai, est considérable: il en va de l'avenir du service public audiovisuel en Suisse. À en croire les derniers sondages d'opinion, le non semble devoir l'emporter. Après avoir fait la course en tête pendant des semaines, les tenants du oui peinent désormais à convaincre la population que l'acceptation de ce texte permettrait d’entamer un débat sur l’étendue et le contenu du service public. C'est heureux, car qui peut imaginer un seul instant que le démantèlement abrupt de la SSR, avec ses 6000 employés et ses infrastructures, permettrait de remettre les choses à plat sereinement?

Cela dit, la discussion sur le périmètre de l'audiovisuel d'État n'a rien d'incongru. C'est même précisément parce que la SSR est devenue une sorte de mastodonte que l'initiative «No Billag» a été lancée. En juin 2015 déjà, un vent de fronde s'était levé lorsque le peuple avait accepté du bout des lèvres - 50,08% des voix - la révision de la loi radio/TV, qui instituait la généralisation de la redevance. Il s'en était fallu de 3700 voix! Le mécontentement demeure aujourd'hui encore. C'est pourquoi il est impératif que, en cas de rejet de «No Billag», la SSR et sa ministre de tutelle, Doris Leuthard, songent sérieusement à redimensionner l'institution, à réfléchir à ses vraies missions, et à cesser d'empiéter sur le Net au détriment des médias privés. Il est en outre certain que l'on pourrait renoncer à diffuser une bonne partie des séries TV américaines qui pullulent dans les grilles de programme ou à certaines des compétitions sportives qui sont omniprésentes sur les seconds canaux de nos chaînes nationales. Ces dernières pourraient en profiter, par ailleurs, pour démontrer davantage d'impartialité dans le traitement de certains reportages de société, qui ont une tendance fâcheuse à dépeindre l'économie comme la source de tous les maux...

La SSR, c'est une évidence, sent le vent du boulet. Son président, Jean-Michel Cina, a admis samedi dernier dans «Le Nouvelliste» que les radios et télévisions publiques devaient se réformer. «Il n'y aura aucun tabou, a-t-il affirmé. Nous analyserons tout, notamment nos processus de production et nos infrastructures.» Sur le blog «idéesuisse contre «nobillag», l'ex-directeur de l'information de celle qui s'appelait encore la TSR, Philippe Mottaz, dit son «intime conviction que la direction SSR/RTS n’est pas sourde à la fureur de cette campagne d’une part, et que de l’autre si elle ne devait pas le faire spontanément, le choix de ne rien faire ne lui sera pas laissé».

Pas de chèque en blanc

Si un rejet de «No Billag» sort des urnes le 4 mars prochain, ce qui est souhaitable, la SSR ne pourra donc pas considérer cela comme un chèque en blanc. Un débat de fond sur l'évolution du service public dans l'audiovisuel, à l'heure de la numérisation, sera plus que jamais indispensable. Un résultat serré contribuerait sans doute à mettre la pression sur l'institution pour qu'elle entame sa mue. Et si elle devait se montrer incapable de retenir les leçons d'un passé récent, on peut parier que les milieux politiques et l'opinion publique pourraient rapidement lui rafraîchir la mémoire.

Photo: DR

 

17/01/2018

Plancher sur l'avenir

Fotolia_Gina Sanders.jpg

 

Le 15 janvier a coïncidé avec le troisième anniversaire de l'abandon du taux plancher du franc suisse face à l'euro, décidé alors par la Banque nationale suisse pour éviter un «accroissement incontrôlable de ses réserves de devises». Pour les entrepreneurs suisses, cette date reste marquée au fer rouge: elle leur rappelle la violence de l'électrochoc que cette décision avait provoqué pour la marche de leurs affaires, et la salutaire remise en question qui s'en est suivie!

Les firmes exportatrices se sont retrouvées avec une quasi-parité entre le franc et l'euro, qui leur a fait perdre pas loin de 20% de leur chiffre d'affaires pratiquement du jour au lendemain. Un «coup de Jarnac», comme le qualifiait alors un industriel membre de la CVCI dans notre journal, en dépit du discours rassurant des milieux concernés qui laissaient entendre que l'industrie suisse aurait la faculté de s'adapter.

Et elle l'a fait! Bien sûr, cela ne s'est pas apparenté à une promenade de santé. Il a fallu réagir vite: revoir les budgets et les processus, contacter les fournisseurs, trouver des arrangements et, forcément, baisser les prix. Les travailleurs ont eux aussi été mis à contribution, jouant magnifiquement le jeu pour la pérennité de leur entreprise, et de leur emploi. Rapidement, nos industriels ont innové, prospecté d'autres marchés et, parfois, dû renoncer à la collaboration de sous-traitants et délocaliser une partie de leur production.

Les clés du succès

Oui, cela a été dur, mais cet immense labeur a fini par payer. La grande majorité des entreprises qui ont dû affronter ce véritable tsunami ont su relever la tête. Réactivité, inventivité et innovation ont été les clés du succès. Il est d'ailleurs permis de penser que ce travail va continuer de porter ses fruits à l'avenir.

Les perspectives sont d'autant plus prometteuses qu'aujourd'hui, à la faveur du redressement marqué de l'économie européenne, l'euro retrouve des couleurs et ses niveaux d'avant 2015. C'est positif pour les exportations et, accessoirement, pour le commerce de détail.

Surtout, cet environnement monétaire apaisé pourrait pousser certaines entreprises à rapatrier en Suisse des unités de production délocalisées, en profitant des progrès dans le domaine de l'automatisation. Plus d’une entreprise suisse sur six a déplacé tout ou partie de sa production hors de nos frontières entre 2012 et 2015, selon les chiffres de la récente enquête sur l’industrie manufacturière européenne rapportés par l'ATS.

L’automatisation permet de produire à moindre coût en Suisse, rappellent les experts: les opérations de base et de routine peuvent être exécutées par les machines. Pour les programmer et les rendre fonctionnelles, il faudra toujours du personnel bien formé, un domaine dans lequel notre pays excelle. Ainsi, de nombreuses entreprises pourraient mettre un pied dans cette fameuse industrie 4.0, vers laquelle il faudra absolument se tourner ces prochaines années.

Photo: Fotolia