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13/01/2016

Faim dans le monde: interdire la finance ne résoudrait rien

Interdire la finance dans le négoce de produits alimentaires contribuerait-il à lutter contre la faim dans le monde? Pas du tout! L’initiative des Jeunes socialistes intitulée «stop à la spéculation sur les produits alimentaires», sur laquelle nous votons le 28 février prochain, est un bel exemple de proposition hors sujet. Son seul effet concret serait de fragiliser la Suisse, et tout particulièrement l’Arc lémanique. Objectif manqué, victime collatérale: une situation perdant-perdant!

La seule conséquence immédiate de l’initiative serait de déplacer à l’étranger les activités de négoce de matières premières agricoles aujourd’hui réalisées en Suisse. Avec des pertes d’emplois, de compétences et de recettes fiscales. Entre Lausanne et Genève, ce sont des dizaines de sociétés qui seraient obligées de s’exiler, tant les exigences contenues dans l’initiative sont impossibles à tenir.

Personne n’a en outre intérêt à se passer de la finance dans le commerce de produits agricoles. Ni les agriculteurs, ni l’industrie alimentaire, ni les consommateurs. Et encore moins les populations des pays les moins avancés. Toutes les études, et en particulier une recherche récente de la Haute école de Lucerne, montrent en effet que la spéculation déploie aussi des effets positifs. Elle réduit la volatilité des prix, ce qui est favorable aux consommateurs. Mais elle permet aussi aux producteurs de s’assurer des revenus stables et prévisibles.

Les chiffres contredisent les initiants

L’effet «spéculatif» négatif ne constitue en outre – lorsqu’il est avéré - qu’une partie du prix des denrées agricoles, à côté de la météo, de l’évolution de la demande ou encore des stocks. Ces différents éléments ont des effets beaucoup plus importants sur les cours boursiers que les aléas financiers. Des récoltes trop abondantes liées à une météo favorable feront baisser les prix, que les spéculateurs le veuillent ou non…

L’évolution des cours des matières premières agricoles ces 20 dernières années prouve d’ailleurs que la finance n’a pas eu d’impact. La croissance des prix n’a été que de 5% en termes réels, soit de 0,25% par an, selon les chiffres de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Pour les céréales, il y a même eu une baisse de 2%.

Il y a mille mesures à prendre pour mieux répartir la nourriture dans les pays où elle manque, pour lutter contre le gaspillage, pour améliorer les infrastructures d’approvisionnement. Mais l’initiative des Jeunes socialistes ne vise pas cela. Elle ne ferait qu’exclure une activité de notre pays. Les activités de négoce se déplaceraient à Londres ou Singapour. Suivie peut-être, dans un deuxième temps, des négociants en matières premières non agricoles.

Pour l’ensemble du secteur du négoce, l’on parle là de 12'000 emplois et de presque 4% du PIB suisse. Quel gâchis! L’initiative handicaperait notre pays, le privant de savoir-faire, d’emplois et de recettes fiscales. NON à cette initiative!

06/01/2016

Oui au 2e tube du Gothard, la sécurité passe d’abord

Un 2e tunnel routier au Gothard s’impose. Par solidarité avec le Tessin, qu’il serait irresponsable de couper du reste de la Suisse pendant les trois ans et demi que prendrait la réfection du tunnel actuel. Par la nécessité de maintenir un axe Nord-Sud fluide. Mais surtout pour des raisons de sécurité. Le tunnel bidirectionnel actuel est dangereux. Dans cette votation qui aura lieu le 28 février, nous ne parlons plus d’argent ni d’écologie, mais de vies humaines.

En 2001, deux camions s’étaient percutés dans le tunnel, provoquant un brasier terrible. Bilan: 11 morts. Depuis cette année-là, 180 autres accidents ont eu lieu causant une dizaine de morts ainsi qu’une centaine de blessés supplémentaires. Deux tunnels ne réduiront bien sûr pas ces tristes chiffres à zéro, mais ils les diminueront. C’est là l’essentiel.

Mais parlons tout de même chiffre, car cela en vaut la peine. La construction d’un deuxième tube est évaluée à 2,8 milliards de francs. Beaucoup? Il faut savoir que la construction des terminaux et la mise en place des navettes pour transporter les voitures et les camions à travers les Alpes pendant la réfection du tunnel actuel coûteraient 1,9 milliard en tout (rénovation comprise). Le «surcoût» du percement n’est donc «que» d’un milliard de francs environ. Un milliard pour améliorer la sécurité pendant des décennies et garantir des assainissements facilités à l’avenir (car des rénovations complètes sont indispensables tous les 30 ans). L’investissement en vaut indiscutablement la peine.

Reste l’argument «écologiste» selon lequel ce second tube serait contraire à l’initiative des Alpes acceptée par le peuple suisse en 1994. Notre Constitution stipule depuis lors que «la capacité des routes de transit dans les régions alpines ne doit pas être augmentée». Un argument que même l’ancien conseiller fédéral Moritz Leuenberger a entonné la semaine dernière…

Cette affirmation est pourtant totalement fausse: les capacités ne seront pas accrues d’un seul véhicule au Gothard. Les tunnels n’offriront qu’une voie de circulation par tube lorsque les deux seront en service: c’est écrit noir sur blanc dans la modification de la loi fédérale sur le transit routier dans la région alpine (LTRA), le texte qui sera soumis à votation. La sécurité, la solidarité confédérale et le maintien de bonnes liaisons entre toutes les régions de notre pays plaident pour un oui sans réserve aucune le 28 février prochain!

23/12/2015

Pour un aménagement du territoire pragmatique

Alors que les entreprises n’ont d’autres choix que de déployer des trésors d’inventivité pour s’adapter au franc fort, l’administration fédérale peine à emprunter la voie du pragmatisme lorsqu’elle doit statuer sur des projets industriels… Dernier exemple en date: l’extension de l’usine du fabricant d’aliments cuisinés Hilcona, dans la zone industrielle d’Orbe.

Le canton a validé le projet et l’affectation de quatre hectares de terrains agricoles pour la construction de cette infrastructure. Sur recours de l’Office fédéral du développement territorial (ARE), le Tribunal cantonal a donné raison au canton. Mais Berne s’acharne: pour l’administration fédérale, les terrains agricoles dézonés doivent être compensés immédiatement par la désaffectation de zones constructibles. Attendre 2017, comme s’y est engagé le canton, ne serait légalement pas défendable. L’affaire a été portée au Tribunal fédéral.

Promesses non tenues

Ce juridisme étroit est déplorable. En acceptant la modification de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT) en mars 2013, le peuple suisse n’a certainement pas voulu que l’on bloque les entreprises. Le débat avait alors essentiellement porté sur le mitage du territoire et sur la nécessité de densifier les logements résidentiels dans les zones urbaines. Deux buts que la LAT prévoit d’atteindre via un redimensionnement des zones à bâtir dans les cantons qui disposent de trop de réserves. Le canton de Vaud, qui est concerné, avait reçu de Doris Leuthard des assurances selon lesquelles il n’y aurait pas de moratoire. Mais elles sont restées lettre morte. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient.

Résultat, des investissements sont aujourd’hui bloqués à Orbe pour de simples raisons réglementaires. L’ARE discute en effet de la simultanéité de la compensation des zones, pas de leur réaffectation proprement dite. Force est de constater que les engagements de l’administration cantonale sont tenus pour des promesses aussi peu solides que celles émanant du Conseil fédéral il y a trois ans…

Dans l’immédiat, on ne peut malheureusement qu’attendre. Et espérer que le Tribunal fédéral se montre moins rigide que l’ARE. Les entreprises doivent en effet déjà faire face à de nombreux vents contraires: franc fort, conjoncture internationale fragile et hésitante, incertitudes liées à l’avenir des relations bilatérales avec l’Union européenne dans le contexte de la mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse, incertitudes sur la réforme fédérale de la fiscalité des entreprises. Attention, la coupe est pleine. Et au final c’est l’emploi et le dynamisme économique de notre région qui en pâtit. Avec la LAT, tout le monde y gagnerait si l’on respectait l’esprit de la loi plutôt que la lettre. Une bonne résolution à prendre pour 2016!