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06/12/2017

Des soins dentaires au goût amer

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Le Grand Conseil a tranché dans le vif à la fin du mois dernier, à l'issue d'un long débat houleux: les Vaudois voteront sur l'initiative de l'extrême gauche instaurant une assurance obligatoire pour les soins dentaires de base, sans contre-projet. Le scrutin aura lieu le 4 mars 2018. Les coûts annuels de cette étatisation sanitaire, estimés à quelque 300 millions de francs lors du dépôt de ce texte, en 2014, avoisinent aujourd'hui allègrement les 400 millions.

Cette initiative prévoit un financement à travers un prélèvement semblable à celui de l’AVS, payé à parts égales par les employés et les employeurs. On parle d'une ponction paritaire proche des 0,6 à 0,7%. Les indépendants et les rentiers AVS disposant d'une certaine fortune passeront eux aussi à la caisse. Pour les autres, à savoir notamment les jeunes de moins de 18 ans, les rentiers AVS et les demandeurs d'asile, l'initiative prévoit la prise en charge des soins dentaires par la politique sanitaire du canton. Autrement dit, par les impôts. La gauche de la gauche propose donc d'offrir le dentiste à tous les habitants du canton en faisant régler la note par la moitié d'entre eux. Ce sont donc toujours les mêmes qui paient, et cela n'est pas acceptable!

Ce texte doit être rejeté avec fermeté pour plusieurs raisons. Tout d'abord, l'exemple des hausses récurrentes des primes l'assurance-maladie obligatoire fait planer le spectre d'un inéluctable gouffre financier pour cette initiative. La LAMal a hélas apporté la preuve que l'importante bureaucratie découlant d'une telle assurance conduit à une augmentation continue des coûts, sans qu'on parvienne à enrayer cette spirale. On peut légitimement craindre que le phénomène se reproduise avec le modèle prescrit par l'extrême gauche. Dans les pays environnants comme la France, l'Allemagne et l'Angleterre, des systèmes d'assurance obligatoire ont été mis en place; force est de constater que la santé bucco-dentaire y est plutôt mauvaise et que les coûts à la charge de la collectivité y sont élevés. La Société suisse des médecins-dentistes (SSO) est elle aussi fermement opposée à cette initiative.

Un système qui a fait ses preuves

Le système suisse de soins dentaires, basé pour l'essentiel sur la prévention et la responsabilité individuelle, a largement fait ses preuves depuis des décennies. Les mesures de prophylaxie mises en œuvre dans notre pays, dès les années 1960, ont contribué à faire chuter drastiquement le nombre de caries chez les jeunes. Il apparaît en outre que huit enfants vaudois sur dix sont assurés auprès d'une caisse pour les soins dentaires (y. c. l'orthodontie), par le biais de complémentaires ou d'assurances dentaires globales. En outre, les groupes de population défavorisés bénéficient déjà d'aides cantonales ciblées dans ce domaine.

Enfin, il est clair que le financement de ce système par les employés et les employeurs fragiliserait encore un peu plus l'économie de notre canton. En apportant son soutien à cette initiative, la majorité du Conseil d'État elle-même se fourvoie, alors que le collège gouvernemental s'était engagé, dans le cadre du volet social accompagnant la RIE III, à ne pas augmenter les prélèvements jusqu’en 2022. La compétitivité de nos entreprises passe notamment par le maintien de charges sociales supportables.

Photo: Fotolia

25/10/2017

L’ambition est aussi une condition cadre

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« La Suisse est en voie de banalisation », s’exclamait l’autre jour l’écrivain et conseiller politique français Jacques Attali, de passage en Suisse romande pour promouvoir son dernier livre. On peut se demander s’il s’agit là d’un verdict ou d’un souhait, tant la position de la Suisse sur l’échiquier mondial paraît souvent déranger nos chers voisins.

Cela dit, la sentence doit aussi nous faire réfléchir, car elle n’est pas dénuée de fondement. La Suisse, cette Willensnation, s’est construite sur des audaces, des paris, des visions d’avenir qui ont sorti ce pays isolé au milieu de l’Europe de sa pauvreté, pour en faire progressivement un bastion économique, politique et social. La relecture sélective de l’histoire ne doit pas transformer ces efforts en simples manifestations d’opportunisme. On a trop tendance à penser, à l’étranger, que la Suisse n’a fait que profiter de situations de conflit pour s’enrichir et se protéger.

Elle a au contraire su faire preuve d’ambition. Sa construction politique, au XIXe siècle, a rompu avec les tentations conservatrices et posé les jalons d’une remarquable stabilité qui ne se dément pas depuis un siècle et demi. Ses investissements dans les transports ont tracé une ligne que l’on suit toujours et qui constitue un avantage concurrentiel. Nous devons à tout prix le conserver en continuant à y investir. Sans jamais céder aux sirènes de la démesure, la Suisse a su, par ailleurs, développer une politique active de la représentation et du symbole. Elle a misé sur son sens de l’organisation et de la solidarité pour mettre sur pied des événements, notamment diplomatiques, qui l’ont placée favorablement sur la carte du monde.

La manière actuelle d’empoigner les dossiers politiques fait craindre que cet esprit pionnier ne se tarisse, que tout en magnifiant le passé on maudisse l’avenir, que les soucis du quotidien empêchent d’imaginer des projets pour le futur. De grands projets, générateurs d’activité économique, qui puissent entretenir - et même rafraîchir - l’image de la Suisse dans le monde.

L’accueil circonspect réservé pour l’heure à la candidature de Sion aux Jeux olympiques d’hiver 2026 peut être interprété comme une saine prudence, qui doit pousser les promoteurs du projet à convaincre de sa validité, et de la qualité de sa préparation. Cet examen est nécessaire, mais il serait très dommage que l’on confonde l’analyse rationnelle d’un grand projet avec son dénigrement par principe. Bien sûr, l’olympisme traverse des turbulences, il doit faire œuvre d’introspection et se régénérer. Mais c’est justement la chance de la Suisse : être le pays qui aura passé de la parole aux actes, et qui aura démontré à la planète entière qu’une ambition peut être saine et bien concrétisée.

L’ambition? C’est aussi une condition cadre du succès.

12/10/2017

Le travail ne va pas disparaître !

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C’est la nouvelle théorie à la mode, le nouvel épouvantail : le travail disparaît. L’automatisation de la société s’accélère, l’intelligence artificielle s’immisce dans les recoins les plus inattendus de notre vie quotidienne, des métiers disparaissent aussi vite que les espèces sur la planète. Bref, comme le dit la chanson, c’est la fin du monde tel que nous le connaissons.

Quelques prophètes de la technologie triomphante nous prédisent un avenir digne des meilleurs films de science-fiction, où les machines devenues toutes-puissantes seraient bien plus capables que nous de discernement, et que leur association avec les esprits les plus malfaisants promettrait au monde un chaos destructeur. C’est faire fi de l’histoire, de la faculté d’adaptation de l’être humain, de sa créativité, et d’un élément qu’il faut sans cesse rappeler : les machines, les algorithmes, les logiciels, aussi perfectionnés soient-ils, ne produisent que ce pour quoi ils ont été conçus. L’avenir est sans doute différent du présent, c’est une tautologie, mais il suffit de se pencher sur les prédictions faites dans un passé récent pour constater leur inexactitude.

Du réalisme et de la souplesse

D’autres prophètes serinent un refrain bien connu: si le travail disparaît peu à peu, il faut mieux le partager. Comme si « le travail » était un élément fini, un gâteau standard que l’on répartit en tranches d’égale valeur. Les exemples peu convaincants abondent (la France et ses 35 heures, au hasard), mais cela n’arrête pas les inconditionnels du collectivisme. Ainsi des Jeunes socialistes suisses, qui proposent une semaine de travail à 25 heures, sans diminution de revenu, bien entendu. Le tour de passe-passe serait réalisé par la seule grâce de l’augmentation de la productivité – et financé par les riches patrons, bien entendu.

Les jeunesses partisanes font souvent œuvre de provocation pour avancer des idées nouvelles. En l’occurrence, les Jeunes socialistes recyclent et exagèrent une idée qui sent déjà l’obsolescence. Si nous devons retenir une leçon globale de l’évolution technologique de notre société, c’est qu’elle exige de nous davantage de souplesse et d’inventivité que de rigidité.

Des métiers disparaissent, d’autres se créent. Les tâches rébarbatives, répétitives, qui ne demandent aucune créativité, sont de plus en plus prises en charge par des robots ou des logiciels. Mais les exigences en matière de services individualisés et de gestion de la complexité ouvrent de nouvelles perspectives. L’urgence n’est donc pas de brider le travail, mais de mieux accompagner ses mutations, en adaptant notre cadre législatif et régulatoire à ces réalités. Et en insistant sur la formation, à tous les niveaux, pour éviter que cette révolution n'engendre des cohortes de victimes.