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14/08/2013

Pas le droit de parler des habitudes de consommation des Suisses?

Les habitudes de consommation changent. Quel mal y-a-t-il à décrire la réalité? Les Suisses sont nombreux – toujours plus nombreux, à vrai dire - à vouloir effectuer des achats après 18h30 ou 19h00, a constaté le surveillant des prix Stephan Meierhans dans un journal gratuit alémanique. Où est le problème? Le fait que l'on vote le 22 septembre prochain sur une ouverture non-stop des shops de stations-service situés le long des axes très fréquentés devrait-il conduire à museler Monsieur Prix sur toute question traitant du commerce en général? Chacun a tout de même le droit de pouvoir décrire ce qu'il constate autour de lui. Pour Stephan Meierhans, parler de commerce relève même de sa fonction première!

Censurer le Surveillant des prix serait d'autant plus incongru que la question des shops des stations-essence ne concerne absolument pas les horaires d'ouverture des magasins au sens propre. Deux douzaines de shops sont déjà ouverts 24h sur 24 en Suisse, dont un en Suisse romande. Des employés y travaillent déjà de nuit, sans toutefois pouvoir y vendre,  entre 1h et 5 h du matin, l'assortiment à disposition les 20 autres heures de la journée. Encaisser l'essence et vendre des sandwichs, oui. Mais vendre des produits de première nécessité (cosmétiques, conserves…), non. Nous votons uniquement sur la fin de cette situation grotesque, que les syndicats souhaitent perpétuer pour des motifs doctrinaux.

Ce dont parle Stephan Meierhans se situe largement au-delà de cette discussion. Il s'agit d'une question de société. Tout le monde admettra que notre pays est l'un de ceux où les commerces ferment particulièrement tôt. Cela surprend d'ailleurs toujours – lorsque cela ne les prend pas de court - les touristes qui visitent pour la première fois la Suisse. Le monde du commerce suisse est figé par des lois d'un autre temps. Un temps pas si lointain, c'est vrai. Mais un temps néanmoins révolu: les consommateurs ne sont pas tenus par ces règles.

Ils peuvent acheter à n'importe quelle heure sur Internet, les magasins ferment plus tard en France voisine. D'ailleurs, ils ne s'en privent guère… Le tourisme d'achat a fait perdre quelque 10 milliards de francs au commerce suisse au cours des deux dernières années.

Faut-il mettre des œillères? Eduquer les consommateurs avec des rayons bâchés? Les faire rentrer dans le moule légal et syndical? Ou bien le droit doit-il s'adapter à l'évolution du mode de vie? Les Suisses auront tout loisir de répondre à ces questions ces prochaines années. Mais avec les shops, encore une fois, nous ne parlons pas de cela. Juste d'une aberration.

17/07/2013

Débat sur les salaires: la Suisse est très égalitaire!

Le débat sur l'initiative Minder, s'éternisant pendant des années, avait fini par semer la confusion en Suisse. A écouter certains milieux, notre pays évoluait vers une sorte de ploutocratie où les écarts salariaux ne faisaient que s'accroître. Avec des pauvres qui deviennent toujours plus pauvres et des riches toujours plus riches. A force d'être répétée, une affirmation erronée prend la forme d'une vérité, c'est bien connu. Sauf que cette vérité est cette fois-ci contredite par des chiffres.

"La Suisse se trouve parmi les pays les plus équitables du monde. Ses trois grands voisins connaissent des inégalités plus profondes": les conclusions de l'enquête menée par Avenir Suisse sont formelles. Les chercheurs de la fondation ont constaté que "depuis 1998, le revenu national par habitant a augmenté de 17,7 %". Mieux: "tout le monde a profité de cette croissance; et en termes de pourcentage, ce sont les ménages pauvres qui en ont tiré le plus grand bénéfice." Pour qui s'intéresse au débat sur les salaires, un coup d'œil à cette étude permet de remettre certaines pendules à l'heure.

Mais dans le fond, ces résultats sont-ils vraiment surprenants? Notre pays ne compte que 2,9% de chômage (juin) alors ce taux est de 12,2% (mai) dans la zone euro et que plus d'un jeune sur deux est sans emploi dans le sud de l'Europe. La croissance du PIB se maintient alors que tous nos voisins ont traversé un trou d'air ou sont en récession, en même temps que leur dette publique explose.

Mais il faut aussi aller au-delà de ces données générales. Sur le terrain. Là, nos entreprises forment les jeunes par la pratique. Le système de l'apprentissage est un modèle d'intégration. Il est le meilleure remède contre l'émergence de castes d'élites formées dans les grandes écoles - comme en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis - dominant la grande troupe de ceux qui ont suivi la voie normale. Notre système de formation duale est égalitaire et cela se retrouve ensuite dans la structure des salaires. Des salaires qui sont fixés par les entreprises, le cas échéant avec la participation des représentants des employés ou des syndicats. Mais sans intervention de l'Etat!

Or c'est justement cela que la gauche voudrait changer aujourd'hui avec son initiative 1:12 (qui veut limiter le salaire le plus élevé à 12 fois la rémunération la plus basse dans une société) ou un salaire minimum à 4000 francs. De telles mesures auraient pour conséquence de modifier une mécanique qui fonctionne très bien. Les chiffres nous prouvent que nous sommes beaucoup plus égalitaires que la plupart des pays qui ont connu des années de pouvoir socialiste (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne…) et de recettes interventionnistes.

Qu'apporterait l'initiative 1:12? Elle porterait en tous les cas un coup violent au partenariat social, puisque l'Etat deviendrait partie prenante de la politique salariale des entreprises, et cela même dans les entreprises qui ne sont pas concernées parce que les salaires des dirigeants sont largement inférieurs à 12 fois le plus bas revenu. Tous devraient prouver préalablement qu'ils respectent la loi. Rappelons que l'Etat n'est jamais intervenu jusqu'ici dans la politique salariale, exception faite pour les quelques conventions collectives de travail (CCT) déclarées de force obligatoire.

L'étude d'Avenir Suisse est une bonne occasion de discuter du fond de la question posée par l'initiative 1:12. Les chiffres démontrent qu'elle est parfaitement inutile. Et dangereuse!

10/07/2013

Excès d'initiatives populaires, consensus en péril

L'explosion du nombre d'initiatives populaires est inquiétante. On est passé de 3 à 10 objets soumis au vote du peuple et des cantons, par décennie, au début des années 1900, à 44 au cours des dix dernières années, relatait lundi "24 heures". La surenchère est évidente.

Il y a encore quelques années, les initiatives étaient surtout utilisées comme un aiguillon. Elles avaient pour objectif d'amener le parlement à empoigner un dossier et à élaborer un contre-projet. Ce processus achevé, les promoteurs de l'initiative finissaient généralement par se rallier au consensus. Et retiraient donc logiquement leur texte. Les objets maintenus jusqu'au bout étaient en principe des propositions qui n'avaient pas suscité une volonté assez large de faire évoluer notre droit fédéral.

Tout a changé il y a quelques années avec l'arrivée du show politique permanent. Les initiatives sont devenues des outils promotionnels. Les initiants ne visent plus forcément un consensus. Non, leur objectif numéro un est de faire parler d'eux. De tenir l'opinion publique en haleine. Avec une telle stratégie, lorsqu'un contre-projet prend forme, il est de plus en plus tentant de maintenir l'initiative, pour profiter d'une exposition médiatique gratuite. "Qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi!", disait Léon Zitrone… Et si le contre-projet est indirect, donc non soumis à votation, la tentation d'aller au front jusqu'au bout devient presque irrésistible.

Cela change fondamentalement le travail du parlement. En cas de contre-projet indirect, le peuple n'a pas de prise directe sur l'objet puisqu'il ne lui est pas soumis. Tout le travail des Chambres est alors occulté par les initiatives maintenues, malgré des acceptations parfois massives des contre-projets par le parlement. Résultat, le débat se polarise, en dehors de toute possibilité d'atteindre un nouveau consensus. Les initiatives étant beaucoup plus nombreuses, davantage d'entre elles passent (et passeront) la rampe. Et ces objets hétéroclites (interdiction de construire des minarets, pouvoir de se prononcer sur les salaires des sociétés cotées donné aux actionnaires...) continueront à charger la Constitution de dispositions qui n'ont rien à y faire, parce qu'elles devraient être réglées au niveau de la loi. Notre Constitution entrée en vigueur en 2000 avait justement été révisée notamment parce qu'elle intégrait trop d'objets secondaires…

Seize initiatives sont actuellement en phase de récolte de signatures. Plus de 20 sont à ce jour dans la phase où elles peuvent potentiellement être soumises au vote du peuple (d'ici à quatre ans). Valeur essentielle de la Suisse, la capacité à créer le consensus est soumise à des tirs nourris. Trop nourris!