01/05/2013

Le partenariat social et l'industrie vaudoise, une formule à préserver

Novartis va finalement investir 150 millions de francs à Prangins d'ici à 2020, 110 millions de plus que prévu au moment du plan de sauvetage de la fabrique de médicament vendus sans ordonnance. Le site emploie actuellement 730 personnes, soit 80 de plus qu'il y a 18 mois, au moment où le groupe pharmaceutique bâlois annonçait vouloir cesser la production en terres vaudoises. C'est peu dire que la solution trouvée entre le canton, l'entreprise et les employés pour rendre cette usine rentable à long terme constitue un succès. Grâce au partenariat social, le résultat final dépasse toutes les attentes, comme l'a souligné le chef du Département fédéral de l'économie Johann Schneider-Ammann. Bien sûr, chacun a dû faire des concessions, mais tout le monde y trouve son compte à la fin.

La nouvelle de Novartis est tombée le même jour (jeudi dernier) que l'inauguration officielle de son nouveau site de Mex par le fabricant de machines Bobst. Là aussi, l'entreprise, les employés et le canton ont dû s'assoir autour d'une même table pour chercher le meilleur moyen d'assurer la pérennité des activités sur la durée. Là, la société n'a pas pu éviter des licenciements, en raison de la baisse de la demande de ces dernières années, du franc fort ainsi que de la nécessité de se réorganiser pour mieux se profiler sur les marchés asiatiques. Mais grâce à un soutien bien compris de l'Etat en faveur de la formation des apprentis (on en compte 250 à Mex!), l'entreprise aborde l'avenir avec une santé retrouvée.

Quelques semaines plus tôt – c'était à la fin mars – Nestlé "vernissait" aussi, à Orbe, une nouvelle unité: un centre de technologie pour les capsules et les machines. On y apprenait que le groupe a créé pas moins de 650 emplois en dix ans sur ce site, pour y porter ses effectifs à 1500 personnes. Des dizaines d'entreprises locales y ont participé à plusieurs gros chantiers.

Pourquoi ces exemples? Parce qu'ils illustrent le bon fonctionnement de notre économie, de nos institutions et de notre manière d'élaborer des solutions en cas de difficultés. Nestlé et Orbe sont la vitrine du dynamisme de la région, aussi dans l'industrie. Novartis et Bobst montrent qu'il n'y a pas de fatalité.

Mais il faut pouvoir disposer d'une marge de manœuvre pour trouver des solutions et pour être dynamique! Le partenariat social ne peut pas être encadré par des règles qui ont pour objectif de brider les entreprises. Si les idées comme celles développées dans l'initiative 1:12, qui veut limiter le salaire le plus haut dans une entreprise à douze fois le salaire le plus bas, ou celle exigeant un salaire minimum à 4000 francs passaient la rampe en votation, notre pays glisserait peu à peu sur la voie du dirigisme. Le partenariat social en prendrait en coup.  

Novartis, Bobst et Nestlé nous montrent que le système actuel fonctionne. Que se passe-t-il en France, championne des acquis sociaux aussi rigides qu'intouchables? Elle se désindustrialise à la vitesse grand V. Juste à côté, notre canton parvient à préserver son secteur secondaire et son savoir-faire, et même à les renouveler. Vouloir imiter les recettes destructrices de nos voisins serait une grave erreur!

 

24/04/2013

Caisse de pension de l'Etat de Vaud: le canton est privé d'un débat de fond

Le projet d'assainissement de la Caisse de pension de l'Etat de Vaud (CPEV) présenté au Grand Conseil a tout du rafistolage. Basé sur un accord passé entre le canton et les syndicats, ce projet de loi maintient une inégalité injustifiée entre les employés de la fonction publique et ceux privé: l'âge de la retraite. Rien ne justifie que les premiers puissent cesser de travailler à 63 ans, soit un an ou deux avant l'âge légal de la retraite (64 ans pour les femmes et 65 pour les hommes). Tout cela aux frais du contribuable, au bout du compte.

Cette question fondamentale n'est pas la seule que ce projet de loi escamote. L'Etat demande au Grand Conseil d'injecter 1,4 milliard de francs dans la CPEV (de manière à se conformer aux nouvelles directives en matière de taux de couverture), mais sans changer le modèle: la caisse restera en primauté de prestation. Cela signifie que les employés de la fonction publique n'ont pas à se soucier de l'évolution des marchés: leur employeur leur garantit une rente sur la base d'un pourcentage de leurs derniers salaires.

Et si la bourse chute? L'Etat, donc le contribuable, repassera à la caisse. Il n'y a pas d'alternative. Le fait que dans le privé, ce contribuable soit neuf fois sur dix affilié à une caisse à primauté de cotisation ne semble pas gêner le moins du monde les représentants de l'Etat employeur ni des syndicats! Et pourtant, en cas de nouvelle dégringolade boursière, le contribuable assuré selon ce modèle sera amené à payer plus cher pour la prévoyance de la fonction publique alors que sa propre retraite sera diminuée puisque son capital aura fondu!

Bien sûr, passer à la primauté de cotisation coûterait plus cher. Mais de quels montants parlerait-on exactement? Et avec quels avantages et inconvénients à long terme. On aurait aimé le savoir. La plupart des cantons alémaniques ont déjà franchi le pas il y a plusieurs années. Le Valais l'a également décidé. Pourquoi pas le canton de Vaud?

Age de la retraite privilégié, rente-pont AVS de 16 millions de francs qui permet de prendre sa retraite dès 60 ans dans certaines activités, modèle à primauté de prestation qui fait supporter tout le risque financier à l'employeur… le catalogue des avantages pourrait à la limite être justifié si le plan d'assainissement était définitif et si tous les risques futurs nous étaient détaillés. C'est loin d'être le cas. Les 1,4 milliard de francs que l'Etat se propose d'injecter sont en effet insuffisants puisqu'il faut en réalité 2,7 milliards de francs d'argent public, selon un communiqué daté d'une semaine avant la signature de la convention employés-Etat. Il ne s'agit donc que d'une première étape, qui déroge de surcroît aux exigences fédérales en matière d'objectif de taux de couverture à moyen terme.

Les défenseurs du compromis légitiment leur position en expliquant que le secteur public consent à un sacrifice. Les cotisations des employés passeront de 9 à 10% (celles de l'Etat de 15 à 15,5%). Le salaire assuré sera calculé sur la moyenne des douze dernières années alors que la moyenne ne portait que sur les trois dernières années jusqu'ici. On en prend note. Question: certaines professions de la fonction publique ne s'en sortent-elles pas mieux que d'autres avec ce nouveau modèle? Une évaluation n'aurait pas été un luxe.

Si l'on ajoute là-dessus les questions soulevées par le professeur Thomas von Ungern, doyen de HEC Lausanne, sur la sous-évaluation des actifs immobiliers de la CPEV, on est bien obligé de dire que cette réforme de la CPEV est bringuebalante. Le Grand Conseil ne peut s'exprimer que sur des points de détails. Les débats essentiels ont été verrouillés dans une convention. Vu la situation et les milliards en jeu, ne faudrait-il pas renvoyer tout le projet au gouvernement?

27/02/2013

Libre circulation des personnes: ne pas se tromper de cible

Le Conseil fédéral aura bientôt la délicate mission de décider s'il limite l'immigration de travailleurs européens en Suisse. "Faut-il risquer un clash pour 2500 permis de travail?", titrait "24 heures" il y a quelques jours. Ma réponse est clairement non. Le jeu n'en vaut pas la chandelle, pour deux raisons au moins:

  L'activation de la clause de sauvegarde n'empêcherait pas à plus de 50'000 Européens (un chiffre à mettre en relation avec 8 millions d'habitants) de venir s'installer en Suisse l'an prochain pour y travailler, pour autant que l'économie reste aussi dynamique qu'elle l'a été ces dernières années. Cette mesure serait donc surtout symbolique, comme l'a été la limitation imposée aux nouveaux pays de l'UE l'an dernier. Elle ne résoudrait en rien les deux principaux problèmes qu'entraîne notre dynamisme économique et démographique: le manque de logements ainsi que la saturation des routes et transports publics. Il s'agirait donc d'une décision sans impact positif tangible en Suisse.

Se fâcher avec ses voisins n'est jamais agréable. Cela l'est d'autant moins lorsque l'on observe que nos industries ont écoulé pour plus de 110 milliards de francs d'exportations vers l'UE en 2012, soit 55% du total des exportations. Ce montant correspond grosso modo à un cinquième de la richesse créée dans notre pays, autrement dit un franc sur cinq de notre PIB. A elles quatre, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Autriche ont acheté pour près de 75 milliards de francs de marchandises "swiss made", 37% du total exporté.

Nous sommes condamnés à nous entendre…

Mais pas à subir! Si la Suisse décidait de ne pas activer la clause de sauvegarde, elle pourrait brandir haut et fort sa bonne volonté, sa pleine participation au marché européen du travail. Ce serait un argument de poids en faveur de la relance des négociations bilatérales, sur lesquelles l'UE tergiverse. Berne éviterait de nouvelles crispations et reprendrait la main. Moyennant un exercice de communication internationale qui reste à mettre sur pied, la Confédération fournirait à Bruxelles la preuve par l'acte de sa volonté de coopération. Nous reprendrions la main dans les discussions.

La gestion de notre croissance nous incombe à nous seuls: nous devons créer les conditions favorables à la construction de logements et investir dans les infrastructures. Nous ne soulagerons pas ces dernières en bridant le marché de l'emploi. Or l'utilisation de la clause de sauvegarde reviendrait justement à agir sur ce dernier, avec tous les risques que cela comporte. La Suisse doit sa richesse à son ouverture sur le monde. L'afflux de travailleurs étrangers dans notre pays ces dernières années n'a pas fait augmenter le chômage. C'est même le contraire qui s'est produit! L'arrivée de nouveaux travailleurs a stimulé nos entreprises, ce qui a aussi profité aux travailleurs suisses. C'est une réalité. Que nous apporterait un repli sur nous-même? Le risque que tout le monde y perde!