04/07/2012

Gothard ou Plateau? Les Romands veulent des garanties formelles

 

Le moment est venu pour le Conseil fédéral de faire des choix et de donner des garanties en matière de projets autoroutiers. La Suisse romande a connu un puissant développement démographique au cours des dix dernières années. Avec ses près de 100'000 véhicules quotidiens en moyenne, l'autoroute Lausanne-Genève est constamment saturée aux heures de pointes. Et l'Office fédéral des routes prédit une croissance du trafic de l'ordre de 30% sur cet axe d'ici à 20 ans! Inutile d'argumenter plus avant pour démontrer que la réalisation de l'autoroute de contournement de Morges est une nécessité absolue.

Avec le projet d'aménagement d'un 2e tube routier au Gothard, l'Arc lémanique court pourtant le risque de voir ses projets recalés. Car l'argent disponible pour les autoroutes est plus que limité: en l'état actuel, il ne suffira même pas pour réaliser le projet du Gothard.

La Suisse romande ne peut plus se satisfaire de déclarations d'intention. La mobilité doit être assurée dans les régions économiquement les plus dynamiques de Suisse, c'est une évidence. Le Conseil fédéral doit donc cesser de tergiverser: puisqu'il peut donner des assurances aux Tessinois – auxquels le Gothard tient lieu de cordon ombilical incontestable, je tiens à le souligner -  il doit également en donner aux Vaudois et Genevois.

La situation semble évoluer. La ministre des transports Doris Leuthard a donné un signal positif dimanche en envisageant d'instaurer des péages au Gothard et à Genève. Prenons-la au mot, Berne ne doit pas se contenter d'étudier la question pour mieux la balayer dans quelques mois.

Un partenariat public-privé (PPP) est parfaitement envisageable au Gothard, economiesuisse l'a démontré dans une étude. Genève pourrait sans doute envisager la même méthode pour sa traversée du lac; des études vont être faites. Le PPP permet d'éviter de siphonner des fonds publics, tout en garantissant une gestion efficace des infrastructures. Pour des tunnels ou ponts très onéreux, il est par ailleurs normal que l'usager passe à la caisse. Il le fait déjà lorsqu'il emprunte le St-Bernard ou le tunnel du Mont-Blanc…

Le Conseil fédéral doit désormais se montrer entreprenant. Les priorités sont identifiées en matière routière: il faut planifier leur financement et leur réalisation. Il en va de l'avenir de notre place économique – qui ne peut se contenter d'infrastructure désormais trop étriquées – ainsi que de la cohésion nationale!

 

13/06/2012

Epargne-logement: l'initiative tombe à pic

L'initiative sur "l'épargne-logement", sur laquelle nous votons dimanche, ne pourrait être soumise au peuple à un meilleur moment. Le Conseil fédéral vient de limiter la possibilité d'utiliser l'argent épargné dans le 2e pilier pour l'achat de son propre logement: dès le 1er juillet, les retraits destinés à la constitution de fonds propres ne pourront plus dépasser 10% de la valeur du bien immobilier acheté, contre 20% jusqu'ici. En un mot, l'aide à l'accession à la propriété en vigueur depuis près d'une génération est amputée de moitié.

Une autre mesure s'impose au plus vite! Grâce à l'initiative qui nous est proposée, chaque contribuable pourra déduire de ses revenus imposables jusqu'à 10'000 francs par an (20'000 francs pour les couples). Et cela pendant 10 ans. Il s'agit là d'une saine promotion de l'épargne, qui plus est parfaitement ciblée.

Contrairement à ce qu'affirment les opposants, ce ne sont pas que les riches contribuables qui en bénéficieront, mais bien la classe moyenne, qui peine aujourd'hui à épargner en raison du poids des impôts. Des centaines de milliers de ménages sont concernés au niveau national, des dizaines de milliers dans le seul canton de Vaud, dont la population progresse de 13'000 à 15'000 personnes par an. Plutôt que de chercher des solutions étatistes où le logement accaparerait les ressources de l'Etat, l'initiative privilégie les solutions individuelles et privées.

Mieux encore: l'initiative ne déploiera ses effets sur le secteur de la construction que dans quelques années, lorsque les candidats propriétaires auront constitué un pécule. Il n'y a donc pas à craindre que leurs investissements dans le bâtiment alimentent la surchauffe que l'on constate actuellement. Il y a bien au contraire de bonnes chances que leurs achats d'appartements et de maisons surviennent lorsque le soufflé sera retombé. Ils contribueront alors à soutenir l'emploi dans la branche au meilleur moment. En plus de favoriser l'accès à la propriété, l'initiative aura alors un effet anti-cyclique… que demander de mieux? OUI sans réserves à cette initiative.

09/05/2012

L'argent des retraites appartient aux assurés

Les 700 milliards de francs gérés par les caisses de pension suisses suscitent des convoitises inquiétantes. Le nouveau président du Conseil d'Etat vaudois Pierre-Yves Maillard évoquait ainsi récemment l'idée d'en utiliser une partie pour financer les énormes chantiers à venir: rail, routes, distribution et production d'énergie, hôpitaux.

Ce mélange des genres est dangereux! L'argent des retraites ne doit en aucun cas servir à financer des infrastructures non rentables. Tout d'abord parce que les fonds du 2e pilier appartiennent aux assurés, qui capitalisent individuellement pour leurs vieux jours. Si l'Etat les contraignait à financer des infrastructures via leurs caisses de pension, il faut appeler un chat un chat: ce serait de la spoliation!

Le 2e pilier a pour but de permettre aux assurés de disposer de 60% de leur dernier salaire (AVS comprise) une fois à la retraite. Pour y parvenir, les plus de 2000 institutions de prévoyance que compte le pays doivent impérativement dégager un rendement annuel de 3% et plus (le chiffre varie en fonction des engagements des institutions de prévoyance). Or depuis 10 ans, il est déjà extrêmement difficile d'arriver à un tel résultat, en raison des crises boursières et financières ainsi que des taux planchers.

Que rapporteraient des investissements dans le rail? Dans les autoroutes? Dans les hôpitaux? Rappelons que les usagers du rail ne couvrent actuellement qu'à peine 25% des frais d'exploitation et d'entretien qu'ils occasionnent (chiffres du Service d'information pour les transports publics/LITRA). Les péages sont interdits sur les autoroutes suisses. Les hôpitaux publics sont déficitaires. Où peut-on dégager du rendement? Plutôt que de chercher à dépenser l'argent des rentiers et futurs rentiers, l'Etat de Vaud ferait mieux de présenter un plan d'assainissement de sa caisse de pension publique, qui nécessitera l'injection de 1 milliard de francs ces prochaines décennies.

Qu'on ne s'y méprenne pas, investir dans les infrastructures est indispensable et urgent. Quelques investissements ciblés de la part de caisse de pension via des "fonds d'infrastructures" sont bien sûrs souhaitables. Ils se font déjà au niveau international et il y a probablement quelques potentialités en Suisse, par exemple dans le cadre d'un éventuel partenariat public privé (PPP) pour la construction d'un deuxième tube au Gothard, pour la nouvelle traversée du lac à Genève ou pour la rénovation du réseau de distribution de l'électricité.

Mais le 2e pilier doit garder un objectif de rendement permanent. Il n'est pas admissible d'aller puiser dans l'argent des retraites pour payer ce que les investisseurs privés ne veulent pas financer. Nous ne ferions que mettre en difficulté notre système de prévoyance, qui a bien au contraire besoin d'être consolidé.