18/09/2013

Berne souffle un vent sibérien sur la politique d'innovation

Le Conseil fédéral est trop frileux dans sa politique de soutien aux start-up. Il l'a une nouvelle fois démontré la semaine dernière en publiant un rapport qui balaie pratiquement toute aide fiscale ciblée en faveur de l'innovation. Berne craint que les rentrées d'impôt diminuent – sans toutefois avancer le moindre chiffre - si les mesures de soutien sont trop larges.

Dommage. Le Conseil fédéral préfère s'ingénier à anticiper tous les scénarios du pire (possibles soustractions fiscales auxquelles pourraient se livrer les entreprises en cas d'exonérations générales pour certaines activités) que d'évaluer ce que peut apporter à notre pays une véritable politique d'innovation. En facilitant la création des start-up et leur développement, nous éviterions que les créateurs d'entreprises choisissent des cieux plus dynamiques et plus compréhensifs pour faire éclore leurs inventions.

Auteur du rapport, le Département fédéral des finances préfère systématiquement envisager ce qui ne pourrait pas marcher. Il existe déjà des formes de soutiens aux sociétés en démarrage dans certains cantons et il pourrait y avoir des doublons, explique-t-il. Des exonérations concernant le droit de timbre ne toucheraient qu'un nombre limité de start-up. Limiter l'aide à l'innovation aux sociétés vraiment "innovantes" poserait un problème existentiel dans la définition même de ce qui est innovant…

Le moins que l'on puisse dire est que la Confédération se montre en tout cas elle-même fort peu innovante. Elle préfère éviter l'obstacle plutôt que de tenter de le franchir. A tort, car notre pays ne pourra maintenir son rang actuel parmi les leaders qu'en misant sur des produits à haute valeur ajoutée. Nous ne pouvons pas miser sur une main-d'œuvre bon marché, sur une monnaie dévaluée, sur de bas coûts de productions: notre principal atout réside dans notre faculté à être toujours à la pointe. Dans tous les secteurs.

Mais tout n'est pas perdu! Le Conseil fédéral ne ferme heureusement pas toutes les portes et assure plancher sur une solution qui "consisterait àaccorder des mesures fiscales d’encouragement à toutes les entreprises actives dans le secteur de la recherche et du développement". On se réjouit par avance de lire ce rapport… en espérant qu'il ne se limitera pas à énumérer tous les problèmes que poseraient ces mesures. Pour mieux les enterrer.

En misant sur l'innovation, nous misons sur l'avenir dans un contexte économique où la concurrence ne nous fera pas de cadeaux. Nous misons sur l'emploi. Mieux: l'emploi dans notre pays. Cela vaut sans doute largement une petite prise de risque, théorique, en matière de rentrées fiscales. Théorique, car si la Suisse devient demain le terreau des successeurs de Google, Apple, Samsung ou encore Facebook, nous serons récompensés au centuple!

01/12/2011

L'obscurantisme menace notre prospérité

Jacques Neirynck a raison! La recherche ne doit pas être bridée sous de fallacieux motifs éthiques. Ou bien il faut en accepter les conséquences, à savoir des pertes d'emplois dans l'industrie ("24 Heures" du 25.11.2011).

 

OGM et génie génétique il y a quelques années, fusion nucléaire aujourd'hui: les velléités d'interdire, ou en tout cas de confiner au strict minimum, la recherche dans certaines branches scientifiques font souvent mouche dans l'opinion publique. Une opinion que l'on effraie à coups de potentiels dérapages cauchemardesques.

 

Mon propos n'est pas de défendre le laisser-faire le plus total dans les laboratoires des universités ou des entreprises. La recherche sur le vivant ou sur les technologies sensibles doit bien évidemment être encadrée par des commissions d'éthique, surveillée, contrôlée. Il en va de notre sécurité, mais aussi de la légitimité des travaux menés par les scientifiques, de leur acceptation.

 

Reste que ces garde-fous posés, toutes les possibilités doivent rester ouvertes. Que le consommateur européen ne veuille pas manger de produits OGM est une chose, il est dans son droit de limiter la commercialisation de ce type d'aliments. Mais au nom de quoi, et surtout de quelle éthique, interdirions-nous de rechercher des solutions scientifiques capables de répondre, dans l'agriculture par exemple, aux défis posés par la désertification de certaines régions par ailleurs en plein essor démographique? La génétique n'est bien entendu qu'une piste parmi d'autres, mais c'est notre devoir de l'explorer.

 

Renoncer volontairement à découvrir de nouvelles techniques est dangereux. C'est de l'obscurantisme. D'un point de vue purement scientifique et théorique tout d'abord, car un tel prosélytisme de l'ignorance librement consentie revient à décréter que nous avons atteint le stade ultime du progrès, stade au-delà duquel menace le chaos dans le meilleur des cas, éventuellement l'apocalypse. Honnêtement, qu'en savons-nous?

 

D'un point de vue plus terre-à-terre, sur le plan économique, cette attitude conduit à nous priver des technologies de demain. Nous? Les Suisses seulement, en fait. Parce qu'il se trouvera de toute manière toujours d'autres pays plus tolérants envers la science. Et ce sont eux qui capitaliseront sur les découvertes, car il y en aura certainement. Revenons vite sur la voie du pragmatisme!