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13/02/2013

Télétravail: entreprises et employés y gagnent!

Les entreprises suisses savent anticiper les problèmes et prendre des mesures d'assainissements volontaires en cas de nécessité. Dans le domaine de l'énergie et des nécessaires diminutions d'émissions de CO2, l'économie a par exemple pris des dispositions autonomes permettant des économies de 1 milliard de kWh. L'environnement y trouve son compte. Mais la rentabilité des sociétés n'est pas en reste, tout comme leur compétitivité.

Pourquoi n'appliquerions-nous pas le même raisonnement pour lutter contre la saturation des transports publics et des routes? Des centaines de milliers de trajets pourraient être épargnés chaque jour si les employés accomplissaient un à deux jours par semaine de travail à domicile. Le télétravail – la possibilité de travailler un ou deux jours par semaine à la maison - reste encore embryonnaire dans notre pays, il y a là un formidable potentiel de développement.

Comme pour l'énergie, tout le monde y trouverait son compte. Là où le télétravail est déjà pratiqué, les employés passent moins de temps dans les transports et gagnent en flexibilité. Les entreprises peuvent de leur côté diminuer leurs surfaces de bureau et donc leurs charges. Le climat en profite car les émissions de CO2 sont diminuées, du fait de la baisse du nombre de kilomètres parcourus.

Une généralisation du télétravail permettrait de contribuer à décongestionner les axes de communication. Tout ne serait pas réglé, bien sûr, car les employés auront toujours besoin d'aller physiquement dans leur entreprise la plus grande partie de la semaine (c'est d'ailleurs une richesse aussi que de pouvoir échanger ses idées avec ses collègues). Et des investissements dans les infrastructures resteraient nécessaires. Mais une telle réorganisation du monde de l'entreprise contribuerait à résoudre une partie des problèmes. Le développement technologique permet cette évolution. Il faut saisir cette chance.

Mais attention: les entreprises doivent pouvoir s'organiser en fonction de leurs spécificités et surtout de leurs exigences en matière de sécurité. Il n'y a pas besoin d'édicter des lois ou des règlements avec des objectifs contraignants pour favoriser le télétravail. Il faut au contraire assouplir la loi sur le travail et son obligation d'enregistrer strictement la durée du travail et des pauses. Travailler à domicile relève d'une tout autre philosophie! 

12/12/2012

Les mauvaises recettes du Docteur Maurer

"Si vous trouvez toujours des travailleurs pour tous les postes, cela ne vous pousse pas à chercher d'autres solutions, à rationaliser, à vous montrer inventif et innovant." Cette petite phrase d'Ueli Maurer, dans une interview à "24 heures", fait froid dans le dos. A écouter notre président de la Confédération pour 2013, il faudrait organiser une pénurie de main-d'œuvre pour fortifier l'économie. Un bon jeûne ne fait que du bien à l'organisme, c'est bien connu, n'est-ce pas?

Trêve de plaisanterie, et surtout de simplisme! Voyons les choses concrètement: qu'apporterait un manque de main-d'œuvre dans la restauration? Des clients mal servis et donc une baisse de la fréquentation des établissements. A moins qu'Ueli Maurer ait découvert le moyen de servir le même nombre de tables aux heures de pointe avec moins de personnel. On est curieux d'entendre les solutions qu'il a à proposer à nos cafetiers. Sur quoi déboucherait un manque de personnel disponible dans le secteur de la santé? Des attentes plus longues pour être soigné, dans les hôpitaux, les cabinets médicaux. Davantage d'erreurs médicales… je pense qu'il est inutile d'argumenter davantage.

On a moins envie de rire lorsque l'on songe aux conséquences qu'aurait la politique de M. Maurer. Son affirmation, toujours dans "24 heures" (du 23 novembre), selon laquelle "sans limitation sur le marché du travail, le danger est grand que l'efficacité diminue" est une tromperie. En comparaison internationale, la Suisse ne s'est jamais portée aussi bien que depuis que la libre-circulation des personnes est en vigueur. Nous aurons l'occasion d'en débattre de manière plus approfondie l'an prochain, puisque la Suisse sera appelée à étendre la libre-circulation à la Croatie, qui devrait rejoindre l'Union européenne l'an prochain.

Contrairement à ce que dit le conseiller fédéral, des restrictions à l'embauche affecteraient des branches entières de notre économie. Pas seulement celles qui sont intensives en main-d'œuvre, comme les deux secteurs que j'ai cité précédemment. Dans l'industrie, les sociétés en phase d'expansion – parce qu'elles ont découvert de nouveaux produits ou prospecté de nouveaux marchés - seraient contraintes à délocaliser là où le personnel est abondant.

Nous sommes plus prospères que lorsque nous contingentions le marché du travail, c'est une réalité. L'économie de notre pays continue à croître alors que  la zone euro est en récession. Nos finances publiques sont saines. Nous sommes capables d'investir pour soutenir notre croissance. L'ouverture de notre pays à la main-d'œuvre européenne nous est grandement profitable. Nous serions bien fous de tout remettre en cause aujourd'hui! 

07/11/2012

L'initiative Minder amplifierait la dictature du court-terme

Les partisans de l'initiative Minder "contre les rémunérations abusives" ont démarré sur les chapeaux de roue la campagne en vue des votations du 3 mars 2013. Avec l'artillerie lourde des arguments à l'emporte-pièce. Dans le dernier "Matin Dimanche", l'ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi expliquait ainsi que le système actuel des bonus en vigueur dans les sociétés cotées en bourse donnerait "un avantage aux patrons qui réalisent un profit maximal dans le temps le plus court". Ces dirigeants se moqueraient "des conséquences à long terme de leurs actions". Qu'il y ait des centaines de sociétés cotées en Suisse et que plus de 95% d'entre elles n'aient pas de problème de gouvernance n'est apparemment qu'un détail… 

Pour empêcher la prétendue dérive générale, l'initiative Minder va donner les pleins pouvoirs aux actionnaires: vote annuel sur les rémunérations du conseil d'administration et de la direction; interdiction absolue des primes à l'embauche, des primes de départ, des primes liées à la cession ou à l'achat de sociétés. Peu importe que la société cotée compte 100 ou 100'000 employés et que telle ou telle circonstance puisse justifier un cadeau de bienvenue ou de départ à la retraite: la recette doit convenir à tout le monde. On peut sérieusement en douter!

Mais c'est une disposition jusqu'ici moins controversée de l'initiative qui risque d'être particulièrement préjudiciable aux sociétés: celle obligeant à élire annuellement, et individuellement, les membres et le président du conseil d’administration. Imagineriez-vous le gouvernement d'un canton ou d'un pays qui doive chaque année se présenter ses électeurs? Que pourrait-il entreprendre à long terme.

Dans une entreprise, le meilleur moyen de convaincre à coup sûr l'actionnariat consiste à lui promettre le plus de bénéfices possible: des dividendes et un cours du titre en hausse. Instituer l'élection annuelle du conseil d'administration reviendrait à encourager une gestion au plus court terme, avec des risques de démantèlement et de restructuration accrus. Les entreprises n'auraient plus aucune incitation à investir, car une telle politique revient à soustraire des bénéfices qui pourraient être immédiatement distribuables.

Il faut garder à l'esprit que les actionnaires sont devenus extrêmement volatils: en moyenne, ils ne conservent pas leurs titres plus de six mois. Peu leur importe qu'un investissement puisse se révéler profitable dans quatre à cinq ans! Il faut dire les choses clairement: le système du contrôle permanent des dirigeants privilégie les fonds activistes, les hedge funds, au détriment des investisseurs qui gardent leurs titres sur la durée.  

Que l'on s'entende bien: cela ne signifie pas qu'il n'y a a rien à changer. Les Chambres fédérales ont trouvé une solution: elle a pris la forme d'un contre-projet. Il entrera en vigueur si l'initiative est repoussée. Gros avantage: il laisse les entreprises établir leurs propres règles sur l'élection des conseils d'administrations. Il répond en même temps au souhait de la population d'empêcher les rémunérations vraiment abusives. C'est la voie à suivre.

La gestion des entreprises ne se limite pas aux salaires des dirigeants et aux assemblées générales. L'initiative Minder aurait à coup sûr de graves dégâts collatéraux sur l'emploi et la politique d'investissement des entreprises. Elle ne ferait qu'amplifier le mal qu'elle prétend combattre: la dictature du court terme.