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09/12/2015

Gestion de l'immigration: les hautes écoles doivent pouvoir rester ouvertes au monde

La Suisse doit adopter une gestion de l'immigration attractive envers le personnel hautement qualifié, quelle que soit sa provenance. La volonté du Conseil fédéral de créer une clause de sauvegarde à la libre circulation des personnes entre l'Union européenne (UE) et notre pays est un pas dans la bonne direction. Mais le "swiss finish" consistant à vouloir imposer des règles rédhibitoires aux travailleurs extra-européens, déjà fortement contingentés, serait une grave erreur.

Les permis de travail octroyés aux employés en provenance du "troisième cercle", soit hors de l'UE, sont limités à 6500 depuis le début de l'année (8500 auparavant). C'est déjà très peu. Pour l'heure, ces personnes peuvent venir s'installer en Suisse avec leurs enfants et conjoints au titre du regroupement familial, mais à des règles plus strictes que pour les employés en provenance de l'UE. Et cela sans que le nombre de ces accompagnants ne soit contingenté.

Nouvelle donne aujourd'hui: le Conseil fédéral veut plafonner ces regroupements. Dans la vie de tous les jours, cela signifie qu'une fois les contingents atteints, les employeurs qui auront besoin de spécialistes en provenance de pays extra-européens devront leur expliquer qu'ils leur proposent un contrat de travail mais qu'ils doivent venir s'établir ici seuls, en laissant conjoint et enfant(s) en Chine, aux Etats-Unis ou en Amérique latine… On parle là de professeurs d'université, de cadres internationaux, d'experts dans de multiples domaines. Qui peut croire que de telles exigences soient acceptables? Posons nous la question personnellement: accepterions-nous d'être détachés en Inde par l'entreprise qui nous emploie… et de ne voir vos proches qu'une à deux fois par an?

L'Arc lémanique serait lourdement pénalisé

Le projet présenté vendredi par le Conseil fédéral ouvre tout grand la porte à ce type de problèmes (pour nous, car ils n'en seront pas un pour les spécialistes concernés qui refuseront les offres venues de Suisse). L'EPFL, qui figure parmi les meilleures hautes écoles au monde, aurait des difficultés à recruter des enseignants. Les grandes entreprises internationales, très nombreuses dans l'Arc lémanique, devraient limiter leurs programmes d'échange de personnel interne.

La nécessité d'un durcissement des règles établies à l'endroit des ressortissants extra-européens n'est pas étayée par le Conseil fédéral. Ce n'est pas un hasard si la Suisse fait partie des pays les plus compétitifs et innovants au monde: cela tient à son ouverture, économique bien sûr, mais également scientifique et culturelle.

L'initiative acceptée le 9 février 2014 prévoit de toute manière que l'on tienne compte des besoins de l'économie. Avec le contingentement du regroupement familial des travailleurs en provenance d'Etat tiers, nous la pénaliserions, en défavorisant l'innovation et les activités à très haute valeur ajoutée. ll faut corriger cette erreur de jugement avant qu'elle ne soit inscrite dans des lois!

02/12/2015

Protéger le climat, une opportunité pour les entreprises autant qu'un défi

Que faire pour l'environnement et pour stopper le réchauffement climatique? La conférence climatique COP21 à Paris va tenter de mettre tout le monde d'accord, cette semaine. Passé le grand show, le plus important se déroulera toutefois au cours des mois et des années à venir, lorsqu'il s'agira d'appliquer les engagements pris, dans chaque pays. Là, l'une des clés passe par l'innovation.

Les entreprises sont chaque année plus nombreuses à s'en rendre compte: se positionner de manière durable permet de dégager des économies substantielles, à court et à long terme. Mais ce n'est pas tout, il y a, et c'est sans doute l'essentiel, de formidables opportunités d'affaires pour tous les secteurs. La Suisse doit jouer sa carte dans ce domaine, en favorisant la recherche dans les PME, en misant sur les échanges de technologies entre entreprises et hautes écoles... Cela se fait déjà, mais il faut aller encore plus loin, améliorer ce qui existe et multiplier les expériences.

Efficience énergétique des bâtiments, stockage de l'énergie, utilisation du numérique pour améliorer les processus, les domaines où l'on peut améliorer notre manière de consommer sont nombreux. Des start-up s'activent déjà à chercher des solutions, tout comme beaucoup de PME traditionnelles. Nous devons être à la pointe – en tout cas constamment chercher à l'être - dans tous ces domaines, car ce seront les moteurs de la croissance de demain.

Les solutions punitives ou culpabilisantes ne marcheront pas. Dans le meilleur des cas, pénaliser n'aboutira de toute manière qu'à des solutions très partielles. N'oublions pas que le consommateur est traversé de contradictions: tel client ne consommant que des produits locaux issus de cultures écologiques passera plusieurs week-ends par an dans des capitales étrangères grâce aux compagnies aériennes low-cost. Avec quelle empreinte carbone finale?

Tous les secteurs doivent et peuvent contribuer à améliorer leurs performances en matière environnementale. Reste à trouver, sur la durée, le moyen d'en tirer le meilleur parti. Notre pays, les entreprises et leurs collaborateurs, mais surtout le climat, en sortiront gagnants.

25/11/2015

Immigration: Christoph Blocher reconnaît qu’il faudra revoter!

Il faudra revoter sur l’immigration… c’est désormais Christophe Blocher qui le reconnaît! Les Européens n’accepteront pas la réintroduction des contingents de main-d’œuvre européenne, inscrits dans notre Constitution depuis le 9 février 2014, car ils craignent une «réaction en chaîne», a dit l’ex-conseiller fédéral UDC à la Sonntagszeitung. Résultat: il faut trouver d’autres solutions.

Christoph Blocher ne fait qu’admettre ce que les organisations économiques disent depuis plus de deux ans, depuis bien avant cette votation: il faut une solution pragmatique qui permette de sauver les accords bilatéraux. La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), comme economiesuisse, défendent l’idée d’une clause de sauvegarde qui n’impliquerait une limitation des travailleurs européens qu’une fois un certain seuil franchi.

Bruxelles pourrait alors entrer en matière sur une négociation puisque le principe de la libre circulation ne serait pas fondamentalement remis en cause. Quant aux entreprises contraintes d’embaucher dans l’Union européenne (UE) du personnel qu’elles ne trouvent pas en Suisse, elles échapperaient au monstre bureaucratique que sont les contingents. Nous ne pouvons que nous réjouir du ralliement de Christoph Blocher à cette proposition.

Notre industrie a besoin des accords bilatéraux

Les accords bilatéraux sont essentiels à nos entreprises, tout simplement parce que près de la moitié de nos exportations prennent chaque année le chemin de l’UE. Réintroduire des obstacles techniques, comme cela existait jusqu’à la fin des années 1990, provoquerait un choc d’une ampleur probablement sans précédent. Or la remise en cause de la libre circulation des personnes entraînerait notamment l’abandon de l’accord sur les obstacles techniques… Christoph Blocher se dit toujours persuadé que l’UE ne dénoncera pas ces accords, mais il n’est manifestement plus prêt à prendre ce risque, qui est donc loin d’être nul… Tant mieux.

Une guerre commerciale avec l’Europe mettrait en danger des dizaines de milliers d’emplois, peut-être des centaines de milliers. N’oublions pas qu’entre 2000 et 2014, les exportations à destination de l’UE (28) ont augmenté de 53%, à 128,4 milliards de francs. 128 milliards de francs, cela représentait grosso modo le total de nos exportations au tournant du millénaire… La prospérité de notre pays est bâtie sur l’ouverture de son économie.

Entre partenaires, il y a toujours des possibilités de s’accorder, pour autant que l’on formule des propositions acceptables. Les contingents ne le sont pas, tous les membres de l’UE que le Conseil fédéral a rencontrés depuis 18 mois l’ont affirmé clairement. Dire «le peuple a voté, il faut appliquer et cesser de discuter» n’est pas si simple. Le revirement de Christoph Blocher le démontre.