09/05/2018

Le café, un stimulant pour l'économie vaudoise

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La transaction a été justement saluée sur les marchés financiers: Nestlé a annoncé lundi qu'il allait commercialiser une large gamme de produits élaborés par le géant américain du café Starbucks. Coût de l'opération: 7,1 milliards de francs pour le groupe veveysan, qui va ainsi renforcer sa position de leader dans ce secteur plus que prometteur. L'opération devrait être finalisée d'ici à fin 2018. Nestlé va commercialiser des paquets de café labellisés Starbucks dans les grandes surfaces du monde entier et, dès 2019, on trouvera des capsules estampillées Starbucks pour ses machines Nespresso et Dolce Gusto.

L'activité rachetée engendre des ventes annuelles de l'ordre de 2 milliards de francs. Le deal n'a rien d'anodin: il «marque une étape importante pour nos activités de café, la plus grande des catégories à forte croissance de Nestlé», a souligné son directeur général, Mark Schneider, dans le communiqué annonçant l'opération.

Il dope notre commerce extérieur

Si les caféiers ne courent pas les champs sous nos latitudes, la Suisse se profile toujours davantage comme un terreau fertile pour la commercialisation de ces petits grains. Dans son étude «Vaud, le tigre discret», réalisée avec la Banque cantonale vaudoise en 2016, la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie relevait d'ailleurs que notre canton s’est réindustrialisé depuis le début des années 2000, en partie grâce à la forte progression du secteur alimentaire et, notamment, du conditionnement du café en capsules. L'an dernier, selon les statistiques fédérales du commerce extérieur, notre pays a exporté pour 2,38 milliards de francs de café, en hausse de 10,2% par rapport à 2016. Loin devant les boissons – les drinks énergisants de la multinationale autrichienne Red Bull sont produits chez nous -, le chocolat et le fromage!

Surtout, et cela n'est pas un fait forcément connu, la Suisse, et plus particulièrement la ville de Lausanne, est le centre mondial du trading du café. Environ 80% du café y est négocié, expliquait en octobre 2016 dans «L'Agefi» Cyrille Jannet, directeur de Keurig Trading, société spécialisée dans le commerce de gros de café, thé, cacao et épices à Lausanne. Starbucks Coffee Trading Company a d'ailleurs également son siège dans la capitale olympique.

Le café est décidément un sacré stimulant pour l'économie vaudoise.

Photo: Fotolia

18/04/2018

Des vertus de l'ouverture des frontières

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Statistique Vaud l'a indiqué la semaine dernière: le canton a accueilli, en 2017, 8200 personnes supplémentaires sur son sol. L'accroissement est attribuable pour deux tiers à l'immigration, le solde provenant de la différence entre naissances et décès. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il reste bien en-deçà des hausses observées entre 2007 et 2016, où l'on a enregistré 12'000 arrivées annuellement.

Cette baisse de l'immigration, même si elle est peut-être ponctuelle, n'est pas une bonne nouvelle si l'on se place du point de vue de l'économie. Car notre pays a besoin de renouveler sa main-d'œuvre pour contrebalancer les effets de l'accélération du vieillissement de la population. Intégrer davantage les femmes et les seniors, ce qui reste une priorité, ne suffira pas à combler le manque annoncé de forces vives sur le marché du travail.

Le Fonds monétaire international ne dit pas autre chose dans un récent rapport publié dans la perspective de sa réunion de printemps, qui se déroule actuellement à Washington: «Bien qu'accueillir des migrants puisse poser des problèmes et susciter potentiellement un revers politique, ceux-ci pourraient aussi être une aubaine pour les pays hôtes», affirme l'institution. Les experts du FMI rappellent que selon des projections de l'ONU, la population totale va se réduire dans près de la moitié des pays développés d'ici au milieu de ce siècle.

Ce rapport intervient au moment où de vifs sentiments anti-immigration se font jour dans le monde occidental, en particulier aux Etats-Unis et, plus près de nous, en Hongrie et en Autriche. Sans parler des initiatives à répétition qui sont lancées en Suisse sur le sujet. Le FMI assure, de son côté, que les pays développés doivent repenser les politiques migratoires pour dynamiser la main-d'œuvre disponible.

Réindustrialisation bienvenue

Ce constat, frappé du sceau du bon sens, permet de rappeler que la libre circulation des personnes et les bilatérales ont largement contribué à stimuler l'économie vaudoise. Par les vertus d'un accès amélioré au marché du travail européen, ainsi que de meilleures conditions d'exportation résultant de nos relations avec l'Union européenne, notre tissu industriel a pu se renouveler.

Dans son étude «Vaud, le tigre discret», réalisée avec la BCV en 2016, la CVCI soulignait d'ailleurs que depuis le début du millénaire, notre canton s’est réindustrialisé, notamment grâce à l’émergence d’une nouvelle industrie, la pharma, à la forte progression du secteur alimentaire (conditionnement du café en capsules) et à la renaissance d'industries de précision comme l'horlogerie, la medtech et l'électronique.

Ces faits contredisent en partie un autre rapport que le FMI vient de publier sur le déclin des emplois manufacturiers ces dernières années et les craintes qu'il susciterait, à tort, dans les pays développés. Pour les experts du Fonds, en résumé, le transfert de postes de travail du secteur industriel vers celui des services n'affaiblirait pas l'économie, mais apporterait une richesse similaire. C'est peut-être le cas! Il n'en demeure pas moins vrai que la bonne santé d'un pays repose sur la diversité et la complémentarité de ses secteurs d'activité.

Pour en revenir à l'immigration, le FMI conclut sur le fait que celle-ci «peut contribuer à des gains à long terme telle que la croissance ou la productivité». Raison de plus, pour notre pays, de continuer à privilégier l'ouverture des frontières à leur fermeture.

Photo: Gaetan Bally

11/04/2018

Une expérimentation pleine de risques pour notre économie

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Et si, demain, obtenir un prêt hypothécaire pour un particulier, ou un crédit pour une PME, devenait infiniment plus ardu et plus cher qu'aujourd'hui? Ces cas de figure pourraient hélas devenir réalité si le peuple et les cantons adoptent, le 10 juin prochain, «Monnaie pleine». Cette initiative veut que la Banque nationale suisse (BNS) soit seule habilitée à créer de la monnaie scripturale, que les banques génèrent elles-mêmes afin de financer leurs indispensables activités de crédit.

En cas d'adoption de ce système, qui n'a cours dans aucun pays et qui ferait de la Suisse un îlot monétaire expérimental à haut risque, les banques commerciales ne pourraient plus faire travailler les avoirs à vue sur leurs comptes, qui génèrent des bénéfices et permettent de verser des intérêts aux titulaires de comptes. Cela ralentirait les prêts et renchérirait leur coût, car les établissements bancaires devraient d'abord rassembler les fonds nécessaires jusqu'au dernier centime avant de pouvoir en octroyer. Or, le crédit est indispensable aux entreprises qui veulent investir, innover et créer des places de travail. Ce texte menace indubitablement notre prospérité.

Avec ce système, l'économie suisse servirait en outre de cobaye pour satisfaire la curiosité d'un collectif d'apprentis sorciers actif dans 25 pays, mais surtout en Allemagne. En clair, la mouvance à l'origine de cette initiative voudrait faire de notre pays un terrain d'expérimentation sans avoir à en subir les conséquences. C'est choquant, et c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles ce texte doit être fermement repoussé.

Ralentissement à craindre

Mais ce n'est pas tout! De nombreux experts assurent que la mise en œuvre de ce texte, en réduisant l’offre de crédit bancaire, conduirait à une augmentation des taux d’intérêt. Pour contrecarrer cette raréfaction de l'offre, l’épargne privée devrait alors être stimulée, car elle deviendrait la seule source de financement de l’économie. Avec un effet pervers à la clé que personne ne souhaite: une hausse de la propension à épargner induit une diminution de la demande globale, d'où un ralentissement de l’économie.

L’initiative prévoit en outre de donner au Conseil fédéral la compétence d’intervenir massivement sur les marchés financiers si cela est nécessaire, en dérogeant, au besoin, à la liberté économique. Or, cette dernière est un droit fondamental inscrit dans la Constitution qui protège l’individu contre des ingérences de l’État visant à restreindre les activités du secteur privé. Il est hors de question de sacrifier ce droit sur l'autel de l'interventionnisme.

La BNS, de son côté, est d'avis que l'initiative «Monnaie pleine» ne pourrait empêcher l’émergence de cycles de crédit ni de bulles immobilières ou financières. Il faut le rappeler: la Suisse a su tirer les leçons de la crise financière de 2008 en prenant des mesures pour ajuster les exigences en matière de liquidités et de fonds propres. Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de chacun, sous le regard de la BNS et de la Finma, le gendarme de la finance.

Un front large s'oppose à cette dangereuse initiative, qui comprend le Conseil fédéral, la Parlement, la BNS, toutes les organisations économiques, de nombreux spécialistes de politique monétaire, les partis de droite comme de gauche, et même quelques syndicats. L'enjeu, pour notre pays, est considérable: il faut s'intéresser à cet objet et dire clairement non à la «Monnaie pleine»!

Photo: DR