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29/01/2014

La préférence nationale inscrite dans l'initiative UDC est un monstre bureaucratique

On entend ici ou là des témoignages d'immigrés de la 2e ou de la 3e génération qui soutiennent l'initiative UDC "contre l'immigration de masse". Incompréhensible! Comme le relevait Le Matin Dimanche il y a quelques jours, les initiants veulent en effet instaurer "la préférence nationale" à l'embauche. Une préférence nationale clairement définie (dans le texte version allemande de l'initiative, article 121a, nouveau, alinéa 3): elle consiste à donner  "la priorité aux Suissesses et aux Suisses".

Que se passerait-t-il pour les 23% d'étrangers qui habitent notre pays en cas d'acceptation du texte le 9 février prochain? La disposition constitutionnelle est on ne peut plus claire: ils deviendront des candidats de deuxième catégorie. Juridiquement discriminés dans notre loi fondamentale: sans passeport suisse, pas de préférence à l'embauche. Peu importe que l'on soit né en Suisse de parents immigrés il y a plus de 50 ans dans notre pays. Ces témoins veulent-ils réellement cela?  

La situation serait tout autant pénible pour les entreprises. Aussi étroitement définie qu'elle l'est dans l'initiative UDC, la préférence nationale serait une bureaucratie étouffante puisqu'à chaque fois qu'un employeur voudra engager, par exemple, un fils ou une fille d'immigré, il devra prouver qu'il a cherché, sans trouver, un ou une Helvète (de souche ou naturalisé). Non ce n'est pas une plaisanterie! Le nouvel article 121a, al.3 - si par malheur il devait être accepté – devra bel et bien être appliqué.

Je l'ai déjà dit, cette initiative ne créerait aucun nouvel appartement. Elle ne soulagerait ni les axes routiers, ni les trains bondés. Elle ne créerait aucun emploi privé, mais une énorme et coûteuse bureaucratie, ça oui, à coup sûr. Car pour établir des contingents, il faut planifier et vérifier. Qui paiera cela? Nous tous, contribuables.

Ce qui est également certain, c'est qu'elle noiera les entreprises sous des tonnes de paperasses et de contrôles stériles. Elle créera des incertitudes démentielles à des centaines de milliers d'employés d'origine étrangère dont nous avons un besoin que personne, pas même l'UDC, ne conteste. Sans parler des enfants de ces employés, qui ont suivi toute leur formation ici et que nous discriminerions pratiquement du jour au lendemain alors qu'ils sont parfaitement intégrés et souvent "plus Suisses que des vrais Suisses".  Absurde. Illogique. Et surtout ruineux. NON à l'initiative "contre l'immigration de masse"! 

22/01/2014

L'initiative anti-immigration ne changerait rien à la pénurie de logement!

L'initiative anti-immigration de l'UDC n'apporte aucune solution aux problèmes de la pénurie de logement dans l'Arc lémanique, ni aux bouchons et aux trains bondés. Pourquoi? Parce que le retour aux contingents ne freinerait pas du tout l'afflux de travailleurs étrangers, comme le montre l'évolution démographique dans les années 80 et 90. Il ne ferait que réintroduire une énorme bureaucratie. Et parce qu'immigration ou non, davantage de logements et une adaptation des infrastructures de transport sont indispensables!

Commençons par le logement: en 1980, Suissesses et Suisses se contentaient de 34 m² par personne. Vingt ans plus tard, il leur en fallait 44 m² chacun! Et la tendance continue sur cette lancée, car l'augmentation du nombre de ménages de petite taille ne cesse de croître. La part des ménages d'une ou deux personnes est ainsi passée de 64% en 1990 à 67,6% en 2000. Il y avait environ un divorce pour trois mariages dans les années 1970, on en est à un divorce pour deux mariages actuellement. Il faut bien loger chacun des conjoints séparés, avec chacun une ou deux chambres pour la garde partagée des enfants. Le dirigisme étatique, les contingents et le repli sur soi ne peuvent rien là contre.

Fermer les frontières aux collaborateurs étrangers dont nos entreprises, nos hôpitaux ou homes médicalisés ont besoin – j'ai remarqué que même les partisans de l'initiative sont d'accord là-dessus - ne changera rien à la nécessité de construire, de densifier. Pour ce faire, l'initiative n'est d'aucun secours. Notez que ce n'est ni l'argent ni les investisseurs qui manquent. Le problème numéro un vient de la lenteur des procédures; il faut des années avant de pouvoir donner le premier coup de pioche au moindre chantier. Il faut accélérer le mouvement, simplifier le cheminement administratif!

Les routes et les trains? Les initiants ne cessent de se plaindre des bouchons et trains surchargés, mais l'UDC est le seul parti qui s'oppose au projet de fonds ferroviaire (FAIF), qui permettra pourtant d'accroître les capacités ferroviaires d'ici à quelques années. Incompréhensible! Les problèmes sont déjà évidents aujourd'hui. Comment peut-on prétendre que la réintroduction des contingents apportera un quelconque soulagement au RER archi-plein aux heures de pointe entre Lausanne et Vevey ou au bouchon autoroutier matinal de la Blécherette? Sans extension des réseaux, les problèmes demeurent. La réalité, c'est que la venue de travailleurs étrangers nous permet de financer plus facilement ces investissements.

La Suisse comptait 6 millions d'habitants en 1970. Il y avait 200 voitures pour 1000 habitants à cette époque. Il y a aujourd'hui 8 millions d'habitants et  535 voitures par 1000 habitants. Le réseau autoroutier est pourtant pratiquement le même qu'il y a 40 ans! Et cela alors que beaucoup de gens travaillent toujours plus loin de leur domicile, que l'offre de loisir incite à nous déplacer toujours davantage. Que changerait l'initiative anti-immigration par rapport à ces phénomènes? Il faut adapter nos routes et nos trains à la Suisse d'aujourd'hui. Se lamenter en cherchant des bouc-émissaires ne résoudra rien. NON à l'initiative "contre l'immigration de masse"!

15/01/2014

Non, ce n'était pas mieux avant la libre-circulation des travailleurs!

L'un des arguments clés des partisans de l'initiative UDC contre la libre circulation des travailleurs européens réside dans l'erreur d'estimation dont la Confédération et les experts ont fait preuve à la fin des années 1990. L'immigration supplémentaire avait été sous-évaluée. Cela s'explique en réalité très simplement: la Suisse sortait de dix ans de stagnation consécutive à l'éclatement de la crise immobilière de 1989. Après cette décennie de marasme, base des projections erronées et critiquées aujourd'hui, qui pouvait alors s'attendre à ce que nous retrouvions des taux de croissance habituels supérieurs à 2%? C'est pourtant ce qui s'est produit à partir de 2004.

Un petit retour dans les années 1990 est éclairant. La décennie a été marquée par plusieurs récessions, dont nous ne sommes parvenus à nous extirper véritablement qu'à l'orée de l'an 2000. Le cap des 200'000 chômeurs était atteint en 1997. Dans l'impossibilité de décrocher un premier job ici, de jeunes chômeurs suisses étaient très officiellement incités à émigrer (véridique!) pour acquérir une première expérience professionnelle. Le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse romande de 1997 (90 milliards de francs) était inférieur à celui de 1990 (il est aujourd'hui de plus de 146 milliards de francs). Après le refus de l'Espace Economique Européen (EEE) en 1992, la voie des bilatérales peinait à émerger. Nous étions dans le brouillard le plus épais!

L'image n'était pas meilleure pour les finances publiques. Les récessions à répétition ont pratiquement fait tripler la dette de la Confédération en quelques années. Les cantons n'allaient pas mieux. L'Arc lémanique était une région sinistrée.

Remarque: notre politique migratoire était alors régie par des contingents. Une machine bureaucratique - pour qui s'en souvient - qui ne faisait en fait qu'entraver les entreprises encore dynamiques. L'hôtellerie, la restauration et la construction se battaient avec la paperasse…

Mais surtout, les contingents n'empêchaient pas la Suisse d'avoir un solde migratoire important: +100'000 étrangers par an dans les années 1960, encore +57'000 étrangers en 1991 (chiffres nets). L'an dernier, le solde migratoire a été d'un peu plus de 80'000 personnes.

Oui, les experts se sont trompés: les Européens qui viennent travailler en Suisse sont plus nombreux que prévu. Mais nous sommes bien loin des dérapages brandis par les partisans de l'initiative sur laquelle nous votons le 9 février (vous avez tous entendu l'argument: "Berne nous prédisait 8000 Européens par an, il y en a 80'000"). Compte tenu de la stagnation de l'économie qui sévissait dans les années 1990 et de la population totale (6,7 millions d'habitants pour toute la Suisse en 1990 contre 8 millions aujourd'hui), l'immigration était proportionnellement plus forte à cette époque. Les contingents ne jouaient donc aucun rôle de frein.

La réalité, c'est que les flux migratoires suivent l'expansion économique. Le nombre d'étrangers en Suisse a ainsi reculé de 2600 en 1997. La croissance démographique actuelle est le fruit de notre prospérité. La libre circulation des personnes y a largement contribué, pour notre plus grand bénéfice: assainissement des finances publiques, chômage très faible en comparaison internationale, notamment chez les jeunes (le chômage de longue durée – plus d'un an - ne concerne que 500 jeunes dans toute la Suisse), assurances sociales renflouées (voir mon blog précédent), la crise de 2008 surmontée en quelques trimestres à peine…

Quel avantage aurions-nous à tirer la prise aujourd'hui? Qu'aurions-nous à gagner à prendre le risque de briser cette voie bilatérale qui nous a si bien servi jusqu'à aujourd'hui? NON à l'initiative "contre l'immigration de masse"!