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21/08/2013

Clause de sauvegarde: l'art du faux pas!

Qu'a donc apporté la décision du Conseil fédéral, en avril dernier, d'activer la clause de sauvegarde dans la libre circulation des personnes? Du travail administratif supplémentaire pour les entreprises et une intense activité diplomatique fédérale pour convaincre les Européens de notre droit à brandir cette disposition. On a beau chercher, chercher encore, on ne trouve rien de plus. Et surtout, il n'y a eu absolument aucun impact positif à réintroduire, le 1er juin dernier, des contingents pour les travailleurs en provenance de l'Union européenne.

La Société suisse des entrepreneurs (SSE) l'a souligné il y a quelques jours: plus de 5000 autorisations de séjours de longue durée (permis B) étaient encore disponibles à la fin juillet, sur un total de 13'428 à disposition pour la période courant de juin à août. Le plafond ne sera pas atteint. Et il est très peu probable qu'il soit atteint au cours des prochains trimestres. En juin 2014, la clause de sauvegarde ne sera ensuite plus applicable, conformément aux traités que la Suisse a signés. Des traités que le peuple a en outre acceptés avec de très claires majorités en votation en 2000 (Bilatérales I), puis confirmés en 2005 (extension aux dix nouveaux pays de l'UE) et en 2009 (extension à la Bulgarie et la Roumanie).

Je ne peux que m'associer aux regrets formulés par les milieux de la construction, d'autant que j'avais également critiqué cette volonté de repli sur soi, il y a quelques mois. En activant cette clause, la Confédération a fait passer un très mauvais message, à savoir que la libre circulation des personnes constituait un problème qui devait être circonscrit. La réalité est tout autre: la Suisse ne serait jamais parvenue à éviter la crise qui frappe tous les pays qui nous entourent depuis des années si cette ouverture n'avait pas eu lieu. Notre pays est parvenu à revenir au rang des pays industrialisés les plus dynamiques grâce à son ouverture.  

Rappelez-vous des années 1990, notre pays "protégé" par de stricts contingents d'immigrants pataugeait de crise en crise. Le chômage culminait à 5,7% de la population en février 1997. C'est pratiquement le double d'aujourd'hui. Les jeunes peinaient à trouver un premier emploi.

L'ouverture du marché du travail à partir de 2001 a créé une dynamique extrêmement favorable dans notre pays. C'est une réalité! Entre 2002 et 2012, il s'est créé plus de 365'000 emplois en Suisse, dont pas bien loin de la moitié uniquement en Suisse romande. La Suisse a derrière elle une décennie de succès. La moindre des choses, aujourd'hui, consiste à manœuvrer avec doigté pour le préserver. Espérons que cette décision hâtive et superflue sur la clause de sauvegarde reste un faux pas isolé.

14/08/2013

Pas le droit de parler des habitudes de consommation des Suisses?

Les habitudes de consommation changent. Quel mal y-a-t-il à décrire la réalité? Les Suisses sont nombreux – toujours plus nombreux, à vrai dire - à vouloir effectuer des achats après 18h30 ou 19h00, a constaté le surveillant des prix Stephan Meierhans dans un journal gratuit alémanique. Où est le problème? Le fait que l'on vote le 22 septembre prochain sur une ouverture non-stop des shops de stations-service situés le long des axes très fréquentés devrait-il conduire à museler Monsieur Prix sur toute question traitant du commerce en général? Chacun a tout de même le droit de pouvoir décrire ce qu'il constate autour de lui. Pour Stephan Meierhans, parler de commerce relève même de sa fonction première!

Censurer le Surveillant des prix serait d'autant plus incongru que la question des shops des stations-essence ne concerne absolument pas les horaires d'ouverture des magasins au sens propre. Deux douzaines de shops sont déjà ouverts 24h sur 24 en Suisse, dont un en Suisse romande. Des employés y travaillent déjà de nuit, sans toutefois pouvoir y vendre,  entre 1h et 5 h du matin, l'assortiment à disposition les 20 autres heures de la journée. Encaisser l'essence et vendre des sandwichs, oui. Mais vendre des produits de première nécessité (cosmétiques, conserves…), non. Nous votons uniquement sur la fin de cette situation grotesque, que les syndicats souhaitent perpétuer pour des motifs doctrinaux.

Ce dont parle Stephan Meierhans se situe largement au-delà de cette discussion. Il s'agit d'une question de société. Tout le monde admettra que notre pays est l'un de ceux où les commerces ferment particulièrement tôt. Cela surprend d'ailleurs toujours – lorsque cela ne les prend pas de court - les touristes qui visitent pour la première fois la Suisse. Le monde du commerce suisse est figé par des lois d'un autre temps. Un temps pas si lointain, c'est vrai. Mais un temps néanmoins révolu: les consommateurs ne sont pas tenus par ces règles.

Ils peuvent acheter à n'importe quelle heure sur Internet, les magasins ferment plus tard en France voisine. D'ailleurs, ils ne s'en privent guère… Le tourisme d'achat a fait perdre quelque 10 milliards de francs au commerce suisse au cours des deux dernières années.

Faut-il mettre des œillères? Eduquer les consommateurs avec des rayons bâchés? Les faire rentrer dans le moule légal et syndical? Ou bien le droit doit-il s'adapter à l'évolution du mode de vie? Les Suisses auront tout loisir de répondre à ces questions ces prochaines années. Mais avec les shops, encore une fois, nous ne parlons pas de cela. Juste d'une aberration.

07/08/2013

Les vacances, la Côte d'Azur, le fisc et la Suisse

Les vacances. L'occasion de faire une pause. On pense laisser derrière soi les préoccupations professionnelles, la politique cantonale et fédérale, les grands dossiers portant sur l'avenir de notre pays. Et patatras! Un café pris sur une terrasse, la conversation de deux personnes à une table voisine nous ramène en Suisse, à la réalité, en une fraction de seconde.

Je ne résiste pas à la tentation de vous rapporter les propos échangés entre deux dames, entendus bien involontairement sur la terrasse du Sénéquier à St-Tropez, il y a quelques jours à peine. Je vous donne le dialogue de mémoire, donc résumé, mais je vous garantis qu'il est authentique sur le fond:

-       Dame 1: Nous n'en pouvons plus. Cette fois c'est décidé, nous déménageons. Nous quittons la France.

-       Dame 2: Ah oui! Pourquoi?

-       Dame 1: Le fisc vient de nous imposer un nouveau redressement fiscal. Il a réévalué cinq fois la valeur des immeubles que nous possédons à Paris. Si nous voulons payer ces nouveaux impôts, il faudra chaque année vendre un appartement et donc finir par tout perdre. On a décidé de tout vendre et de partir avec notre fortune à Lisbonne. Nous sommes cinq familles à le faire

-       Dame 2: Lisbonne? Pourquoi pas en Belgique ou en Grande-Bretagne? Les étrangers y bénéficient de régimes fiscaux particulièrement intéressants…

-       Dame 1: Tous calculs faits, Lisbonne est en réalité bien plus avantageux fiscalement, par le prix de l'immobilier et de plus le salaire minimum n'est qu'à 500 euros, nous pourrons occuper davantage de personnel de maison (…) 

Sur le moment même -  et encore plus en y repensant plus tard – cet échange m'a confortée dans la démonstration que trop d'impôts fait fuir. Mais surtout, ces propos m'ont interpellée au plus haut point. En premier lieu, la Suisse n'a à aucun moment (aucun!) été évoquée comme un lieu potentiel de déménagement pour cette personne manifestement très fortunée. Le mythe du paradis fiscal en prend un sacré coup. Bon nombre de pays de l'Union européenne sont manifestement beaucoup plus attractifs que nous pour les grandes fortunes et/ou les hauts revenus.

En dernier lieu, je dois avouer que l'histoire du salaire minimum m'a choquée. Un tel argument lorsque l'on est fortuné est assez mesquin. Elle est toutefois révélatrice des effets pervers que crée une telle réglementation. En l'occurrence, ce minimum est manifestement perçu par la dame comme le "juste" salaire – ou en tout cas le salaire non négociable qu'elle proposera, et qui a toutes les chances de trouver preneur dans un pays où le chômage dépasse les 17% - aux employés qu'elle occupera.

A méditer en Suisse, où nous voterons l'an prochain sur une initiative demandant un salaire minimum à 4000 francs. Qu'apporterait cette obligation chez nous à ceux qui gagnent (un peu) plus et qui perdent leur emploi, qui doivent déménager et trouver un nouveau job, qui reviennent sur le marché de l'emploi après une pause? Vous voulez prendre le risque?