18/04/2018

Des vertus de l'ouverture des frontières

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Statistique Vaud l'a indiqué la semaine dernière: le canton a accueilli, en 2017, 8200 personnes supplémentaires sur son sol. L'accroissement est attribuable pour deux tiers à l'immigration, le solde provenant de la différence entre naissances et décès. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il reste bien en-deçà des hausses observées entre 2007 et 2016, où l'on a enregistré 12'000 arrivées annuellement.

Cette baisse de l'immigration, même si elle est peut-être ponctuelle, n'est pas une bonne nouvelle si l'on se place du point de vue de l'économie. Car notre pays a besoin de renouveler sa main-d'œuvre pour contrebalancer les effets de l'accélération du vieillissement de la population. Intégrer davantage les femmes et les seniors, ce qui reste une priorité, ne suffira pas à combler le manque annoncé de forces vives sur le marché du travail.

Le Fonds monétaire international ne dit pas autre chose dans un récent rapport publié dans la perspective de sa réunion de printemps, qui se déroule actuellement à Washington: «Bien qu'accueillir des migrants puisse poser des problèmes et susciter potentiellement un revers politique, ceux-ci pourraient aussi être une aubaine pour les pays hôtes», affirme l'institution. Les experts du FMI rappellent que selon des projections de l'ONU, la population totale va se réduire dans près de la moitié des pays développés d'ici au milieu de ce siècle.

Ce rapport intervient au moment où de vifs sentiments anti-immigration se font jour dans le monde occidental, en particulier aux Etats-Unis et, plus près de nous, en Hongrie et en Autriche. Sans parler des initiatives à répétition qui sont lancées en Suisse sur le sujet. Le FMI assure, de son côté, que les pays développés doivent repenser les politiques migratoires pour dynamiser la main-d'œuvre disponible.

Réindustrialisation bienvenue

Ce constat, frappé du sceau du bon sens, permet de rappeler que la libre circulation des personnes et les bilatérales ont largement contribué à stimuler l'économie vaudoise. Par les vertus d'un accès amélioré au marché du travail européen, ainsi que de meilleures conditions d'exportation résultant de nos relations avec l'Union européenne, notre tissu industriel a pu se renouveler.

Dans son étude «Vaud, le tigre discret», réalisée avec la BCV en 2016, la CVCI soulignait d'ailleurs que depuis le début du millénaire, notre canton s’est réindustrialisé, notamment grâce à l’émergence d’une nouvelle industrie, la pharma, à la forte progression du secteur alimentaire (conditionnement du café en capsules) et à la renaissance d'industries de précision comme l'horlogerie, la medtech et l'électronique.

Ces faits contredisent en partie un autre rapport que le FMI vient de publier sur le déclin des emplois manufacturiers ces dernières années et les craintes qu'il susciterait, à tort, dans les pays développés. Pour les experts du Fonds, en résumé, le transfert de postes de travail du secteur industriel vers celui des services n'affaiblirait pas l'économie, mais apporterait une richesse similaire. C'est peut-être le cas! Il n'en demeure pas moins vrai que la bonne santé d'un pays repose sur la diversité et la complémentarité de ses secteurs d'activité.

Pour en revenir à l'immigration, le FMI conclut sur le fait que celle-ci «peut contribuer à des gains à long terme telle que la croissance ou la productivité». Raison de plus, pour notre pays, de continuer à privilégier l'ouverture des frontières à leur fermeture.

Photo: Gaetan Bally

28/03/2018

Plaidoyer pour un accord institutionnel avec l'Europe

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Le canton de Vaud a vécu une profonde métamorphose ces trente dernières années. Après la crise des années 1990, il a rattrapé son retard économique grâce à une croissance systématiquement supérieure à celle de la Suisse. Les aléas conjoncturels n'ont pas grand-chose à voir là-dedans: ce redressement a été rendu possible par l'ouverture des frontières et l'internationalisation de notre économie.

C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de jouer les divas, en lançant initiatives populaires sur initiatives populaires prônant la fermeture et le protectionnisme. L'exemple du Brexit paraît suffisamment parlant: la voie à suivre, c'est l'amélioration de nos accords, et non la rupture. Souvenons-nous en à la veille de voter sur l'initiative populaire sur l'autodétermination, qui porterait atteinte à nos accords internationaux.

Dans un registre semblable, parvenir à un accord institutionnel avec l'UE est impératif. Pour que les bilatérales demeurent efficaces bien sûr, mais surtout pour améliorer encore nos conditions d'accès au marché européen. Nos entreprises ont besoin de cette visibilité et de cette stabilité.

Tel est aussi le credo d'Aude Pugin, CEO d'APCO Technologies, PME aiglonne qui occupe plus de 250 collaborateurs. Son plaidoyer vaut tous les discours: «L'Europe comme client, mais surtout comme partenaire et comme vivier d'innovation et de ressources.» Écoutons-la

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14/03/2018

Ne réveillons pas le démon du protectionnisme!

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S'il semble emprunter la voie de l'apaisement avec la Corée du Nord, le président américain, Donald Trump, n'en apprécie pas moins les conflits. Dans le domaine commercial, en tout cas. Sa récente décision de surtaxer les importations d’acier (+25%) et d’aluminium (+10%) s'apparente bien à une déclaration de guerre. C'est la Chine qui se trouve dans son viseur. Les États-Unis accusent le gouvernement de ce pays de subventionner la production de ces deux métaux, ce qui a pour conséquence de causer une surproduction mondiale et, par là, du dumping.

Pour l'heure, il semble que seule la sidérurgie soit concernée. Mais tout peut changer très vite avec un dirigeant aussi imprévisible qui tient, avec cette décision, l'une des promesses électorales qu'il avait faites en 2016 à l'égard de l'électorat du Midwest. Cette région très industrialisée bordant les Grands Lacs l'avait massivement soutenu lors de la présidentielle de novembre 2016.

La surtaxe doit prendre effet le 23 mars prochain. Si le Canada et le Mexique y échapperont, le décret prévoit d'autres exceptions. L'Union européenne (UE), en particulier, a immédiatement demandé à bénéficier d'un tel statut spécial. Dans la foulée, le président américain a exigé de l'UE un abaissement des barrières douanières et réglementaires sur les produits américains, si cette dernière entendait être exemptée à son tour.

Le libre-échange, ADN de notre pays

Il faudra donc attendre un peu pour savoir si cette surtaxe touchera les exportations suisses d'acier et d'aluminium. L'an dernier, nos entreprises ont exporté plus de 18'000 tonnes de ces deux métaux à destination des États-Unis, ce qui correspond à 2,7% des exportations mondiales d’aluminium et d’acier de la Suisse. Même si quelques sociétés pourraient être touchées par cette décision, les répercussions directes sur l’ensemble de l’économie de notre pays resteraient relativement faibles, estime economiesuisse.

La décision de Donald Trump a tout d'un improbable auto-goal, car elle va également renchérir la production indigène, dont les consommateurs américains seront les victimes collatérales. L’industrie automobile du pays de l'Oncle Sam, dont les ventes s'essoufflent, figure en première ligne. Avec le renchérissement de l’acier et de l’aluminium, celle-ci ne pourrait que souffrir davantage de la conjoncture.

Vues d'un pays ouvert sur le monde comme le nôtre, de telles mesures douanières n'augurent rien de bon. L’expérience nous enseigne que celles-ci induisent des effets négatifs. Selon diverses études, les taxes à l’importation introduites en 2002 par le président George Bush ont conduit à la suppression de 200'000 emplois environ et à une baisse de la masse salariale de près de 4 milliards de dollars. Une escalade des sanctions commerciales pèserait lourdement sur la conjoncture mondiale et aurait des effets directs sur les affaires internationales. Les entreprises exportatrices suisses ne seraient pas épargnées.

À nos yeux, le libre-échange constitue l'ADN de notre pays. Le protectionnisme reste un vieux démon qu'il s'agit de ne pas réveiller.

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