07/03/2018

Quand les perdants prennent le mors aux dents

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Le verdict est tombé dimanche en début d'après-midi: l'initiative populaire «Pour le remboursement des soins dentaires» a été rejetée par 57,57% des votants. Ce résultat clair montre que la population vaudoise n'entend pas financer, au nom de la solidarité, un domaine qui relève avant tout de la responsabilité individuelle. Les associations économiques, de leur côté, ont combattu ce texte pour une raison évidente: une telle assurance n'a aucun lien avec les entreprises. On ne voit pas au nom de quel principe elles pourraient être amenées à payer, même en partie, pour un tel système.

Les urnes ayant parlé, nous pensions naïvement que chacun allait accepter l'issue du scrutin. En 2015, la CVCI avait bataillé contre la redevance pour les entreprises basée sur le chiffre d’affaires, la jugeant arbitraire, et avait recommandé son rejet. Le vote, qui s'était joué à 3700 voix sur l'ensemble du pays, lui avait été défavorable, et elle en avait pris acte. C'est le jeu démocratique. Au lendemain de la votation de ce dimanche, cependant, des voix pour le moins insolites se sont fait entendre pour demander aux vainqueurs d'avancer des propositions concrètes pour la suite. Comme si ceux qui avaient combattu cet objet avaient le devoir de suggérer des pistes pour trouver des solutions à un système dont ils ne veulent pas… Étrange manière de retourner une situation défavorable.

En mode arrosoir

Ce débat n'est cependant pas clos dans le canton de Vaud. Le parlement devrait reprendre ses travaux sur la loi relative à la prévention en matière de santé bucco-dentaire et sur la prise en charge des frais dentaires (LSB). Mis entre parenthèses à l'issue du débat sur l'initiative sur les soins dentaires, laquelle vient précisément d'être rejetée par la population, ce projet de loi prévoit un renforcement de la prévention au niveau préscolaire et scolaire et un remboursement de 50% des frais dentaires de base pour les enfants jusqu'à 18 ans. Une fois de plus, le Conseil d’État est en mode arrosoir et ne cible pas les cas qui ont réellement besoin d'aide. Un dispositif est également envisagé pour couvrir tout ou partie de la part restant à charge et de l'orthodontie. Pour réduire le risque de renoncement aux soins dentaires, les adultes pourraient en outre bénéficier d'aides financières pour des frais excédant 3% du revenu.

L'ensemble des mesures prévues par cette loi représenterait un coût annuel d'environ 38 millions de francs, selon les estimations du Canton. La LSB prévoit plusieurs sources de financement, notamment le maintien de la participation actuelle des communes, une augmentation de la cotisation salariés et indépendants d'au maximum 0,06% et une taxe cantonale sur les boissons sucrées jusqu'à un montant maximum de 30 centimes par litre.

Vu l'issue de la votation de ce dimanche, il nous paraîtrait judicieux que le Conseil d’État songe à retirer sa loi. Notre système de soins dentaires, basé sur la prévention et la responsabilité individuelle, a fait ses preuves et fonctionne pour l'immense majorité de la population. Pour la minorité confrontée à des problèmes bucco-dentaires doublés de soucis financiers, une piste intéressante pourrait consister en l'octroi de prêts sans intérêts versés par l’État, sur le modèle de l’assistance judiciaire destinée à ceux qui peinent à payer leurs frais de justice. Cela permettrait aux bénéficiaires de passer ce cap difficile. Pour le reste, rappelons que les groupes de population défavorisés peuvent bénéficier d'aides cantonales ciblées dans ce domaine.

Photo: Shutterstock

21/02/2018

Crèche rime encore avec dèche

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Trouver une place de crèche en Suisse romande s'apparente à un parcours du combattant pour les parents. Selon une enquête récente menée par «Le Matin dimanche» auprès d’une quinzaine de municipalités de ce côté-ci de la Sarine, il faut compter près de sept mois d’attente en moyenne avant de pouvoir espérer placer son enfant. À Vernier (GE), le délai d’attente peut dépasser les deux ans. Dans notre canton, il faut compter douze mois dans la région de Lavaux-Oron, et entre six et douze mois du côté d'Yverdon-les-Bains.

Durant ces quinze dernières années, la Confédération a soutenu la création d'environ 57'400 places de crèches avec une manne de 370 millions de francs, a indiqué la semaine dernière l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Le nombre de nouvelles places demeure toutefois très insuffisant. Cette problématique est centrale pour les parents, car les modèles familiaux ont évolué, de même que les aspirations des salariés. Le modèle traditionnel, à savoir un seul actif par ménage, est de moins en moins la règle. Que ce soit par choix ou par nécessité importe peu, il s'agit d'un fait.

C'est l'occasion de rappeler que le canton de Vaud est un précurseur dans le domaine des structures destinées aux élèves du primaire, en dehors des heures de classe, une politique que la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie soutient de longue date. Depuis 2009, la loi sur l’accueil de jour des enfants (LAJE) assure un financement complémentaire pour la création de places en crèches ou garderie, à charge uniquement des employeurs. Ceux-ci y participent à hauteur de 0,08% de la masse salariale. Cette contribution va doubler d'ici à 2019 à la faveur d'un accord négocié entre le canton et les organisations économiques dans le cadre de la réforme vaudoise de l'imposition des entreprises (RIE III). La charge, pour ces dernières, était de 24 millions au départ, puis elle est passée à 36 millions, et elle devrait grimper à 48 millions d’ici à 2019. Un geste qu'il convient de relever.

L'avenir de l'entreprise au féminin

Vu les besoins en places d'accueil, des initiatives privées se font également jour, non sans difficulté. Une enquête de «24 heures» parue mardi dernier met en évidence les freins que rencontrent ces acteurs dans leurs démarches. En tête des problèmes pointés du doigt: la réglementation des crèches et leur mode de subventionnement, qui créerait des disparités entre les communes. Des partenariats publics-privés fonctionnent pourtant, comme l'illustre le quotidien avec un exemple nyonnais. La Fondation pour l'accueil de jour (FAJE) favorise ainsi la mise en réseau, qui consiste à regrouper collectivités publiques, partenaires privés, structures d’accueil à but non lucratif et structures de coordination. Le réseau s’organise librement sur un plan juridique et organisationnel. Il doit être reconnu par la FAJE et, pour cela, satisfaire un certain nombre de critères. Une réflexion sur ces derniers et sur le «swiss finish» pourrait faciliter la création de nouvelles structures.

Le manque de personnel lié au départ à la retraite attendu des baby-boomers, ainsi que le tarissement de l'immigration auquel on assiste déjà aujourd'hui, offre aux femmes des opportunités de faire valoir leurs compétences et d'accéder à des postes dirigeants. La création de places de crèches et d'accueil de jour des enfants reste donc une condition sine qua non pour y parvenir. N'ayons pas peur de conjuguer l'avenir de l'entreprise au féminin.

Photo: Fotolia

07/02/2018

Pour une nouvelle dynamique bilatérale

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Au milieu de la cacophonie qui règne depuis des semaines à propos de l'avenir des relations entre la Suisse et l'Union européenne (UE), une voix bien silencieuse jusqu'à présent s'est fait entendre dimanche dernier. Répondant à la conseillère nationale UDC Magdalena Martullo-Blocher, qui a clamé il y a peu dans 24 heures que «les mesures d'accompagnement sont une catastrophe pour l'économie», Valentin Vogt, président de l'Union patronale suisse (UPS,) a défendu ces dernières dans une interview fleuve accordée à la NZZ am Sonntag. Pour ce dernier, l'élue agrarienne «dénigre le partenariat social parce qu'elle veut faire capoter la libre circulation des personnes. De mon point de vue, a-t-il poursuivi, l'aspect décisif de ces mesures est que l'on paie en Suisse des salaires suisses.»

Dans la foulée, le président de l'UPS a cautionné la stratégie suivie actuellement par le conseiller fédéral Ignazio Cassis en matière européenne. Il a mis en évidence l'importance d'un accord cadre avec l'UE, arguant du fait que celui-ci est important pour la sécurité du droit, et ajoutant que celui-ci devait passer par une consultation populaire.

L'UPS soutient donc les efforts d'Ignazio Cassis, et c'est une bonne nouvelle pour l'économie. On a passablement raillé la méthode du magistrat tessinois qui, de façon didactique et à grand renfort de formes géométriques, a expliqué dernièrement les éléments en jeu dans la recherche d'un accord cadre avec l'Union européenne devant un parterre d'étudiants et de journalistes à l'Université de Suisse italienne. On a grand tort d'en rire. Avec un langage simple et clair, il est parvenu à dédramatiser le débat et à remettre l'église au milieu du village. Il a trouvé une manière à la fois originale et habile de faire passer les messages des sept Sages auprès du grand public, dans un dossier complexe et aux facettes innombrables.

Prospérité grâce aux bilatérales

En cela, le conseiller fédéral revient aux fondamentaux: oui, la Suisse doit disposer d'un cadre politico-économique stable avec l'Union européenne, d'un «accord d’accès au marché» comme il le dit désormais. Les bilatérales négociées avec Bruxelles, dont les deux volets sont entrés en vigueur successivement en 2002 et en 2004, ont beaucoup contribué à la prospérité de notre pays ces dernières années. Au creux de la vague au début des années 2000, l'économie vaudoise vient de connaître quinze ans de croissance continue, en grande partie grâce aux accords bilatéraux et à ses mesures d'accompagnement. L'Europe constitue, faut-il le rappeler, notre premier marché.

Il convient donc de saluer la volonté aujourd'hui réaffirmée du Conseil fédéral d'aller de l'avant dans le dossier européen. La Suisse a besoin de l'Europe, et l'Europe a besoin de la Suisse. Après le coup de froid de la fin de l'année dernière, qui a vu l'UE ranger notre pays dans la liste grise des paradis fiscaux et nous accorder une équivalence boursière limitée à une année, il est grand temps d'initier une nouvelle dynamique avec Bruxelles. Tout porte à croire qu'on en prend le chemin.