16/05/2018

Un «signal» aux conséquences désastreuses

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Le sort de l'initiative «Monnaie pleine», qui menace de chambouler de fond en comble le système financier de notre pays, peut-il encore basculer d'ici au 10 juin prochainJustement combattu de tous les côtés, ce texte, qui ferait de la Suisse un îlot monétaire expérimental à haut risque, paraît condamné par les premiers sondages, qui donnent le non vainqueur.

Pour autant, le nombre d'indécis est encore conséquent vu la complexité de l'objet. Il existe donc un risque que ce texte, assurément dommageable pour notre économie, puisse encore séduire celles et ceux qui se méfient des banques et d'un système qui a tremblé sur ses bases il y a de cela à peine une décennie. Peut-on imaginer un scénario catastrophe comme celui du 9 février 2014, lorsque l'initiative «Contre l'immigration de masse» avait passé la rampe contre toute attente? Au moment où les citoyens de notre pays vont recevoir leur matériel de vote, il importe de marteler les réels dangers que recèle ce texte pour s'éviter toute mauvaise surprise.

Dans ce contexte, on s'étonne que des membres du monde académique suisse – heureusement rares – accordent du crédit à cette initiative. Comme ce professeur d'économie qui, persuadé que l'initiative n'a aucune chance de passer, clame dans une interview qu'il «est important de voter oui pour donner un signal». La journaliste lui faisant alors remarquer que voter ne consiste pas à participer à un sondage, l'économiste explique que «si le oui atteint 25%, ce serait déjà une manière de faire comprendre aux banquiers et aux politiciens qu'on n'est pas à l'abri d'une crise systémique». On doit se pincer pour le croire.

Option indéfendable

Car un vote ne s'apparente pas à un jeu. Notre démocratie directe mérite autre chose qu'un coup de poker aux conséquences potentiellement désastreuses. L'option d'un «signal» est d'autant plus indéfendable que les tenants de «Monnaie pleine» n'ont en aucune manière démontré que leur système pouvait prévenir de telles crises. La BNS elle-même estime que cette initiative ne pourrait empêcher l’émergence de cycles de crédit ni de bulles immobilières ou financières.

Soyons sérieux! L'enjeu de cette votation est considérable pour notre économie. Accepter ce texte reviendrait à empêcher les banques commerciales de faire travailler les avoirs à vue sur leurs comptes, qui génèrent des bénéfices et qui permettent de verser des intérêts à leurs clients. L'octroi de prêts serait ralenti et leur coût renchérirait. Une telle perspective n'est assurément ni dans l'intérêt des entreprises ni dans celui des particuliers.

La Suisse a su tirer les leçons de la crise de 2008 en prenant les mesures qui s'imposaient pour ajuster les exigences en matière de liquidités et de fonds propres. Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de tous. C'est pourquoi il est essentiel de rejeter massivement cette initiative le 10 juin prochain.

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02/05/2018

Pour une protection des données adaptée

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Donner «aux citoyens plus de contrôle sur leurs propres informations privées dans un monde numérique de téléphones intelligents, de médias sociaux, de services bancaires sur Internet et de transferts mondiaux»: telles sont les ambitions du Règlement européen général sur la protection des données (RGPD), qui sera applicable à partir du 25 mai prochain dans l'Union européenne… et au-delà.

Tout acteur qui traite des données personnelles dans l'UE est concerné: les entreprises, les individus et les autorités. Et comme le RGPD est susceptible de s’appliquer également hors des frontières des 28, les entreprises suisses qui fournissent des biens et des services dans l'Union ou qui y suivent le comportement de personnes physiques seront également confrontées à cette réglementation. Les entreprises qui souhaitent savoir si elles y seront soumises peuvent effectuer un test rapide sur le site d'economiesuisse ici.

La CVCI, pour sa part, suit de près la mise en place de ce règlement pour ses membres et a publié à cet effet des fiches juridiques dans son journal «demain». Nous avons aussi mis sur pied la semaine dernière un séminaire sur cette thématique complexe. Le succès a été tel que l'exercice va être répété début juillet. C'est dire l'ampleur des besoins en information de nos entreprises dans ce domaine.

C'est d'autant plus indispensable que le non-respect des dispositions du RGPD peut s’avérer coûteux. Les amendes en cas de violation peuvent atteindre plusieurs millions d’euros. Précisons toutefois que les autorités de protection des données devraient avant tout jouer un rôle d’information et de sensibilisation aux bonnes pratiques à mettre en œuvre pour respecter cette réglementation. À ce jour, aucune procédure n’a encore été définie pour permettre l’exécution d’une sanction ou l’encaissement d’une amende infligée.

La Suisse a un train de retard

L'entrée en vigueur prochaine du RGPD met aussi en lumière le retard que prend la Suisse dans l'adaptation de sa législation sur la protection des données, qui date de … 1993. La révision totale de la loi n'est toujours pas sous toit et pourrait être reportée à 2019, voire à 2020! Le mois dernier, relate «Le Temps», des sommités du monde académique, des avocats, des responsables de l’économie et des préposés à la protection des données ont publié une lettre ouverte dans laquelle elles estiment qu’une «mise à jour de la loi suisse est indispensable et urgente». Selon ces personnalités, en conservant un texte qui a plus de vingt-cinq ans, la Suisse risque de perdre son statut de pays équivalent, ce qui rendrait le transfert de données de l’UE vers la Suisse plus compliqué.

C'est d'autant plus regrettable que les données constituent le véritable moteur de l’innovation à l’ère de la numérisation triomphante. Aussi, il nous paraît indispensable de préserver l’équivalence de la protection des données suisse avec les prescriptions européennes, sans devoir toutefois reprendre les dispositions du RGPD qui ne seraient pas indispensables. Aux parlementaires d'œuvrer désormais, et dans les meilleurs délais.

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25/04/2018

Une faiblesse qui pourrait cacher une force

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La nouvelle n'est pas passée inaperçue dans les milieux économiques la semaine dernière: pour la première fois depuis l'abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse (BNS), en janvier 2015, notre devise a atteint le cours de 1 fr. 20 pour un euro. Si les vacanciers et autres amateurs d'escapades vers l'Union européenne verront la chose d'un mauvais œil, il en va tout autrement des industriels tournés vers l'exportation. Grâce à ce taux de change redevenu favorable aux affaires, les entreprises vont pouvoir accroître leur compétitivité et travailler avec des marges retrouvées.

Car le monde de l'économie suisse a encore en mémoire le choc qu'a représenté, il y a un peu plus de trois ans, la décision de la BNS. Du jour au lendemain, les firmes exportatrices se sont retrouvées avec une quasi-parité entre le franc et l'euro, qui leur a fait perdre pas loin de 20% de leur chiffre d'affaires. Il a fallu réagir vite: revoir les budgets et les processus, contacter les fournisseurs, trouver des arrangements et, forcément, baisser les prix pour rester concurrentiel. Très vite, les industriels de notre pays ont dû innover, prospecter d'autres marchés et, parfois, renoncer à la collaboration de sous-traitants, perdant ainsi un savoir-faire local très précieux, et même partiellement délocaliser. Fort heureusement, l'industrie de notre pays est parvenue à faire le dos rond et à passer le cap sans laisser trop de plumes derrière elle.

Se réveiller et investir

L'embellie actuelle sur le front monétaire, quoiqu'intéressante pour nos entreprises, interpelle cependant par son ampleur et suscite même un fond d'inquiétude. Car la faiblesse du franc suisse met surtout en lumière la bonne santé de l'économie européenne, et révèle, par conséquent un relatif déficit de performance de la nôtre. Le fait d'avoir surmonté avec succès l'effet franc fort aurait-il constitué une sorte d'«oreiller de paresse» pour l'industrie suisse? Sans aller jusque-là, force est de constater que le retour à la croissance chez nos voisins européens doit aujourd'hui inciter l'industrie suisse à se réveiller et à investir, à la faveur des gains de change et du retour des marges financières.

Investir pour l'avenir, cela implique indubitablement de se donner les moyens d'entreprendre et de réussir le virage de la digitalisation, laquelle représente une révolution industrielle plus profonde encore que les trois précédentes. Ce serait aussi l'occasion, pour les entrepreneurs d'ici, de renouer avec les sous-traitants du coin, dont le savoir-faire et l'inventivité ne sont plus à démontrer.

L'industrie ne doit pas tarder, car les bonnes conditions monétaires actuelles ne vont pas nécessairement durer. Les taux de change sont souvent imprévisibles et volatils. Les tensions au Proche-Orient, de même que la guéguerre commerciale initiée contre la Chine par le président américain, Donald Trump, pourraient rapidement ramener les investisseurs vers le franc suisse, valeur refuge traditionnelle, et le pousser de nouveau vers des sommets néfastes pour nos exportations. Investir rime plus que jamais avec avenir.

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