11/06/2014

L'apprentissage comme "recette anti-chômage"

Le modèle de formation professionnelle suisse basé sur l'apprentissage est une recette anti-chômage et son principal défi consiste à le rester. Cette conclusion est tirée d'une étude présentée dans le cadre du Forum des 100 de "L'Hebdo" à la mi-mai. Les statistiques ne laissent planer aucun doute: notre pays compte très peu de jeunes sans emploi en comparaison internationale. Le système d'apprentissage a en outre l'immense avantage d'impliquer les entreprises dans la formation, et donc d'éviter que le monde économique soit déconnecté des écoles professionnelles. 

Mais attention, ce modèle évolue et doit continuer à évoluer. Comme le rappelle l'étude réalisée par les six banques cantonales romandes, il manquait de places d'apprentissage il y a encore une petite dizaine d'années. Retournement complet de situation aujourd'hui: les entreprises peinent à trouver des candidats! L'an dernier, presque une place d'apprenti sur dix (9%) est restée vacante en Suisse romande. 

Et le problème n'est pas près de disparaître, l'Office fédéral de la statistique s'attend à une diminution du nombre d'apprentis de l'ordre de 1,8%, toutes branches confondues, entre 2016 et 2019. Pourquoi? Parce que le nombre des naissances a baissé entre 1992 et 2003 et parce que toujours plus de jeunes se lancent dans des études "académiques". On peut ajouter que la limitation de l'immigration décidée par le peuple suisse le 9 février dernier accentuera probablement ce phénomène. 

Les entreprises se plaignent aujourd'hui déjà d'une inadéquation entre les dossiers de candidature des apprentis et les postes proposés. Toutes les branches s'attendent à ce que cette tendance se renforce au cours des trois à cinq prochaines années (toujours selon le document présenté au Forum des 100, voir page 6). 

On le voit, le modèle gagnant de l'apprentissage nécessite quelques adaptations. Première mesure à prendre: mieux expliquer les différents débouchés professionnels dans les écoles. Autrefois, on pensait volontiers: "tu n'es pas bon à l’école, tu feras un apprentissage". Ce temps est heureusement dépassé, car tous les métiers ont des exigences qui deviennent chaque jour plus élevées. Les détenteurs de CFC peuvent poursuivre sur la voie des études et atteindre un niveau universitaire. Diriger systématiquement les élèves les plus performants vers le gymnase est donc une erreur. 

Sans compter que question salaire, il faut une fois pour toute tordre le cou à certaines idées reçues. L'obtention d'une maturité ne conduit pas à l'assurance d'avoir des revenus confortables. C'est même le contraire qui est vrai. Dans le canton de Vaud, les détenteurs d'une maturité étaient 16,4% à percevoir un salaire inférieur à 4000 francs par mois en 2010, contre 6,8% des titulaires d'un CFC! Ces chiffres sont tout ce qu'il y a de plus officiel: ils émanent d'une enquête menée par l'administration cantonale (dévoilée en mai dernier et malheureusement passée inaperçue) suite à une question d'un député au Grand Conseil. L'échantillon est des plus représentatifs puisqu'il porte sur 146'000 employés (un bon tiers de toutes les personnes actives), à raison de deux tiers dans le prié et un tiers dans le public.  

Les entreprises ont bien sûr elles aussi un rôle à jouer dans cette nécessaire adaptation de l'apprentissage. C'est à elles de mettre en avant les possibilités qu'elles offrent. L'apprentissage est paradoxalement en perte de vitesse alors qu'il n'a jamais autant permis d'évoluer dans notre parcours professionnel! Cela tient sûrement en partie au fait qu'il y a moins d'entreprises formatrices que par le passé, 18,4% actuellement contre 23% en 1985. 

Le défi évoqué par l'étude ne nous laisse aucune alternative: l'apprentissage doit absolument maintenir sa place de recette anti-chômage. Ce système est un véritable pilier de la Suisse. Mais attention à ne pas nous endormir sur nos lauriers: les métiers changent sans cesse, les parcours de formation ont évolué. Dans le bon sens! Reste maintenant à promouvoir cette nouvelle réalité. 

04/03/2014

Miser sur l'apprentissage permettra d'accompagner le retour des contingents

La réintroduction des contingents de main-d'œuvre étrangère en Suisse nous obligera à nous montrer inventifs pour ne pas étouffer les entreprises. Certains ont évoqué l'idée de faire (re)travailler les retraités. D'autres insistent sur la nécessité de mieux intégrer les femmes sur le marché de l'emploi, en créant les structures indispensables pour concilier vie professionnelle et familiale. Oui, ce sera inévitable. Mais en amont, il s'agira aussi de valoriser encore plus l'apprentissage.

En moyenne, les jeunes commencent un apprentissage vers l'âge de 18 ans en Suisse romande et vers 16 ans outre-Sarine. Côté romand, on constate que les jeunes passent souvent une année ou deux dans une phase transitoire. Chaque personne a son propre parcours et ce temps n'est pas forcément perdu. Mais l'expérience alémanique montre que l'on peut sans doute mieux orienter les adolescents, de manière à ce qu'ils mettent pleinement à profit ces années où l'on apprend beaucoup plus facilement qu'à l'âge adulte.

C'est bien connu, les Romands considèrent la voie académique comme le nec plus ultra. On est à 25% de détenteurs d'une maturité gymnasiale dans le canton de Vaud et à 30% à Genève. Dans les cantons alémaniques, ce taux est presque partout inférieur à 20%. Il n'est pas question de dire ici qu'une manière de faire est meilleure ou moins bonne: l'Arc lémanique s'est hissé au rang des régions les plus compétitives de Suisse, et le chômage des jeunes n'y est pas un problème. Les universitaires ne forment pas des cohortes de chômeurs, loin de là.

Mais si l'on veut "gagner" de la main-d'œuvre locale, intégrer plus tôt les jeunes sur le marché de l'emploi peut constituer une solution. L'apprentissage peut en effet très bien s'intégrer dans une période de transition, car il n'est plus du tout la voie définitive qu'il était il y a encore 20 ans. Des passerelles multiples existent. A l'issue de sa formation, un apprenti peut poursuivre des études supérieures dans une haute école spécialisée (HES), à l'université ou à l'EPFL.

Le champ des possibles, à 20 ans, est presque plus large pour un apprenti qui achève sa formation que pour un jeune qui sort du gymnase! L'apprentissage est l'une des recettes du succès de la Suisse. Tout le monde ne peut qu'y gagner à ce que l'on s'y intéresse d'encore plus près.