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27/05/2015

Imposition des successions: l'USS sort une étude factice

L'initiative sur l'imposition des successions menace bel et bien des milliers d'emplois en Suisse. Brandissant une pseudo-étude qui prouverait le contraire, et dont le Matin Dimanche s'est fait l'écho ce week-end, l'Union syndicale suisse (USS) ne démontre rien du tout. Imposer les successions de PME familiales déstabiliserait encore plus la transmission des sociétés, déjà lourdement pénalisées par le franc fort. Il s'agit là de faits et non de suppositions.

A l'approche du scrutin du 14 juin, l'USS sort une analyse à l'emporte-pièce. Elle compare les créations d'emplois entre 1995 et 2008 dans les cantons qui ont maintenu l'impôt sur les successions en ligne directe (soit dit en passant: à un taux nettement inférieur aux 20% inscrits dans l'initiative) avec les créations d'emplois dans les cantons qui ont aboli cet impôt. Les premiers sortent devant les seconds.

L'étude ne retient aucune autre variable, comme par exemple la croissance mondiale très forte de la première moitié des années 2000, la politique de développement économique menée par les cantons (Vaud en est un exemple emblématique) ou encore l'apport des accords bilatéraux avec l'Union européenne, qui ont levé, entre autres les obstacles techniques aux échanges commerciaux. Il ne suffit pas de comparer un élément avec un autre et de constater des corrélations pour en tirer des conclusions définitives.

Arguments trompeurs

L'USS ne s'embarrasse pas de précautions. Au contraire, son chef économiste assure qu'"on peut même extrapoler que le fait d'imposer davantage les familles aisées offre plus de moyens aux classes moyennes, qui vont dépenser davantage et donc donner du travail aux PME". Rappelons que l'initiative ne prévoit aucune baisse d'impôt pour qui que ce soit: les nouveaux revenus fiscaux iraient essentiellement dans les caisses de l'AVS.

Ce texte proposé par la gauche joue avec le feu. Si un impôt de 20% frappe toutes les successions dès 2 millions de francs, les entreprises familiales transmises au sein de la même famille seront lourdement grevées. Car s'ils veulent bénéficier d'une exemption (partielle ou totale, l'initiative ne le règle pas), le ou les enfants qui reprendront la société devront s'engager à l'exploiter durant dix ans. Si une maladie ou tout autre événement imprévu les oblige à vendre avant ce délai, l'imposition aura lieu. Nul ne pouvant être sûr de l'avenir, une gestion prudente impose de constituer une réserve pour s'acquitter de l'impôt… Autant d'argent qui ne servira ni à innover, ni à investir.

J'oubliais, les promoteurs de l'initiative affirment s'engager à exempter les entreprises dont la valeur est inférieure à 50 millions de francs et à n'imposer ces successions qu'à 5%. Pourquoi ne l'ont-ils pas écrit dans le texte? Leurs promesses bien tardives ne sont pas crédibles. Quand bien même elles le seraient, rien ne garantit que le Parlement ne décide pas autre chose, par exemple d'autres montants, d'autres taux d'imposition. Accepter ce texte revient à signer un chèque en blanc, sur lequel 246 élus apposeront des chiffres plus tard.

L'enjeu, le 14 juin, ce sont des emplois et des activités entrepreneuriales bien réelles. Cette initiative s'en fiche comme d'une guigne. NON!

23/04/2015

Allô, y a-t-il un interlocuteur disponible à l’administration cantonale?

Les entreprises estiment qu’il y a du progrès dans l’administration cantonale vaudoise. Interrogées sur leur niveau de satisfaction envers différents services, dont le fisc et l’aménagement du territoire, les PME les notent mieux qu‘il y a deux ans, selon la dernière enquête des Chambres de commerce et d’industrie de Suisse latine. Vaud décroche une note de 6,9 points (sur 10). Il pointe ainsi au 2e rang, ex-aequo avec Fribourg. Le Tessin reste premier avec 7,2. La tendance est donc bonne, mais l’administration vaudoise doit maintenir ses efforts, car le potentiel d’amélioration demeure important.

Les entreprises vaudoises restent plus d’une sur deux (55%) à estimer que le délai pris par l’administration (aménagement du territoire et environnement) pour rendre une décision est trop long. Elles sont pratiquement la même proportion (53%) à considérer que les compétences ne sont pas clairement réparties entre le canton et les communes… lesquels ne collaborent pas bien entre eux aux yeux de 40% des sondés. Tous ces chiffres compilés par l’institut M.I.S. Trend sont meilleurs qu’il y a deux ans, tant mieux, mais cela reste nettement insuffisant. D’ailleurs pour ces deux services, Vaud n’arrive qu’en 4position. En-dessous de la moyenne.

En matière d’inspection du travail (ICT), l’administration vaudoise contrôle apparemment de manière toujours plus intensive. 56% des entreprises estiment avoir reçu davantage de visites de surveillants de l’Etat qu’en 2009 (date du dernier sondage sur ce service). Pour quel résultat? Quatre sondés sur dix jugent ces contrôles inutiles. La moitié les décrivent comme coûteux en temps et en argent, notamment parce qu’ils occasionnent une charge de travail administratif importante. Bref, le formalisme est trop courant. Et c’est surtout la compétence des collaborateurs de l’ICT ainsi que leur amabilité qui permettent à ce service d’atteindre pratiquement la moyenne.

Globalement, si presque tous les services de l’administration sont mieux évalués, on notera la stagnation de l’administration cantonale des impôts. Qui présente toutefois un visage contrasté: 37% des entreprises la jugent totalement satisfaisante, contre 24% il y a deux ans, mais 23% n’en sont pas satisfaite, contre 20% lors de la précédente enquête. Difficile à expliquer ces évolutions divergentes...

Une chose est sûre, la serviabilité et l’amabilité des employés de l’Etat n’a rien à voir là-dedans. On note par contre que l’un des principaux reproches formulés par les entreprises à l’administration vaudoise en général est la difficulté à trouver un interlocuteur disponible. 41% des sondés l’affirment. Et seul Genève fait pire. La piste pour améliorer la situation semble toute trouvée! 

15/04/2015

François Hollande s'intéresse à l'apprentissage… Et les Romands?

Notre système de formation professionnelle intéresse beaucoup la France, qui y voit l'une des clés du succès helvétique. Preuve en est que sur ses deux jours de visite en Suisse, le président François Hollande a choisi de rencontrer des apprentis à Zurich, demain matin, avant de venir visiter l'EPFL. En Suisse (romande, surtout), de trop nombreux parents ne jurent pourtant que par la voie académique… Bien à tort!

Il y a chaque année des centaines de places d'apprentissage qui ne trouvent pas preneurs dans les entreprises, faute de candidats. Pourquoi? En partie parce que la formation duale est insuffisamment valorisée, à l'école primaire et secondaire, lorsque l'on pré-oriente les enfants. Mais surtout dans l'esprit des parents! On préfère pousser les adolescents vers la voie gymnasiale. Qui ouvrirait davantage de portes…

Vraiment? L'apprentissage mène à tout, y compris à devenir plus tard chef d'entreprise. Les exemples ne sont pas rares. Les détenteurs d'un CFC sont pratiquement assurés de trouver un poste à la fin de leur apprentissage. Ils peuvent aussi poursuivre leur formation. Passer une maturité professionnelle. Poursuivre leurs études dans une haute école. Ils bénéficient d'une solide formation pratique qui leur servira toute leur vie. Bien loin de partir avec un handicap par rapport aux détenteurs d'une maturité gymnasiale, ils ont au contraire une longueur d'avance. Côté salarial, les employés qui ont suivi la voie duale ont des rémunérations qui tiennent largement la comparaison avec ceux qui ont opté pour la formation académique.

Un métier pour la vie, c'est fini

Et puis il faut aussi rappeler que le monde professionnel a changé: on ne choisit plus une profession pour la vie. Se lancer dans un apprentissage, quel qu'il soit, ne préjuge pas de l'activité que l'on exercera quinze ans plus tard. Il n'y a pas de différences sur ce plan-là entre un jeune de 15-16 ans qui entame sa première année de gymnase et un autre qui se rend pour la première fois au travail.

Notre système d'apprentissage n'intéresse pas que François Hollande: début janvier dernier, c'est la Maison-Blanche qui discutait de notre modèle avec le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann ainsi que des dirigeants de grandes sociétés suisses. Le succès de notre modèle, qui a permis de créer – et de maintenir, même en temps de crise - un réseau d'entreprises industrielles extrêmement diversifié dans tout le pays, est remarqué loin à la ronde. C'est le moins que l'on puisse dire. Il faut manifestement le rappeler en Suisse aussi!