04/06/2014

Les bons choix de l'école vaudoise

Le canton de Vaud a décidé de supprimer les cours d'informatique en 7e et 8e HarmoS pour les remplacer par de l'anglais. Bonne ou mauvaise nouvelle? Il n'est bien sûr jamais réjouissant de devoir renoncer à une formation, mais il faut bien admettre que l'école, surtout le niveau primaire, ne peut pas tout traiter. Elle doit donc faire des choix et celui-ci va dans le bon sens.

Les entreprises réclament depuis des années un renforcement des connaissances de base des élèves, en français, mathématiques, allemand ou anglais. Elles constatent en effet que le niveau de maîtrise de ces disciplines, tout particulièrement l'orthographe, tend à baisser chez les apprentis qui débutent leur formation. Se recentrer sur l'essentiel est donc une nécessité.

La maîtrise du numérique peut s'acquérir au travers de l'enseignement d'autres branches, comme le prévoit le canton de Vaud. De toute manière, la grande majorité des enfants "naissent" avec l'informatique. Les écrans tactiles fascinent déjà les plus petits. La maîtrise des outils semble se faire aussi naturellement que l'apprentissage de la langue maternelle… Les enfants "n'apprennent" plus à les utiliser, ils grandissent avec eux!

L'important aujourd'hui, c'est de rendre les élèves attentifs aux dangers du numérique. Et ces dangers sont multiples. Il y a les addictions, bien sûr, mais sans aller jusqu'à ces cas extrêmes, il y a toutes les dérives possibles (harcèlement, diffamation, diffusion d'images scabreuses "volées" ou obtenues sous pression, tout cela sur les réseaux sociaux en particulier). Cela peut briser des personnes. Jusqu'où`aller dans l'étalage de sa vie privée? La désinformation est monnaie courante sur le web, comment la repérer? Voilà quelques-uns des vrais enjeux du digital, que les jeunes ne vont pas forcément découvrir eux-mêmes.

Cela dit, il est vrai que tous les élèves ne baignent pas forcément dans le même environnement ultra-numérisé dès la plus tendre enfance. Et l'école doit veiller à ce que ceux dont les parents n'ont pas les moyens de s'acheter un smartphone ou la dernière tablette chaque année, ne soient pas distanciés rapidement. Malgré la suppression des cours d'informatique, il y a sûrement des moyens d'y parvenir. Par exemple en mettant en place un système de parrains/marraines où les geeks en herbe s'occuperaient d'accompagner les moins férus d'informatique. Cela marche dans d'autres domaines, pourquoi pas en informatique?

21/05/2014

Les visées des syndicats sont bien obscures

Que cherchaient donc les syndicats avec leur initiative sur le salaire minimum à 4000 francs par mois? Par son refus massif dimanche, à plus de trois contre un, le peuple a en tout cas plébiscité la paix du travail, bâtie sur le partenariat social, en vigueur depuis 1937. Il ne s'est pas laissé tenter par une promesse dangereuse.

Le but de l'Union syndicale suisse (USS) était-il électoral? Les chefs de file des différentes composantes de cette organisation, souvent actifs au niveau politique, cherchent peut-être à promouvoir leurs intérêts personnels avant ceux des membres qu'ils défendent. Rappelons qu'un salaire minimum trop élevé, à 4000 francs, aurait conduit à la suppression d'emplois peu rémunérés! Les citoyens-employés l'ont en tout cas bien compris et ont préféré ne pas prendre le risque.

Le but était-il promotionnel? On sait que l'activité syndicale stagne, malgré la crise. L'USS comptait 440'000 membres en 1990, contre 370'000 vingt ans plus tard (voir p. 12 de l'"Evolution des effectifs des syndicats en 2010"). Cela alors que le nombre de personnes qui travaillent en Suisse est passé de 3,8 millions à 4,6 millions entre ces deux dates (statistiques de la population active occupée). La récente crise n'y a rien changé: les employés ne sont pas plus nombreux qu'hier à frapper à la porte des syndicats.

S'il ne s'agit d'aucun de ces deux objectifs, on peine à comprendre la démarche. Les syndicats semblent avoir eux-mêmes reconnu que 4000 francs étaient trop élevé puisqu'ils ont signé des conventions collectives de travail (CCT) dans lesquelles des montants inférieurs sont la norme pour certaines catégories de salariés (hôtellerie, coiffure…).

Ces accords avaient été élaborés lors de négociations par branche, l'une des raisons d'être des syndicats, justement. Alors pourquoi cette initiative? Beaucoup de militants doivent se poser la même question que les organisations d'employeurs!  

07/05/2014

La promotion économique vaudoise s'essouffle? Il faut l'intensifier

L'attrait de la place économique vaudoise tend à s'essouffler depuis plusieurs années. Les dernières statistiques du Développement économique du canton de Vaud (DEV) le montrent: 36 entreprises installées ont bénéficié de son appui l'an dernier, contre 39 en 2012, 40 en 2011, 42 en 2010… Un encéphalogramme plat. Avant 2008, le DEV accueillait presque le double d’entreprises chaque année!

Les raisons de cet essoufflement trouvent des explications assez logiques: fin de l'arrêté Bonny, puis crise économique en 2009 et 2010. Mais la reprise de la conjoncture ici et là depuis deux ou trois ans ne s'est concrétisée par aucun soubresaut dans les chiffres du DEV. Les incertitudes liées à une rafale d'initiatives populaires ont sans doute fait hésiter plus d'une société à choisir la Suisse – et plus spécifiquement Vaud – comme site d'implantation. Dans cette rafale: l'initiative demandant six semaines de vacances pour tous, l'initiative Minder, l'initiative 1:12, l'initiative pour des salaires minimums à 4000 francs, l’initiative Ecopop (qui veut pratiquement geler l’immigration).  Les inconnues en matière de fiscalité se sont greffées là-dessus.

N'oublions pas que le canton a en plus décidé lui-même, délibérément, de renoncer à démarcher des sièges de multinationales. Dans un contexte cantonal où certains milieux remettaient ouvertement en cause la croissance. Bref, l'investisseur qui voulait venir en Suisse se rendait vite compte que:

  • le pays était en chantier réglementaire potentiel
  • son arrivée n'était pas forcément aussi bienvenue qu'elle pourrait l'être partout ailleurs dans le monde.

Dans ces cas-là, la prudence l'emporte souvent… Au niveau suisse les statistiques montrent d’ailleurs une perte d'attractivité de notre pays depuis plusieurs années également. 379 sociétés s'étaient implantées dans le pays en 2010, contre 298 seulement l'an dernier.

Voilà pour le passé et les explications. Mais que faire pour demain? Tout d'abord un constat: les incertitudes sont encore plus grandes aujourd'hui que ces dernières années. L'acceptation de l'initiative anti-immigration de l'UDC le 9 février oblige notre pays à renégocier avec Bruxelles ce qui était acquis depuis plus d'une décennie. A l'heure actuelle, personne n'est en mesure de promettre que nous parviendrons à sauvegarder l'essentiel des Bilatérales 1. Des Bilatérales qui ont tout de même assuré une santé conjoncturelle presque sans faille depuis l'éclatement de la bulle Internet en 2001.

La Suisse s'est engagée dans des mois, voire des années de négociations (l'initiative nous donne trois ans… mais trois mois ont déjà passé, le temps file…). Avec les moments d'espoir et de découragement, donc d'incertitude, qu'elles supposent. Qu'on ait soutenu ou non l'initiative UDC le 9 février ne change rien à la nouvelle réalité: la Suisse est dans une situation internationale plus fragile aujourd'hui qu'elle ne l'était avant cette votation. Elle est moins attractive. 

Dans un tel contexte, la promotion économique vaudoise garde tout son sens. Elle doit même être renforcée! En matière fiscale, le canton de Vaud a récemment annoncé envisager un taux unique d'imposition des entreprises à 13,8% (contre 23% actuellement). Une incertitude a été levée, mais ce taux est plus élevé que ce que paient actuellement les entreprises à vocation internationale. Il est également plus élevé que ce que prévoit Genève (13%) ou que ce qui pratique en Irlande (12,5%). Le DEV devra redoubler d'effort et d'entregent pour attirer des investisseurs internationaux. Ou, à tout le moins, pour rester dans leur radar.