28/03/2018

Plaidoyer pour un accord institutionnel avec l'Europe

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Le canton de Vaud a vécu une profonde métamorphose ces trente dernières années. Après la crise des années 1990, il a rattrapé son retard économique grâce à une croissance systématiquement supérieure à celle de la Suisse. Les aléas conjoncturels n'ont pas grand-chose à voir là-dedans: ce redressement a été rendu possible par l'ouverture des frontières et l'internationalisation de notre économie.

C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de jouer les divas, en lançant initiatives populaires sur initiatives populaires prônant la fermeture et le protectionnisme. L'exemple du Brexit paraît suffisamment parlant: la voie à suivre, c'est l'amélioration de nos accords, et non la rupture. Souvenons-nous en à la veille de voter sur l'initiative populaire sur l'autodétermination, qui porterait atteinte à nos accords internationaux.

Dans un registre semblable, parvenir à un accord institutionnel avec l'UE est impératif. Pour que les bilatérales demeurent efficaces bien sûr, mais surtout pour améliorer encore nos conditions d'accès au marché européen. Nos entreprises ont besoin de cette visibilité et de cette stabilité.

Tel est aussi le credo d'Aude Pugin, CEO d'APCO Technologies, PME aiglonne qui occupe plus de 250 collaborateurs. Son plaidoyer vaut tous les discours: «L'Europe comme client, mais surtout comme partenaire et comme vivier d'innovation et de ressources.» Écoutons-la

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21/03/2018

Le futur de l'apprentissage a déjà commencé

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Le chiffre frappe par son ampleur: en 2014, près de 400'000 personnes âgées de 25 à 54 ans ne disposaient d’aucun diplôme post-obligatoire en Suisse. C'est le préambule d'une étude publiée récemment par l'Institut fédéral des Hautes études en formation professionnelle, intitulée «Certification professionnelle pour adultes: Le point de vue des employeurs». Les auteurs observent qu'en raison du progrès technologique et de la transition numérique, des emplois disparaissent chaque année pour les personnes sans formation: «Les individus qui ne sont titulaires d’aucun diplôme pertinent pour le marché du travail risquent ainsi fortement de se retrouver au chômage et ce, de façon durable», écrivent-ils.

Dans un contexte aussi évolutif, permettre aux adultes non qualifiés d'acquérir une formation constitue un vrai défi. Il existe aujourd'hui quatre possibilités pour obtenir une certification professionnelle initiale: la formation professionnelle initiale ordinaire, la formation professionnelle initiale écourtée, l’admission directe à la procédure de qualification avec examen final et la procédure de qualification avec validation des acquis de l’expérience. L’apprentissage, c'est une évidence, reste une excellente formation qui donne un accès facilité à l’emploi, comparé aux détenteurs de diplômes universitaires.

Pour intégrer ces personnes, les auteurs en appellent au soutien des entreprises et des organisations du monde du travail. L'étude relève que «le soutien des adultes pour l’obtention d’une certification professionnelle nécessite dans une certaine mesure l’existence de structures dédiées à la formation au sein des entreprises. Celles qui forment déjà des jeunes sont avantagées à cet égard, car elles peuvent utiliser les structures existantes pour les adultes ou les adapter facilement.» L'étude conclut que «de nombreuses entreprises sont en principe intéressées par l’accompagnement des adultes vers l’obtention d’une certification professionnelle et prêtes à s’y investir».

Les associations économiques de notre canton, dont la CVCI, ont elles aussi amené leur pierre à l'édifice en contribuant à l'adoption, en 2009, de la loi sur la formation professionnelle. Cette dernière prévoit un financement de cette formation par toutes les entreprises (sous la forme d’une cotisation de 0.09% de la masse salariale financée uniquement par les employeurs), soit actuellement un montant de 27 millions.

Certitudes remises en cause

Les fondamentaux sont solides, mais la digitalisation remet en cause les certitudes du moment. Lundi, dans les colonnes de «24 heures», le médecin et entrepreneur français, Laurent Alexandre, expliquait que «l’apprentissage suisse est une petite merveille, un système extraordinaire en comparaison de celui de la France». Celui qui s'est penché sur les défis globaux posés par le développement de l’intelligence artificielle dans son livre, «La guerre des intelligences», avertit toutefois qu'il s'agit aujourd'hui d'adapter ce modèle pour la décennie à venir. «De la formation ultra-spécialisée proposée actuellement par cette voie professionnelle, il faudra que l’apprentissage suisse revienne vers une forme d’enseignement multidisciplinaire et transversale pour permettre aux jeunes de développer des compétences complémentaires à celles apportées par les IA», prophétise-t-il.

Dans l'une de ses dernières éditions, «L'Agefi» a publié les conclusions d'un sondage qui vont sensiblement dans le même sens: il faut réfléchir à «un changement de système fondamental, avec des formations de base nettement plus modulaires que jusqu'à présent. Pour garantir l'employabilité, un tel système implique de manière quasi automatique le passage à un état d'esprit favorisant la formation tout au long de la vie.»

Je pense que la Suisse est capable de maîtriser la mutation structurelle qu’impose la transformation numérique, à la condition que l’Etat garantisse la mise en œuvre de conditions-cadres efficaces, avec des lois adaptées aux nouvelles réalités. En matière de formation, notre système dual figure parmi les plus efficaces du monde. Faisons en sorte qu'il le reste.

Photo: Monkey Business Images

07/03/2018

Quand les perdants prennent le mors aux dents

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Le verdict est tombé dimanche en début d'après-midi: l'initiative populaire «Pour le remboursement des soins dentaires» a été rejetée par 57,57% des votants. Ce résultat clair montre que la population vaudoise n'entend pas financer, au nom de la solidarité, un domaine qui relève avant tout de la responsabilité individuelle. Les associations économiques, de leur côté, ont combattu ce texte pour une raison évidente: une telle assurance n'a aucun lien avec les entreprises. On ne voit pas au nom de quel principe elles pourraient être amenées à payer, même en partie, pour un tel système.

Les urnes ayant parlé, nous pensions naïvement que chacun allait accepter l'issue du scrutin. En 2015, la CVCI avait bataillé contre la redevance pour les entreprises basée sur le chiffre d’affaires, la jugeant arbitraire, et avait recommandé son rejet. Le vote, qui s'était joué à 3700 voix sur l'ensemble du pays, lui avait été défavorable, et elle en avait pris acte. C'est le jeu démocratique. Au lendemain de la votation de ce dimanche, cependant, des voix pour le moins insolites se sont fait entendre pour demander aux vainqueurs d'avancer des propositions concrètes pour la suite. Comme si ceux qui avaient combattu cet objet avaient le devoir de suggérer des pistes pour trouver des solutions à un système dont ils ne veulent pas… Étrange manière de retourner une situation défavorable.

En mode arrosoir

Ce débat n'est cependant pas clos dans le canton de Vaud. Le parlement devrait reprendre ses travaux sur la loi relative à la prévention en matière de santé bucco-dentaire et sur la prise en charge des frais dentaires (LSB). Mis entre parenthèses à l'issue du débat sur l'initiative sur les soins dentaires, laquelle vient précisément d'être rejetée par la population, ce projet de loi prévoit un renforcement de la prévention au niveau préscolaire et scolaire et un remboursement de 50% des frais dentaires de base pour les enfants jusqu'à 18 ans. Une fois de plus, le Conseil d’État est en mode arrosoir et ne cible pas les cas qui ont réellement besoin d'aide. Un dispositif est également envisagé pour couvrir tout ou partie de la part restant à charge et de l'orthodontie. Pour réduire le risque de renoncement aux soins dentaires, les adultes pourraient en outre bénéficier d'aides financières pour des frais excédant 3% du revenu.

L'ensemble des mesures prévues par cette loi représenterait un coût annuel d'environ 38 millions de francs, selon les estimations du Canton. La LSB prévoit plusieurs sources de financement, notamment le maintien de la participation actuelle des communes, une augmentation de la cotisation salariés et indépendants d'au maximum 0,06% et une taxe cantonale sur les boissons sucrées jusqu'à un montant maximum de 30 centimes par litre.

Vu l'issue de la votation de ce dimanche, il nous paraîtrait judicieux que le Conseil d’État songe à retirer sa loi. Notre système de soins dentaires, basé sur la prévention et la responsabilité individuelle, a fait ses preuves et fonctionne pour l'immense majorité de la population. Pour la minorité confrontée à des problèmes bucco-dentaires doublés de soucis financiers, une piste intéressante pourrait consister en l'octroi de prêts sans intérêts versés par l’État, sur le modèle de l’assistance judiciaire destinée à ceux qui peinent à payer leurs frais de justice. Cela permettrait aux bénéficiaires de passer ce cap difficile. Pour le reste, rappelons que les groupes de population défavorisés peuvent bénéficier d'aides cantonales ciblées dans ce domaine.

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