11/01/2012

30 km/h généralisé à Lausanne: inutile et contre-productif

Lausanne n'a franchement rien à gagner d'une limitation de vitesse généralisée à 30 km/h. Un peu moins de bruit? Peut-être, quoique… ce sont surtout les accélérations rageuses, coups de freins, crissements de pneus et klaxons intempestifs qui gênent. Est-on vraiment sûr qu'en exaspérant les conducteurs à se traîner comme des escargots sur des axes comme Ruchonnet, Beaulieu et Vinet, il n'y aura pas au final un capharnaüm plus bruyant et plus polluant qu'avant?

 

Le 30 km/h se justifie à certains endroits mais ne se décrète pas partout par simple dogmatisme. Sans une claire hiérarchie des réseaux routiers, "les automobilistes risquent de court-circuiter les axes principaux en se faufilant dans les quartiers", avertit le bureau d'ingénieur Transitec dans Le Matin (du 9.1.2011).

 

La ville, ses commerces et ses bureaux doivent rester attrayants. Les livreurs doivent pouvoir y accéder facilement avec leurs camionnettes et les clients doivent pouvoir venir en voiture – s'ils le désirent ou parce qu'ils n'ont pas le choix, que l'on songe par exemple aux personnes à mobilité réduite - faire leurs courses, se faire couper les cheveux, chez leur médecin, leur dentiste, ou aller assister à un concert.

 

Rendre la ville encore plus hostile qu'elle ne l'est déjà aux automobilistes (30 km/h généralisé = pluie d'amendes et de retraits de permis) ne fera qu'accélérer la migration des commerces et de la clientèle vers la périphérie. Qu'y gagneront les citadins? Un centre-ville certes calme, mais ce beau jardin aura perdu l'une de ses principales raisons d'être, la vie commerçante, et la vie tout court. Vouloir bannir l'automobile du centre, car c'est bien cela que vise une mesure aussi drastique que le 30km/h généralisé, c'est comme entretenir une belle pelouse en interdisant d'y marcher… c'est agréable à regarder mais ça ne sert à rien.

 

Cette motion de la gauche lausannoise est d'autant plus fâcheuse et hors de propos que la politique actuelle de promotion des transports publics porte déjà pleinement ses fruits. Le M2 a révolutionné la manière de se déplacer dans la capitale cantonale. Résultat, la situation est bien loin de se détériorer en termes de trafic motorisé, au contraire: entre 2005 et 2010, le trafic individuel a régressé de 13% au centre-ville. L'amélioration de la desserte publique ces prochaines années est déjà en cours: bus prioritaires (BHNS), un M3 à moyen terme… Il y a fort à parier que le trafic motorisé va continuer à décroître. N'étouffons pas la ville avec une mesure inutile et disproportionnée!

07/12/2011

Magique, la fiscalité écologique? Non, illusion

 Existe-t-il une "quatrième dimension" dans le domaine de l'impôt? Un monde parallèle à la Orson Wells ou Lewis Carroll, nommé "fiscalité écologique"? Dans ce pays dont les contours restent à dessiner, individus et entreprises paieraient des taxes "incitatives" sur l'énergie qui remplaceraient une partie de leurs impôts directs sur le revenus, alors que l'Etat conserverait le même budget? Le Conseil fédéral nous fait miroiter la découverte de cette exoplanète pour l'été prochain…

 

Bercée de légendes, la période de l'Avent invite bien entendu à la fantaisie. Passé les fêtes de fin d'année et le renouvellement de notre gouvernement fédéral, le tour de magie promis par Eveline Widmer-Schlumpf et consistant à ne pas payer davantage malgré de nouvelles taxes, risque pourtant de tourner au vinaigre. Car la promesse est illusoire. Et pour le moins hasardeuse.

 

En français de tous les jours, opérer une réforme fiscale écologique signifie taxer l'habitat (le chauffage, l'éclairage, les appareils électriques), la mobilité (les carburants, les voitures, les scooters, les déplacements en trains), le tourisme (les remontées mécaniques, les chemins de fer de montagne, l'aviation), le travail (ordinateurs, photocopieuses, imprimantes), et l'industrie traditionnelle (machines).

 

Pour les deux premiers, l'habitat et la mobilité, une baisse de l'imposition directe, ou de la TVA, pourrait effectivement conduire à une neutralité des charges. A la condition, bien sûr, d'observer les contribuables dans leur ensemble et non individuellement. Je m'explique: il est hautement improbable que tous les locataires lémaniques (environ 70% de la population) puissent réduire leur exposition aux nouvelles taxes "incitatives". Et pour les ménages qui le pourront – qui opteront pour un logement répondant aux normes Minergie, dont la construction est plus chère - ils paieront tout simplement beaucoup plus pour leur loyer.

 

Quant à ceux qui habitent les régions périphériques, ils seront les premiers à passer à la caisse. Bref, pour beaucoup, la pilule s'annonce amère: davantage de taxes et peu d'impôts en moins. Incitatif rimera avec punitif…

 

Plus grave, ces taxes risquent d'être carrément toxiques pour les entreprises industrielles. Grosses consommatrices d'énergies, ces sociétés se verront  affublées d'un désavantage compétitif supplémentaire, qui s'ajoutera à la cherté des loyers et des salaires ainsi qu'au franc fort. 

 

Suffit-il d'abaisser l'impôt sur les bénéfices pour résoudre le problème? Et bien c'est faux: même la suppression de cette forme d'imposition n'empêcherait pas une accélération des délocalisations industrielles. Car l'importance de la taxe sera plus élevée que cet impôt. Les secteurs traditionnels (machines, métallurgie, chimie, notamment) tutoient périodiquement les seuils de rentabilité. Les taxes incitatives se transformeront alors en sacs de plomb dans les comptes, qui plongeront profondément dans les chiffres rouge.

 

Qu'elles soient introduites progressivement ou non n'y changera rien, notre place industrielle en sortira fragilisée. Une telle politique fiscale nous garantit à coup sûr une hausse du chômage. Et qui financera alors la réparation de cette débâcle? Comment l'Etat arrivera-t-il à maintenir ses standards actuels avec une économie moins forte?

 

Quelle que soit l'habileté du prestidigitateur fédéral en matière fiscale, n'oubliez pas que la magie n'est qu'illusion. La fiscalité doit sans aucun doute être réformée de manière à inciter à investir dans les énergies durables et les économies d'énergie. Mais les taxes ne sont pas la solution!

16/10/2019

NON à la décroissance!

Ecologie et croissance sont compatibles, la Suisse en est la preuve. L'air, l'eau et le sol sont plus propres aujourd'hui qu'il y a 50 ou 60 ans. Grâce à des mesures volontaristes et innovantes, menées en tenant compte de la rentabilité des entreprises, nous sommes à la pointe des pays qui agissent en faveur de l'environnement. L'initiative "économie verte", sur laquelle nous votons dimanche, casserait cette dynamique.

En voulant programmer et organiser la décroissance, par plans quadriennaux, d'ici à 2050, le texte des Verts ne propose rien de mieux qu'un retour en arrière. A marche forcée, donc à coups de taxes sur la mobilité – citant un scientifique de l'EPFZ, un article de la NZZ parlait récemment d'un prix de l'essence à 10 francs le litre -, les métaux… en fait, sur la plupart des produits importés. Pour le consommateur, c'est l'assurance de subir une hausse des prix massives sur les produits alimentaires, car la Suisse n'est pas et ne peut pas être autarcique dans ce domaine: l'agriculture ne couvre aujourd'hui que 50 à 60% de nos besoins.

Déplacements plus chers, nourriture plus chère… en visant une baisse de la consommation de deux tiers dans un horizon strictement défini, sans tenir compte de la capacité financière des entreprises et des habitants, l'initiative ne ferait qu'appauvrir notre pays. Sans apporter d'amélioration perceptible pour le climat, car la Suisse reste un nain sur le globe.

Faire moins plutôt que mieux n'est pas ambitieux

Toute entière basée sur la décroissance, un phénomène décrit comme inéluctable par les Verts, l'initiative n'a aucune ambition ni aucun projet d'amélioration de notre qualité de vie. On ne vise pas mieux, mais moins. L'industrialisation a effectivement apporté des problèmes, et nous nous devons de les résoudre, mais elle a aussi complètement changé nos modes de vie. En bien. Un enfant né en Suisse en 1900 pouvait espérer vivre 46 ans… contre plus de 80 aujourd'hui. Ses possibilités de développement personnel n'ont plus rien de commun avec ce qui existait il y a un siècle.

Notre défi, aujourd'hui, consiste à faire encore mieux tout en étant plus efficace en matière de gestion de l'environnement. C'est possible, comme nous l'avons démontré en assainissant nos lacs et rivières en quelques années seulement!

Nous devons mieux utiliser et réutiliser les ressources naturelles, moins consommer d'énergie, produire davantage d'énergie renouvelable. Oui. Mais pour mieux continuer à prospérer. Décroître n'est pas un projet d'avenir. C'est pourtant exactement ce que propose d'inscrire dans la Constitution l'initiative bien mal nommée "pour une économie verte". NON ce dimanche!