13/07/2016

L'expansion de Ferring à St-Prex doit continuer à inspirer notre promotion économique

Un groupe industriel qui investit dans le canton de Vaud, malgré le franc fort… la nouvelle mérite d'être soulignée. La société pharmaceutique Ferring, à St-Prex, a annoncé fin juin qu'elle va accroître ses effectifs de quelque 300 personnes, pour les porter à 1000 d'ici à 2020. Elle vient par ailleurs de mettre en place une nouvelle ligne de production. Cette "success story" prouve qu'une politique de promotion économique active fonctionne et qu'elle est plus que jamais nécessaire.

Ferring, d'origine suédoise, a d'abord installé son quartier général international à Lausanne, en l'an 2000. Familiarisée avec la région, ayant constaté son potentiel, l'entreprise s'est ensuite lancée dans la production à St-Prex il y a tout juste dix ans. 350 emplois étaient évoqués à l'époque, on en compte plus de 600 aujourd'hui et on se dirige donc vers le millier d'emplois. Cela montre que la politique de développement s'inscrit sur le long terme et qu'il ne faut pas négliger d'accueillir des sièges de multinationales. Ces derniers peuvent donner lieu à des expansions inattendues…

Il y a lieu de rouvrir le débat dans notre canton. La décision britannique de quitter l'Union européenne (UE) impliquera de toute manière une redistribution des cartes dans le monde des grandes entreprises internationales. S'il est vrai que personne ne peut en prédire l'ampleur aujourd'hui, il est tout aussi certain que la Grande-Bretagne connaîtra des délocalisations. Easyjet a déjà commencé à passer à l'action. Les banques suivront bientôt, elles l'ont annoncé. Et très probablement certains industriels. Qui lancerait aujourd'hui un plan d'investissement en Grande-Bretagne, dans l'incertitude politique et conjoncturelle la plus complète?

La Suisse et le canton de Vaud seraient peu avisés de ne pas se profiler au plus vite. Les décisions tomberont très rapidement, outre-Manche, car Londres sera "hors marché unique" – en tout cas en partie, on verra quels accords bilatéraux ce pays parviendra à négocier - dans 24 mois déjà. Les Français, pour ne citer qu'eux, ont déjà manifesté leur intérêt à accueillir des sociétés qui souhaitent éviter les turbulences post-Brexit.

Notre région, et la Suisse en général, part avec un handicap, il faut l'admettre. Nous devons en effet clarifier au plus vite nos relations avec l'UE, embrouillées depuis l'acceptation de l'initiative "contre l'immigration de masse". Mais il y a consensus sur le maintien des Bilatérales, dans l'opinion publique et dans trois des quatre partis gouvernementaux. La voie est donc toute tracée pour maintenir notre prospérité, et même la renforcer. C'est une question de choix politiques. La rentrée sera plus cruciale que jamais.

29/06/2016

Brexit: la Suisse a de l'avance sur la Grande-Bretagne. Profitons-en!

La Grande-Bretagne a tranché… la Suisse politique peut et doit maintenant passer à l'action. Il ne reste que quelques mois pour finaliser une solution qui permette à la fois de sauvegarder les Bilatérales et d'appliquer l'initiative "contre l'immigration de masse". La meilleure voie à suivre réside dans un contre-projet opposé à l'initiative Rasa (qui demande d'abroger l'article constitutionnel voté le 9 février 2014).

Cette option n'a que des avantages. Elle permettra tout d'abord aux Suisses de préciser leur choix, de manière démocratique. Lors de leur vote, il y a deux ans, les citoyens ne se sont pas prononcés sur les Bilatérales – que les initiants, pendant la campagne, ont toujours affirmé soutenir. Ils se sont prononcés sur l'immigration.

Les sondages montrent que l'attachement de nos concitoyens aux accords passés avec l'Union européenne est plus important qu'une application rigide et économiquement nuisible de l'initiative. Un contre-projet permettra d'apporter des solutions flexibles, qui tiennent compte des préoccupations de la population concernant l'afflux de main-d'œuvre étrangère, mais également de leur volonté de préserver une Suisse prospère. Une Suisse qui s'est bâtie sur son ouverture en gagnant un franc sur deux à l'étranger.

L'initiative Rasa, qui doit de toute façon être soumise à votation à moins que ses promoteurs ne décident de la retirer, nous fournit une excellente occasion de trouver une solution consensuelle. Il en va de la responsabilité de chacun d'y aboutir.

Aucun intérêt à faire cavalier seul

Dans le contexte déprimé de cet après-Brexit, n'oublions pas que la Suisse part avec un net avantage sur les Britanniques dans les négociations à venir. Nos accords bilatéraux sont déjà place. Ils nous garantissent un plein accès au marché européen pour l'industrie… Il ne tient qu'à nous de les maintenir. Londres doit en revanche tout réinventer, alors que le pays n'a jamais été aussi divisé depuis des siècles et que les partis et le gouvernement doivent faire table rase, sans leader capable (du moins à ce stade) de rassembler l'ensemble de la nation.

La Suisse n'a aucun intérêt à se lancer dans une application unilatérale de l'initiative du 9 février 2014, car elle pourrait conduire, dans le pire des cas à une dénonciation de l'ensemble des accords bilatéraux. Au minimum à des mesures de rétorsion imprévisibles, durables et désagréables, c'est-à-dire à une insécurité du droit qui serait le parfait contraire de la "marque suisse".

Qui pourrait souhaiter cela, alors que le franc fort pénalise déjà notre économie depuis des années? Ce souci permanent de la stabilité, de la sécurité et de la prévisibilité est ce qui nous rassemble, de Genève à St-Gall. Ces ingrédients sont la recette du succès suisse. L'incertitude liée au vote du 9 février 2014 n'a que trop duré, nous ne pouvons plus esquiver le débat. En clarifiant rapidement la situation, nous accentuerons notre longueur d'avance sur la Grande-Bretagne!

22/06/2016

Vaud en 2040? L'avenir nous appartient encore!

Brexit ou non, le canton de Vaud ne peut pas se payer le luxe d'un contingentement drastique de la main-d'œuvre étrangère. Nos statisticiens cantonaux ont fait des projections pour les 20 à 25 prochaines années et elles sont inquiétantes. Sans apport migratoire, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans va très fortement augmenter face à une population active en diminution constante. Qui remplacera le personnel qui partira à la retraite? Personne, dans de (trop) nombreux cas. Des emplois disparaîtront. Les entreprises produiront simplement ailleurs en Europe ou dans le monde.

Prenons un autre problème, tiré de cette étude publiée la semaine dernière: si l'on bloque l'immigration, il y aura "deux fois plus de personnes âgées de 75 ans et plus en 2040 qu’aujourd’hui (116'000 personnes en 2040 contre 57'000 en 2014)". Or, "75 ans est l’âge à partir duquel les besoins et les coûts de santé et de prise en charge augmentent de façon significative". Qui financera la hausse des dépenses, sachant que le nombre de jeunes stagnera? Ou bien cette génération sera saignée en prélèvements sociaux. Ou bien les aînés doivent s'attendre à un automne de la vie extrêmement difficile. Ni l'un ni l'autre n'est souhaitable, ni acceptable.

Les Vaudois ne veulent pas de ce scénario puisqu'ils ont rejeté à plus de 61% l'initiative du 9 février 2014. Ce taux élevé et surtout la nécessité de préserver la capacité concurrentielle des régions les plus dynamiques, comme l'Arc lémanique, plaident en faveur d'une mise en œuvre réaliste de ce texte. Une application flexible, compatible avec l'accord sur la libre circulation des personnes passé entre la Suisse et l'Union européenne (UE), est indispensable. Les initiants avaient d'ailleurs assuré que la main-d'œuvre étrangère était nécessaire à nos entreprises et qu'il fallait en tenir compte.

Les prochaines semaines seront cruciales, car les négociations avec Bruxelles devraient être agendées dès que les résultats sur le référendum britannique seront connus. L'objectif consiste à trouver une solution avant les vacances d'août. Si tout va pour le mieux – il en va de la responsabilité de tous les partis et de toutes les organisations d'appuyer cette démarche - les entreprises ressortiront renforcées grâce à un regain de visibilité. Ce serait une excellente nouvelle pour l'emploi, qui a bien besoin d'un coup de pouce alors que le franc fort reste extrêmement pénalisant. Restons optimistes. Et pragmatiques!