17/10/2012

Vaud peine à définir les vraies priorités

Bonne nouvelle! Le Conseil d'Etat insiste sur les effets bénéfiques de la croissance économique dans son programme de législature publié la semaine dernière. A plusieurs reprises. Lorsque l'on se remémore les polémiques sur les prétendus méfaits de la croissance martelées par certains milieux l'an dernier, le fait qu'un collège de gauche affiche une telle profession de foi est réjouissant et rassurant. Tant mieux, car la bonne santé financière du canton de Vaud dépend avant tout du dynamisme et de l'esprit d'innovation de ses entreprises. On ne le répétera jamais assez. 

De ce volumineux programme de 23 mesures, cinq axes et 40 pages, les milieux économiques retiendront que les entreprises seront une nouvelle fois sollicitées durant cette législature. Elles procéderont, par étapes, à une augmentation des allocations familiales, pour lesquelles elles sont les seules à contribuer. D'ici à 2017, l'allocation de base par enfant passera de 200 à 250 francs et celle pour jeune en formation de 250 à 330 francs. Coût de l'opération: une centaine de millions. En contrepartie, les sociétés verront leur taux d'impôt sur le bénéfice réduit d'un point, en deux étapes. La diminution des recettes fiscales sera d'une soixantaine de millions pour le canton et d'une trentaine pour les communes.

Mais n'oublions pas qu'il s'agit là de chiffres globaux, les sociétés momentanément peu rentables ou jonglant sur le fil avec la zone bénéficiaire subiront une hausse de leurs charges sociales! L'économie va donc faire un effort substantiel, dans une conjoncture très incertaine.

Vu le contexte pour le moins précaire concernant les perspectives, il est tout simplement incompréhensible que le Conseil d'Etat ait oublié deux priorités fondamentales dans un programme qui devrait pourtant se concentrer sur l'essentiel. Première priorité manquée: la mise en conformité de la fiscalité cantonale des entreprises avec les exigences de l'Union européenne, donc l'abandon des statuts fiscaux spéciaux pour les entreprises qui réalisent la plus grande part de leurs affaires à l'étranger (voir la note précédente dans ce blog). Après Neuchâtel l'an dernier, Genève et Zurich viennent de montrer qu'il n'y a qu'un chemin possible: l'abaissement du taux d'impôt effectif pour toutes les entreprises. Il est essentiel d'anticiper!

Deuxième priorité ratée: l'assainissement de la Caisse de pension de l'Etat de Vaud (CEPV), qui n'avait qu'un taux de couverture de 62% à la fin 2011. Ce niveau doit être amené à 80% au cours des 40 prochaines années, ce qui implique le versement de plus de 1 milliard de francs. Quand va-t-on commencer à payer? Avec quelles réformes du côté de la CPEV, qui compte tout de même plus de 45'000 cotisants et pensionnés? Ces questions se poseront bien avant la fin de la législature! 

Guy-Philippe Bolay, directeur adjoint de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI)

24/08/2011

La crise de la dette précipite la nécessité d'une réforme du 2e pilier

Le surendettement des Européens et des Américains fait flamber le franc, dégringoler les bourses… et nos caisses de pension. On l'oublie, mais notre système de retraite reste fragile. Le choc subi en 2008 dans le sillage de l'effondrement des marchés n'a pas pu être surmonté: la plupart des institutions de prévoyance n'ont pas pu reconstituer de réserves. Les derniers chiffres de Swisscanto l'attestent: mi-août, les taux de couverture des caisses de droit privé n'atteignent plus que 96,3% et celles des caisses de droit public 83,2%.

Et encore s'agit-il de moyennes! A moins d'un colossal retournement boursier, beaucoup de caisses devront entreprendre un assainissement dès l'an prochain. Assainir? Oui, geler l'indexation des rentes. Ou augmenter les cotisations. Ce qui diminuera le pouvoir d'achat des salariés et grèvera les charges des entreprises.

Un an et demi après le refus par 73% du peuple suisse de l'abaissement du taux de conversion, ce ratio qui permet de convertir le capital en rentes (un taux de 6,8% pour 100'000 francs donne une rente annuelle de 6800 francs), la nécessité de réformer le 2e pilier revient comme un boomerang. L'année 2010 a été faible en matière de performances: les caisses de pension ont dégagé en moyenne du 3%. Même si l'espérance de vie ne s'allongeait pas, ce niveau est insuffisant pour faire face aux engagements de l'énorme majorité des caisses.

Ne nous voilons pas la face, compter uniquement sur les marchés pour "se refaire" tient de l'attitude du joueur de casino. Les rendements obligataires sûrs, la traditionnelle vache à lait des caisses de pension, ne rapportent plus rien. Un emprunt à 10 ans de la Confédération sert un intérêt de moins de 1% actuellement! Les actions? Vu les perspectives de croissance aux Etats-Unis et en Europe pour les années à venir, spéculer sur une hausse durable relève de la témérité. L'immobilier reste certes intéressant, mais les opportunités de placements sont épuisées. Les matières premières, les hedge funds, la dette émergente? Les risques de s'y brûler les doigts sont aussi élevés que les chances d'en tirer profit. Les magiciens étant rares parmi les gérants, il faut admettre que les rendements devraient rester désespérément maigres ces prochaines années

On peut retourner le problème dans tous les sens, le 2e pilier n'a plus les moyens de ses promesses. C'est un fait: les marchés sont plus chiches que dans les années 1980 et 90. Et les assurés vivent plus longtemps, fort heureusement d'ailleurs.

Face à ce grand écart, il n'y a que deux alternatives: augmenter les prélèvements sur les salaires et les cotisations des employeurs ou diminuer les rentes. La première méthode ne serait franchement pas responsable dans le contexte économique actuel. Reste l'abaissement du taux de conversion. L'idée doit faire son chemin. Malgré l'échec en votation.

Il en va de la sauvegarde de notre système des trois piliers, qui marche à la satisfaction de tous les partenaires sociaux depuis plus d'une génération. Les candidats aux élections fédérales préfèrent esquiver ce problème délicat et peu populaire. C'est naturel. Mais esquiver ne résout rien: la question reviendra au sommet de la pile des dossiers urgents dès la fin de l'automne…