07/10/2015

Economie suisse: comment continuer à mener la course en tête?

La Suisse a décroché une nouvelle fois le premier rang au classement des pays les plus compétitifs au monde établi par le World Economic Forum (WEF) à Genève. Notre pays surpasse une nouvelle fois Singapour, les Etats-Unis et l'Allemagne. Cela prouve la bonne résistance de notre économie et le succès de notre modèle basé sur l'ouverture et la flexibilité. Mais attention à ne pas verser dans l'euphorie: ce genre de classement ne dit en effet pas tout.

Si l'on compare la Suisse à des régions de même taille en Europe, "l'exception suisse" n'est en réalité pas si extraordinaire que cela. Avec une population active légèrement supérieure à la nôtre, le Bade-Wurtemberg affiche un taux de chômage (3,1% en 2014) pratiquement au même niveau que celui de la Suisse (3,2% en moyenne annuelle l'an dernier). L'Autriche a de son côté un taux de chômage qui tourne autour des 5% seulement, juste au-dessus de celui de l'Allemagne. Avec des taux dans les 7 à 8%, la Lombardie et la Vénétie sont nettement au-dessous des 11% de chômage que subit la zone euro. Ces économies régionales sont extrêmement dynamiques, aussi dynamiques que la nôtre.

Restons attentifs aux signaux d'alerte

Les statistiques ne disent bien sûr pas tout, mais ne vouloir voir que le bon côté des chiffres, comme le classement du WEF, pourrait rapidement nous faire tomber de notre piédestal. En publiant son Global Competitiveness report, la semaine dernière, le Forum économique mondial a d'ailleurs pointé du doigt les possibles conséquences négatives de l'acceptation par la Suisse de l'initiative "contre l'immigration de masse".

Le risque: que notre pays n'arrive plus à attirer (ou ne puisse plus les attirer, en raison de la réintroduction des contingents de salariés européens) les talents dont son économie a besoin. N'oublions pas qu'en étant à la pointe dans de nombreux secteurs, le personnel qualifié n'est souvent pas suffisamment nombreux dans notre région. Par exemple dans la logistique, la recherche ou l'ingénierie. Des régions plus ouvertes et tout autant dynamiques pourraient vite nous concurrencer…

Oui la Suisse a été un îlot de prospérité et de compétitivité, l'an passé et l'année d'avant. Nous avons traversé la crise de 2008-09 sans grande casse. Mais cela n'a pas toujours été le cas: avant l'appel d'air créée par les Bilatérales au début des années 2000, la Suisse était à la traîne. La croissance restait scotchée autour des 1%, au mieux (nous avons eu 2% et plus par la suite). Au milieu des années 1990 (plus de 200'000 chômeurs – 137'000 actuellement - pour un taux dépassant les 5%), les jeunes Suisses peinaient à trouver un emploi après leurs études ou leur apprentissage. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Croire que tout peut continuer comme avant en chamboulant les règles du jeu est extrêmement risqué. Les entreprises ont besoin de stabilité et de lisibilité à long terme. La priorité de nos autorités politiques doit être de les restaurer.

24/06/2015

La Suisse qui séduit

L’immigration en Suisse est le «reflet d’une évolution économique saine». Ce commentaire du Secrétariat d’Etat à l’économie, qui publiait hier les statistiques de l’arrivée de main-d’oeuvre étrangère en 2014, est parfaitement exact. Toute la population a profité d’une conjoncture solide, à contre-courant de ce qui se passe pratiquement partout en Europe. Malgré tous les problèmes, nos entreprises parviennent à générer de la valeur, à innover, à s’imposer sur les marchés étrangers.

L’an dernier, la Suisse a créé 42'000 emplois, dont 9000 dans la seule région lémanique, selon les statistiques de l’OFS. Qui s’en plaindrait? Notre taux de chômage reste très bas, à 3,2% actuellement, contre 3,5% au début 2014. Affirmer que les étrangers prennent le travail des Suisses est donc une aberration. Ailleurs en Europe: le chômage dépasse les 11% dans la zone euro et même les 20% en Europe du Sud, pays d’où proviennent d’ailleurs, sans surprise, une bonne part des immigrants européens en Suisse. Les Allemands, qui profitent d’une économie en rebond, sont nettement moins nombreux à vouloir s’établir en Suisse…

Si nous pouvons nous féliciter de la bonne santé de nos entreprises – nous parlons là de 2014, c’était avant l’abandon du taux plancher du franc face à l’euro, qui fait souffrir de nombreuses PME – cela ne doit pas nous empêcher de chercher des moyens de davantage recourir à la population résidente. C’est l’un des messages qu’a sans doute voulu envoyer la courte majorité du peuple (19'300 voix d’écart, soit 0,007% de tous les votants) qui avait accepté l’initiative «contre l’immigration de masse». Nous devons former davantage de médecins, d’infirmières et d’ingénieurs. Et permettre à celles et ceux qui ont été formés, et qui ne peuvent actuellement plus exercer leur profession pour des raisons personnelles (garde des enfants, par exemple) ou légales (retraite souvent «obligatoire» à 65 ans), de rester dans le circuit.

Du potentiel en Suisse aussi

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a détaillé la semaine dernière tout un catalogue de mesures allant dans ce sens. Meilleure conciliation entre la vie privée et professionnelle (par le développement des structures d’accueil des enfants, des déductions fiscales accrues pour frais de garde), intégration des séniors dans le monde du travail, augmentation du nombre de personnes formées dans le secteur de la santé: les projets sont nombreux. Certains sont en bonne voie de réalisation. Mais il faut du temps pour qu’ils se concrétisent. Et encore plus pour qu’ils déploient leurs effets.

La Suisse n’en reste pas moins un pays vieillissant. Il nous faut inévitablement une relève, qui proviendra à l’avenir, en partie, toujours de l’étranger. La question à nous poser est de savoir ce que nous voulons: un pays où nos jeunes trouvent facilement un emploi, ou une situation comparable à l’Italie, à l’Espagne ou à la Grèce, où l’avenir est bouché et l’émigration souvent la seule issue? La venue en Suisse de collaborateurs étrangers est un plébiscite pour notre économie qui devrait nous interpeller. Positivement.