24/06/2015

La Suisse qui séduit

L’immigration en Suisse est le «reflet d’une évolution économique saine». Ce commentaire du Secrétariat d’Etat à l’économie, qui publiait hier les statistiques de l’arrivée de main-d’oeuvre étrangère en 2014, est parfaitement exact. Toute la population a profité d’une conjoncture solide, à contre-courant de ce qui se passe pratiquement partout en Europe. Malgré tous les problèmes, nos entreprises parviennent à générer de la valeur, à innover, à s’imposer sur les marchés étrangers.

L’an dernier, la Suisse a créé 42'000 emplois, dont 9000 dans la seule région lémanique, selon les statistiques de l’OFS. Qui s’en plaindrait? Notre taux de chômage reste très bas, à 3,2% actuellement, contre 3,5% au début 2014. Affirmer que les étrangers prennent le travail des Suisses est donc une aberration. Ailleurs en Europe: le chômage dépasse les 11% dans la zone euro et même les 20% en Europe du Sud, pays d’où proviennent d’ailleurs, sans surprise, une bonne part des immigrants européens en Suisse. Les Allemands, qui profitent d’une économie en rebond, sont nettement moins nombreux à vouloir s’établir en Suisse…

Si nous pouvons nous féliciter de la bonne santé de nos entreprises – nous parlons là de 2014, c’était avant l’abandon du taux plancher du franc face à l’euro, qui fait souffrir de nombreuses PME – cela ne doit pas nous empêcher de chercher des moyens de davantage recourir à la population résidente. C’est l’un des messages qu’a sans doute voulu envoyer la courte majorité du peuple (19'300 voix d’écart, soit 0,007% de tous les votants) qui avait accepté l’initiative «contre l’immigration de masse». Nous devons former davantage de médecins, d’infirmières et d’ingénieurs. Et permettre à celles et ceux qui ont été formés, et qui ne peuvent actuellement plus exercer leur profession pour des raisons personnelles (garde des enfants, par exemple) ou légales (retraite souvent «obligatoire» à 65 ans), de rester dans le circuit.

Du potentiel en Suisse aussi

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a détaillé la semaine dernière tout un catalogue de mesures allant dans ce sens. Meilleure conciliation entre la vie privée et professionnelle (par le développement des structures d’accueil des enfants, des déductions fiscales accrues pour frais de garde), intégration des séniors dans le monde du travail, augmentation du nombre de personnes formées dans le secteur de la santé: les projets sont nombreux. Certains sont en bonne voie de réalisation. Mais il faut du temps pour qu’ils se concrétisent. Et encore plus pour qu’ils déploient leurs effets.

La Suisse n’en reste pas moins un pays vieillissant. Il nous faut inévitablement une relève, qui proviendra à l’avenir, en partie, toujours de l’étranger. La question à nous poser est de savoir ce que nous voulons: un pays où nos jeunes trouvent facilement un emploi, ou une situation comparable à l’Italie, à l’Espagne ou à la Grèce, où l’avenir est bouché et l’émigration souvent la seule issue? La venue en Suisse de collaborateurs étrangers est un plébiscite pour notre économie qui devrait nous interpeller. Positivement.

04/02/2015

Ouverture du marché de l’électricité: un coup de pouce aux PME!

Comment passer le cap du franc fort et soulager les PME? Beaucoup de solutions ont été évoquées ces derniers jours: chômage partiel, meilleure gestion des coûts, allongement de la durée du travail (lorsque les commandes sont là)… Mais l’une des solutions pourtant parmi les plus simples n’a pas (ou que peu) été évoquée jusqu’ici, et cela alors qu’elle vient de faire l’objet d’une consultation fédérale: l’ouverture complète du marché de l’électricité.

Ce changement, prévu pour 2018 (seulement… il faudrait anticiper son entrée en vigueur), profiterait immédiatement aux PME. Avec les prix actuels du marché, elles pourraient économiser plusieurs milliers de francs par an en s’approvisionnant sur le marché ouvert. De plus, les prix de l’électricité ne devraient que peu évoluer à moyen terme, car l’offre d’électricité restera excédentaire encore pendant plusieurs années, selon les spécialistes.

Depuis 2009, les entreprises qui achètent plus de 100'000 kWh par an peuvent acheter leur électricité où elles l’entendent. Elles peuvent procéder à des achats groupés, des appels d’offre ou négocier avec leur société électrique locale. A la fin 2013, 27% des sociétés qui ont le droit d’aller au marché l’avaient fait et leurs achats correspondaient à 47% de toute l’électricité qu’achètent les entreprises «grandes consommatrices». Fin 2014, le tiers d’entre elles ont très certainement fait le pas pour plus de 50% de l’électricité. Là, les économies annuelles se chiffrent en dizaines de milliers de francs par entreprise!

Des cas absurdes

Actuellement, les PME qui consomment juste un peu moins que 100 MW n’ont en revanche pas le choix: elles doivent payer le prix fort. Inutile d’argumenter pour constater qu’il y a distorsion de concurrence avec celles qui sont juste au-dessus de cette barre. Il peut y avoir des cas absurdes: par exemple une société qui paierait son courant 20 à 30% plus cher que sa voisine, alors qu’elle ne consommerait que 2000 à 3000 kWh de moins!

Avec le franc fort (qui rend par ailleurs l’électricité moins chère sur le marché européen), aucune économie n’est à négliger… Les PME sont souvent des sous-traitantes d’exportateurs, et souffrent beaucoup lorsque les conditions monétaires deviennent autant défavorables.

Soyons honnêtes: l’ouverture complète du marché de l’électricité n’est bien sûr pas LA solution à elle seule. Mais elle fait partie de toutes ces mesures qui - mises en œuvre parallèlement – aideront nos industries à rester compétitives face aux concurrents internationaux. Espérons que cela incitera les opposants actuels à revoir leur position sur ce dossier.

PME et ménages protégés

Pour ceux qui auraient des craintes, il faut rappeler que l’ouverture du marché telle que la propose le Conseil fédéral offre un double avantage aux PME: elles pourront s’approvisionner hors monopole si elles le souhaitent, mais pourront revenir sur le marché protégé chaque année. Pareil pour les ménages. On peut difficilement faire davantage en matière de protection des consommateurs, que ce soit des entreprises ou des particuliers.

Et puis, finalement, heureusement que l’ouverture du marché de l’électricité n’a pas été intégrée à la transition énergétique de la Confédération (il s’agissait de l’un des arguments des opposants pour la contester). Car la stratégie énergétique 2050 doit s’accompagner de taxes importantes sur l’énergie et donc pénalisantes pour la place industrielle: il faut la geler. La libéralisation, qui peut aller de l’avant, aura en revanche des effets bénéfiques. On ne peut bien sûr pas jurer que ces derniers seront toujours profitables, mais ils le seront en tout cas pendant plusieurs années. Voilà une carte à jouer!

 

14/01/2015

Attention à notre secteur public!

Voici au moins une excellente nouvelle en ce début d’année: l’économie suisse va rester très dynamique en 2015, et elle le sera encore plus en 2016. Les économistes sont pratiquement tous d’accords, notre pays continuera à éviter les problèmes que connaissent la plupart des grands pays. Aucun souci à l’horizon? Ce serait malheureusement trop beau pour être vrai: notre pays doit en particulier faire attention à maintenir son niveau de productivité.

C’est Boris Zürcher, le chef de direction du travail au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), qui l’a pointé du doigt vendredi dernier en commentant les chiffres du chômage (Le Temps du 10 janvier): depuis cinq à six ans, le rythme de la croissance des emplois est plus rapide dans l’administration publique en général que dans le secteur privé. Or la productivité est moindre dans le premier secteur. Résultat, la courbe de la productivité devient presque plate.

Pour certains secteurs de l’administration, cette hausse des effectifs s’explique. La forte croissance démographique qu’a connu la Suisse ces quinze dernières années nécessite d’étoffer le nombre d’enseignants et de soignants, notamment. Rien à redire là-dessus, il s’agit là d’accompagner la croissance. Le problème, c’est que l’augmentation des postes administratifs s’observe aussi dans l’administration générale et dans le social.

L’Etat croît trop rapidement. Et c’est particulièrement vrai dans le canton de Vaud, où la progression des dépenses (réelle, après élimination des facteurs extraordinaires, comme la recapitalisation de la caisse de pension) est systématiquement supérieure à la croissance du PIB. Cela devrait d’ailleurs continuer cette année, puisque le budget 2015 prévoit une croissance des charges courantes de 2,8%, pour un PIB attendu en hausse de 2,1%.

Vaud compte l’une des plus lourdes administrations publiques de Suisse. Une étude mandatée par les milieux économiques vaudois, dont la CVCI, et publiée en 2012, montrait que ce secteur regroupait près du 30% du total des emplois vaudois et pesait pour 22,6% dans la valeur ajoutée cantonale. Un taux à mettre en regard avec les 15,7% de l'administration zurichoise, canton qui compte lui aussi des hautes écoles, un poly et un hôpital universitaire de pointe sur son territoire…

Après la votation du 9 février 2014, la Suisse est obligée de prendre des mesures pour limiter l’immigration. Or l’Etat est en concurrence avec le privé sur le marché de l’emploi. Dans le canton de Vaud, il est évident que l’administration a atteint sa taille critique. Il s’agit maintenant de fixer des priorités. L’Etat ne peut pas croître plus rapidement que l’ensemble de l’économie sur une trop longue période, sous peine d’accentuer les déséquilibres. La réflexion sur les conséquences du 9 février doit englober tous les secteurs.