15/01/2014

Non, ce n'était pas mieux avant la libre-circulation des travailleurs!

L'un des arguments clés des partisans de l'initiative UDC contre la libre circulation des travailleurs européens réside dans l'erreur d'estimation dont la Confédération et les experts ont fait preuve à la fin des années 1990. L'immigration supplémentaire avait été sous-évaluée. Cela s'explique en réalité très simplement: la Suisse sortait de dix ans de stagnation consécutive à l'éclatement de la crise immobilière de 1989. Après cette décennie de marasme, base des projections erronées et critiquées aujourd'hui, qui pouvait alors s'attendre à ce que nous retrouvions des taux de croissance habituels supérieurs à 2%? C'est pourtant ce qui s'est produit à partir de 2004.

Un petit retour dans les années 1990 est éclairant. La décennie a été marquée par plusieurs récessions, dont nous ne sommes parvenus à nous extirper véritablement qu'à l'orée de l'an 2000. Le cap des 200'000 chômeurs était atteint en 1997. Dans l'impossibilité de décrocher un premier job ici, de jeunes chômeurs suisses étaient très officiellement incités à émigrer (véridique!) pour acquérir une première expérience professionnelle. Le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse romande de 1997 (90 milliards de francs) était inférieur à celui de 1990 (il est aujourd'hui de plus de 146 milliards de francs). Après le refus de l'Espace Economique Européen (EEE) en 1992, la voie des bilatérales peinait à émerger. Nous étions dans le brouillard le plus épais!

L'image n'était pas meilleure pour les finances publiques. Les récessions à répétition ont pratiquement fait tripler la dette de la Confédération en quelques années. Les cantons n'allaient pas mieux. L'Arc lémanique était une région sinistrée.

Remarque: notre politique migratoire était alors régie par des contingents. Une machine bureaucratique - pour qui s'en souvient - qui ne faisait en fait qu'entraver les entreprises encore dynamiques. L'hôtellerie, la restauration et la construction se battaient avec la paperasse…

Mais surtout, les contingents n'empêchaient pas la Suisse d'avoir un solde migratoire important: +100'000 étrangers par an dans les années 1960, encore +57'000 étrangers en 1991 (chiffres nets). L'an dernier, le solde migratoire a été d'un peu plus de 80'000 personnes.

Oui, les experts se sont trompés: les Européens qui viennent travailler en Suisse sont plus nombreux que prévu. Mais nous sommes bien loin des dérapages brandis par les partisans de l'initiative sur laquelle nous votons le 9 février (vous avez tous entendu l'argument: "Berne nous prédisait 8000 Européens par an, il y en a 80'000"). Compte tenu de la stagnation de l'économie qui sévissait dans les années 1990 et de la population totale (6,7 millions d'habitants pour toute la Suisse en 1990 contre 8 millions aujourd'hui), l'immigration était proportionnellement plus forte à cette époque. Les contingents ne jouaient donc aucun rôle de frein.

La réalité, c'est que les flux migratoires suivent l'expansion économique. Le nombre d'étrangers en Suisse a ainsi reculé de 2600 en 1997. La croissance démographique actuelle est le fruit de notre prospérité. La libre circulation des personnes y a largement contribué, pour notre plus grand bénéfice: assainissement des finances publiques, chômage très faible en comparaison internationale, notamment chez les jeunes (le chômage de longue durée – plus d'un an - ne concerne que 500 jeunes dans toute la Suisse), assurances sociales renflouées (voir mon blog précédent), la crise de 2008 surmontée en quelques trimestres à peine…

Quel avantage aurions-nous à tirer la prise aujourd'hui? Qu'aurions-nous à gagner à prendre le risque de briser cette voie bilatérale qui nous a si bien servi jusqu'à aujourd'hui? NON à l'initiative "contre l'immigration de masse"!

09/10/2013

Transition énergétique: l'ouverture du marché de l'électricité est un préalable!

La transition énergétique dans laquelle s'est engagée la Suisse est un chantier difficile. Il faudra veiller à garantir notre approvisionnement à des prix compétitifs. Tout cela en abandonnant progressivement 40% de la production actuelle d'électricité (nucléaire). Tout cela n'ira pas sans risques pour l'économie, c'est évident. Mais il y a aussi, il est vrai, de belles opportunités pour les entreprises, dans la production d'énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et donc la rénovation des bâtiments, le stockage…

Cela dit, les plus fervents promoteurs de la nouvelle stratégie énergétique oublient souvent un élément essentiel: la transition ne pourra pas se faire sans une ouverture complète du marché de l'électricité. Aujourd'hui, seuls les grands consommateurs peuvent choisir leur fournisseur de courant. Le système marche bien: les entreprises mettent les sociétés électriques en concurrence et obtiennent le meilleur prix. Il s'agit maintenant d'étendre cette pratique à toutes les sociétés ainsi qu'aux ménages. Cette évolution est la bienvenue.

Dans un marché libre, les prix ne sont plus faussés. Le consommateur sait ce qu'il achète et il peut comparer les tarifs. S'il opte pour un produit axé "développement durable", il sait pourquoi il paie plus cher auprès de telle ou telle enseigne. Exactement comme dans le commerce de détail. La libéralisation du marché ne peut que stimuler la concurrence d'offres énergétiques "vertes", pour lesquelles de plus en plus de clients sont prêts à payer un supplément, pour autant qu'il soit justifié.

Mais l'ouverture du marché est surtout indispensable pour notre pleine intégration au marché européen de l'électricité. L'Union européenne (UE), vers laquelle nous exportons la moitié de notre production et de laquelle nous en importons la moitié (une question de saisons…), ne signera en effet aucun accord avec la Confédération si nous n'appliquons pas cette règle de base qu'est la libéralisation du marché. Sans accord, nous risquerions d'être isolés, la sécurité de notre approvisionnement pourrait ne plus être garantie!

Nous avons tout à gagner à trouver un terrain d'entente avec Bruxelles sur cette question. On apprenait la semaine dernière que les négociations vont désormais bon train et pourraient même déboucher sur un compromis dans les prochains mois. Tant mieux! En collaborant avec les pays voisins, les sociétés suisses pourront mieux planifier leurs investissements. Nos barrages pourront mieux jouer leur rôle de stockage de l'électricité produite par les énergies renouvelables, beaucoup moins planifiables (que l'on pense au solaire ou à l'éolien).

Mais il faudra libéraliser le marché. On se souvient que le peuple suisse avait refusé la libéralisation complète du marché de l'électricité en 2002, après un référendum lancé par la gauche. Mais le contexte n'est aujourd'hui plus du tout le même. Il est temps de tirer tous à la même corde. 

06/06/2013

La suppression des statuts spéciaux, un investissement en faveur de l'emploi

Quel est le "juste" taux d'imposition sur les bénéfices des entreprises? Plus de 23% ou 24% en moyenne, comme dans les cantons de Vaud et Genève? Nettement moins? On pourrait disserter des heures sur la question. Mais à l'heure où la Suisse s'engage sur la voie de l'abandon des statuts spéciaux (qui permettent aux multinationales qui réalisent l'essentiel de leurs affaires à l'étranger de payer moitié moins d'impôts que les entreprises locales), il y a en tout cas une excellente nouvelle: les socialistes eux-mêmes parlent d'un taux de 16%!

Les milieux économiques souhaitent bien sûr un peu moins et s'opposent fondamentalement à une harmonisation. Mais retenons l'essentiel: nous sommes sur la même longueur d'onde concernant le mouvement à donner, celui d'une baisse importante. Nous n'avons d'ailleurs pas d'autre choix, car sans une telle mesure, nous nous exposerions au risque de créer un exode des multinationales. Dans le canton de Genève, plus de 1000 sociétés générant 1 milliard de francs de revenus fiscaux et employant directement 20'000 personnes sont concernés. Sur Vaud, ce sont 350 sociétés qui paient plus de 300 millions de francs d'impôts et occupent des milliers de collaborateurs qui sont concernées.

Un abandon des statuts spéciaux sans contreparties se traduirait par un doublement de la charge fiscale des entreprises aujourd'hui soumises à des régimes d'exception. Des départs massifs seraient inévitables, car de nombreux autres pays sont prêts à les accueillir. Vous en doutez? Un seul exemple: Apple a avoué il y a deux semaines devant une commission du Congrès qu'il avait négocié avec l'Irlande un taux d'imposition de 2% - oui vous avez bien lu 2% - sur les bénéfices tirés de 74 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Le champion américain fuit le fisc de son pays, réputé pour la lourdeur de ses impôts sur les entreprises…

La concurrence est donc réelle et n'épargne aucune nation. Nous devons nous battre pour rester compétitifs, pour garder les multinationales dans notre région. Loin d'être des coquilles vides, la plupart d'entre elles occupent des ressortissants locaux, sous-traitent de multiples travaux et services à des sociétés du coin. La Confédération est consciente de cette situation et est prête à compenser une partie de la perte de revenus fiscaux que subiront les cantons qui doivent baisser fortement leur taux d'imposition des entreprises. Vaud est de ceux-là. Tout reste à négocier, bien sûr, mais il faut aller de l'avant dans ce sens-là. Quant à la perte de revenus fiscaux qui subsistera à la fin (c'est inéluctable), il faut la voir comme un investissement. Un investissement en faveur de l'emploiqui génère au final des impôts.