23/10/2013

Vaud investit massivement: très bien, mais il faut s'en donner les moyens

Le canton de Vaud va investir 800 millions de francs par an jusqu'en 2020. Dans les routes, les RER, les écoles, les prisons, les hôpitaux, le tourisme. Autant de dépenses nécessaires, parfois même urgentes, notamment dans le réseau routier. Il faut aller de l'avant!

Vu d'aujourd'hui, le canton a les moyens de ses chantiers. L'Etat vient de boucler huit exercices consécutifs dans les chiffres noirs, alors que la majorité des cantons suisses sont désormais dans les chiffres rouges. Le budget 2013 était équilibré. Celui présenté pour 2014 est légèrement bénéficiaire. Les perspectives conjoncturelles étant plutôt favorables pour l'année prochaine, on peut avancer sans grands risques de se tromper que notre gouvernement se montre pour le moins prudent avec ces chiffres.

En résumé: à moins d'un tremblement de terre, il n'y a aucun soucis à se faire à court terme. Mais après? Et bien tout dépendra de deux choses: d'une part, de la capacité de l'Etat à limiter son expansion, de l'autre, de son aptitude à opérer un tournant fiscal pour les entreprises.

Le premier point n'a rien d'un slogan. La preuve? L'an prochain, la progression des dépenses courantes dépassera celle des revenus… pour la troisième année consécutive, expliquait Pascal Broulis en présentant le budget. Une telle politique ne peut que conduire à un déséquilibre à plus ou moins long terme. Sachant que Vaud dispose déjà d'une administration parmi les mieux dotées de Suisse en personnel et en moyens, il y a matière à limiter les velléités d'expansion sans nuire à la qualité du service public. 

Cela dit, la question de la réforme fiscale des entreprises est encore plus importante. Notre capacité à préserver le dynamisme de notre tissu économique en dépend entièrement. Tout comme notre capacité à maintenir notre croissance, nos emplois et donc les revenus fiscaux des collectivités publiques. Si elle devait durer longtemps encore, l'indécision de nos autorités pourrait inciter des entreprises – soucieuses de pouvoir profiter d'une visibilité fiscale à long terme - à aller voir ailleurs. 

L'abandon, par la Suisse, des statuts fiscaux spéciaux cantonaux, qui permettent actuellement de traiter plus avantageusement les sociétés à vocation internationale par rapport aux entreprises orientées sur le seul marché intérieur, ne nous laisse pas le choix. Plus vite notre canton clarifiera sa ligne, mieux il préservera ses chances de rester aux premiers rangs en termes de compétitivité. Cet exercice de clarification est indispensable si le canton veut vraiment pouvoir investir ces 800 millions de francs par an jusqu'en 2020!

01/11/2012

Le budget social vaudois enfle trop vite

"Une personne formée gagne mieux sa vie, a moins de risques de se retrouver au chômage et si c'est le cas, elle retrouve plus vite du travail". Susanne Blank, dirigeante syndicale chez Travail.Suisse, a raison lorsqu'elle évoque le meilleur moyen d'éviter un accroissement de la pauvreté en Suisse, dans le dernier "Matin Dimanche".

La hausse constante des aides sociales ne soigne que les symptômes. Dans les faits, ces aides sont souvent un piège qui contribue à prolonger l'état de précarité des ménages, à les installer dans une situation qui n'est satisfaisante ni pour eux, ni pour la collectivité. Améliorer la formation – et prioritairement la formation professionnelle et la formation continue – permet tout au contraire de traiter les causes du mal. Tout le monde semble d'accord sur le principe…

Mais qu'observe-t-on dans le canton de Vaud? "24 Heures" nous apprenait la semaine dernière que le coût total du social dépassera tout bientôt celui de la formation, traditionnellement le plus important poste du budget cantonal. L'écart entre les deux ne sera plus que de 2 points en 2013 alors qu'il était de 6 points en 2005. Bien sûr, la population vieillit et il faut toujours plus de places en EMS. Bien sûr la Confédération reporte toujours plus de charges sociales sur les cantons.

Mais tout de même! La hausse proposée par le Conseil d'Etat cette année dans le domaine des subsides à l'assurance-maladie est révélatrice d'une dérive: celle d'un accroissement linéaire des dépenses sociales. Une telle politique ne sera pas soutenable à terme. Le fait que les budgets du social se rapprochent dangereusement de ceux de la formation est une sonnette d'alarme. Elle doit rappeler nos élus à l'ordre.

Une école plus performante, une revalorisation de l'apprentissage ainsi que la réinsertion sont plus que jamais les voies à privilégier pour aider les ménages les plus démunis. La fuite en avant du "tout au social" n'est pas une solution.