15/07/2015

Les bilatérales: la politique européenne qui plaît aux jeunes

Les jeunes plébiscitent la voie bilatérale pour les relations entre la Suisse et l’Union européenne. Une récente enquête menée auprès de 1990 personnes âgées de 17 ans le montrait, sans aucune ambiguïté: 62% souhaitent continuer avec notre politique actuelle. Une large majorité se prononce également en faveur de la libre circulation des Suisses en Europe (73%), laquelle n’est pas concevable sans réciprocité.

Comment interpréter ces résultats? Les jeunes ont une vision pragmatique. Ils constatent que le chômage est très bas dans notre pays et que les jeunes qui ont une formation trouvent facilement un emploi. Pas forcément immédiatement le job de leur rêve, mais un travail sérieux, qui leur permet de faire leurs premières armes dans la vie professionnelle.

Très peu de chômage des jeunes

Les chiffres le prouvent: fin juin, le taux de chômage global se montait à 3,1% en Suisse, contre 2,8% pour les 15-24 ans. Toutes les enquêtes montrent que pratiquement tous les diplômés, qu'ils soient titulaires d'un CFC ou d'un master, trouvent un job en quelques mois au plus. En France, on est aux alentours de 10,5% de chômage actuellement, avec un jeune sur quatre sans emploi (24,6% à la fin mars). La situation est pire en Italie, avec 42% de jeunes au chômage, sans parler de l’Espagne ou de la Grèce, avec plus d’un jeune sur deux. Même l’Allemagne est largement dépassée par la Suisse, avec un taux de chômage des jeunes de plus de 7%.

Compte tenu de ces comparaisons peu enthousiasmantes, il est peu surprenant que 77% des Suisses qui vont bientôt avoir le droit de vote refuseraient une adhésion à l’Union européenne (UE), montre l’enquête réalisée par l’Université de Berne et l’institut M.I.S. Trend, sur mandat de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse. Personne ne propose d’ailleurs de rejoindre l’UE… ce sujet n'est d'aucune actualité!

Ecoutons la relève

Nous sommes dans une situation bien différente avec les bilatérales. Et les jeunes en ont conscience. Après l’acceptation de l’initiative «contre l’immigration de masse», cette voie pourrait pourtant être remise en question. Car la réintroduction de contingents de main-d’œuvre européenne n’est pas compatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes, que le peuple Suisse a accepté en 1999, puis confirmé lors de plusieurs scrutins ultérieurs. La dénonciation de cet accord bilatéral entraînerait la suppression de six autres traités vitaux pour nos relations avec l’UE.

Les jeunes ne veulent pas que la Suisse se coupe de son principal partenaire commercial. Personne ne peut leur donner tort. Le monde politique ferait en tout cas bien d’être à l’écoute de cette relève… Les deux tiers des participants à l’enquête disent vouloir voter aux élections fédérales de cet automne.

21/08/2013

Clause de sauvegarde: l'art du faux pas!

Qu'a donc apporté la décision du Conseil fédéral, en avril dernier, d'activer la clause de sauvegarde dans la libre circulation des personnes? Du travail administratif supplémentaire pour les entreprises et une intense activité diplomatique fédérale pour convaincre les Européens de notre droit à brandir cette disposition. On a beau chercher, chercher encore, on ne trouve rien de plus. Et surtout, il n'y a eu absolument aucun impact positif à réintroduire, le 1er juin dernier, des contingents pour les travailleurs en provenance de l'Union européenne.

La Société suisse des entrepreneurs (SSE) l'a souligné il y a quelques jours: plus de 5000 autorisations de séjours de longue durée (permis B) étaient encore disponibles à la fin juillet, sur un total de 13'428 à disposition pour la période courant de juin à août. Le plafond ne sera pas atteint. Et il est très peu probable qu'il soit atteint au cours des prochains trimestres. En juin 2014, la clause de sauvegarde ne sera ensuite plus applicable, conformément aux traités que la Suisse a signés. Des traités que le peuple a en outre acceptés avec de très claires majorités en votation en 2000 (Bilatérales I), puis confirmés en 2005 (extension aux dix nouveaux pays de l'UE) et en 2009 (extension à la Bulgarie et la Roumanie).

Je ne peux que m'associer aux regrets formulés par les milieux de la construction, d'autant que j'avais également critiqué cette volonté de repli sur soi, il y a quelques mois. En activant cette clause, la Confédération a fait passer un très mauvais message, à savoir que la libre circulation des personnes constituait un problème qui devait être circonscrit. La réalité est tout autre: la Suisse ne serait jamais parvenue à éviter la crise qui frappe tous les pays qui nous entourent depuis des années si cette ouverture n'avait pas eu lieu. Notre pays est parvenu à revenir au rang des pays industrialisés les plus dynamiques grâce à son ouverture.  

Rappelez-vous des années 1990, notre pays "protégé" par de stricts contingents d'immigrants pataugeait de crise en crise. Le chômage culminait à 5,7% de la population en février 1997. C'est pratiquement le double d'aujourd'hui. Les jeunes peinaient à trouver un premier emploi.

L'ouverture du marché du travail à partir de 2001 a créé une dynamique extrêmement favorable dans notre pays. C'est une réalité! Entre 2002 et 2012, il s'est créé plus de 365'000 emplois en Suisse, dont pas bien loin de la moitié uniquement en Suisse romande. La Suisse a derrière elle une décennie de succès. La moindre des choses, aujourd'hui, consiste à manœuvrer avec doigté pour le préserver. Espérons que cette décision hâtive et superflue sur la clause de sauvegarde reste un faux pas isolé.

27/02/2013

Libre circulation des personnes: ne pas se tromper de cible

Le Conseil fédéral aura bientôt la délicate mission de décider s'il limite l'immigration de travailleurs européens en Suisse. "Faut-il risquer un clash pour 2500 permis de travail?", titrait "24 heures" il y a quelques jours. Ma réponse est clairement non. Le jeu n'en vaut pas la chandelle, pour deux raisons au moins:

  L'activation de la clause de sauvegarde n'empêcherait pas à plus de 50'000 Européens (un chiffre à mettre en relation avec 8 millions d'habitants) de venir s'installer en Suisse l'an prochain pour y travailler, pour autant que l'économie reste aussi dynamique qu'elle l'a été ces dernières années. Cette mesure serait donc surtout symbolique, comme l'a été la limitation imposée aux nouveaux pays de l'UE l'an dernier. Elle ne résoudrait en rien les deux principaux problèmes qu'entraîne notre dynamisme économique et démographique: le manque de logements ainsi que la saturation des routes et transports publics. Il s'agirait donc d'une décision sans impact positif tangible en Suisse.

Se fâcher avec ses voisins n'est jamais agréable. Cela l'est d'autant moins lorsque l'on observe que nos industries ont écoulé pour plus de 110 milliards de francs d'exportations vers l'UE en 2012, soit 55% du total des exportations. Ce montant correspond grosso modo à un cinquième de la richesse créée dans notre pays, autrement dit un franc sur cinq de notre PIB. A elles quatre, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Autriche ont acheté pour près de 75 milliards de francs de marchandises "swiss made", 37% du total exporté.

Nous sommes condamnés à nous entendre…

Mais pas à subir! Si la Suisse décidait de ne pas activer la clause de sauvegarde, elle pourrait brandir haut et fort sa bonne volonté, sa pleine participation au marché européen du travail. Ce serait un argument de poids en faveur de la relance des négociations bilatérales, sur lesquelles l'UE tergiverse. Berne éviterait de nouvelles crispations et reprendrait la main. Moyennant un exercice de communication internationale qui reste à mettre sur pied, la Confédération fournirait à Bruxelles la preuve par l'acte de sa volonté de coopération. Nous reprendrions la main dans les discussions.

La gestion de notre croissance nous incombe à nous seuls: nous devons créer les conditions favorables à la construction de logements et investir dans les infrastructures. Nous ne soulagerons pas ces dernières en bridant le marché de l'emploi. Or l'utilisation de la clause de sauvegarde reviendrait justement à agir sur ce dernier, avec tous les risques que cela comporte. La Suisse doit sa richesse à son ouverture sur le monde. L'afflux de travailleurs étrangers dans notre pays ces dernières années n'a pas fait augmenter le chômage. C'est même le contraire qui s'est produit! L'arrivée de nouveaux travailleurs a stimulé nos entreprises, ce qui a aussi profité aux travailleurs suisses. C'est une réalité. Que nous apporterait un repli sur nous-même? Le risque que tout le monde y perde!