05/09/2012

Vaud peut mieux faire en matière de finances publiques!

Les finances publiques vaudoises ne sont pas efficientes en comparaison intercantonale. Cette conclusion d'une étude d'UBS publiée lundi a suscité un certain scepticisme chez beaucoup d'observateurs. Et pour cause: le canton a assaini sa dette en l'espace de quelques années, la ramenant grosso modo de 9 à 1 milliard de francs. Certains commentateurs n'ont pas manqué de relever que si l'on considérait la dette nette au lieu de la dette brute, la situation des finances vaudoises serait encore meilleure.

On peut bien sûr toujours changer les règles pour enjoliver la situation. Comme dans toute étude, UBS a choisi un certain nombre d'indicateurs. On peut les discuter. Mais les économistes de la banque les appliquent sans les modifier à tous les cantons. Par ailleurs, Vaud n'étant pas le premier à passer au scanner, on ne pas peut soupçonner les auteurs de l'analyse de noircir délibérément le tableau vaudois. On notera enfin que certains indicateurs font de notre canton un champion dans certaines catégories: diversification de l'économie, le marché du travail ou le capital humain. Conclusion: il n'y a pas à s'effaroucher à la première critique venue.

Revenons aux finances publiques. Que dit concrètement l'étude à ce propos?

Elle reconnaît d'abord que les finances cantonales sont bonnes, aujourd'hui. Et cela même si la dette des communes – dont les 2 milliards de la seule ville de Lausanne! – détériore la situation globale. Le gros problème, c'est que cette situation saine sans être excellente n'a pu être atteinte que grâce à la formidable croissance qu'a connu le canton au cours des dix dernières années. De son côté, l'administration n'a absolument pas amélioré son efficacité. Elle a continué à grandir. A un rythme supérieur à l'ensemble de l'économie. Qu'une crise survienne, et c'est la rechute assurée en l'espace de quelques années.

Cette analyse ne repose pas sur du sable, loin de là. Une étude réalisée par l'institut Créa sur mandat de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI), de la Chambre vaudoise immobilière (CVI) et de la Fédération patronale vaudoise (FPV) faisait le même constat il y a quelques mois. Le poids de l'administration dans le produit intérieur brut (PIB) vaudois est 22,6%, disait ce rapport, bien loin des 15,7% constatés à Zurich. Les deux cantons sont pourtant en tous points comparables: ils disposent d'une université, d'une école polytechnique, d'écoles privées, d'un hôpital de pointe et de fédérations sportives.

Plutôt que de contester systématiquement des statistiques qui se recoupent, les critiques devraient reconnaître que le train de vie de l'Etat vaudois est très élevé. Trop élevé comparé à d'autres cantons. Reconnaître ce fait et manifester un peu de retenue sur ce front nous permettrait de baisser les impôts! Et tout le monde y gagnerait. Le canton serait plus compétitif pour attirer et surtout conserver ses entreprises (soumises à une concurrence internationale). Cela mérite au moins réflexion!

10/08/2011

Franc fort: il faut aider les entreprises à s'adapter

1 franc = 1 euro. Le cauchemar des exportateurs suisses est désormais réalité, à quelques centimes près. Certains ont déjà dû prendre des mesures drastiques, comme augmenter le temps de travail sans hausse de salaires. D'autres risquent de licencier ou de délocaliser, selon le Secrétariat d'Etat à l'économie.  

 

Sur le front de la politique monétaire, la Banque nationale suisse (BNS) a désormais fait le maximum en ouvrant tout grand le robinet des liquidités à disposition des établissements financiers et en scotchant les taux à zéro: les dépôts en francs ne rapportent plus rien. Intervenir sur les changes? L'expérience de l'an dernier a montré les coûteuses limites de cette vaine bataille.

 

Les réponses à la situation aussi alarmante qu'exceptionnelle que traverse la Suisse se situent par conséquent sur le terrain politique. Le Département fédéral de l'économie travaille sur une révision de la loi sur les cartels qui permettrait de mieux faire profiter les consommateurs de la baisse de l'euro et du dollar, en combattant les ententes entre importateurs et fabricants étrangers. C'est bien, mais cette mesure ne suffira pas à elle seule à soutenir l'emploi dans les entreprises exportatrices.

 

Alors qu'il y a quelques semaines encore, certains faisaient l'éloge de la décroissance, on perçoit aujourd'hui à quel point cette politique serait néfaste. Elle ne ferait qu'affaiblir une place économique dont tout un pan – l'industrie d'exportation et le tourisme – se bat pour maintenir la tête hors de l'eau. Avec la flambée du franc, les prix des produits suisses payés par les Européens ou les Américains ont renchéri de 20% en moins de deux mois!

 

Les entreprises ont urgemment besoin d'un coup de pouce. Notamment d'allègements fiscaux, en particulier dans le canton de Vaud où la charge est la plus lourde de Suisse. Elles ont besoin de soutien dans leur politique d'investissement liée à l'innovation, car ces budgets risquent d'être les premiers à être diminués. Elles doivent être soulagées de certaines tracasseries administratives et surtout préservées de toute augmentation des charges sociales. Ce n'est en tout cas pas le moment d'instaurer un congé paternité ou d'imposer six semaines de vacances pour tous.

 

On objectera qu'aucune de ces mesures ne déploie ses effets immédiatement. Le processus de décision politique est lent, c'est indéniable. Mais la situation d'avant-crise ne peut pas être rétablie d'un coup de baguette magique. Nous sommes contraints de nous adapter, de manière permanente, aux bouleversements financiers qui balaient l'Europe et les Etats–Unis. Moins d'impôt sur les bénéfices favorisera les investissements. Et l'embauche. Il faut absolument agir pour garantir notre compétitivité à long terme!

 

10/09/2010

Des transports publics rouge vampire au lieu d’être vert bouteille?

L’Association Transport et Environnement (ATE) a déposé lundi à Berne son initiative  populaire « pour les transports publics ». Le texte demande que les recettes de l’impôt sur l’essence et le diesel soient réparties à égalité entre les routes et les transports publics. Durant toute la récolte des signatures,  les initiants ont habilement passé sous silence, qu'aujourd'hui déjà,  2 milliards sont versés aux transports publics par les automobilistes soit  un quart du produit de cet impôt.

Personne ne conteste que les infrastructures soient un des piliers de notre compétitivité. La Suisse a accumulé un retard inquiétant  dans ce domaine et  nous allons devoir faire face à un colossal défi de financement des infrastructures. Des dizaines et des dizaines de milliards de francs seront nécessaires, selon le Département fédéral de l'énergie de l'environnement et de la communication (DETEC). Rien que  pour achever le réseau routier et supprimer les goulets d’étranglements on parle de 44 milliards minimum. Le tronçon autoroutier Lausanne-Genève risque bien de "bouchonner" encore longtemps.

Si l’initiative de l’ATE venait à être acceptée, les infrastructures routières seraient privées de près 4 milliards de francs annuellement, soit le double du montant actuel. Alors que le DETEC prévoit une augmentation d'environ 2% du trafic par an, il n'y aurait pas de miracle: soit on coupe dans les investissements et les réparations du réseau routier soit on augmente l'impôt sur les carburants.  Si on ne veut pas faire de la Suisse un pays dont les nids de poule feront la réputation,  les automobilistes devront encore passer à la caisse. C'est inacceptable. Ils n’ont pas à subventionner un réseau de transports publics qu’ils n’utilisent pas. Aujourd'hui, le degré d’autofinancement du rail est à peine de 50%! Le reste est payé par la route et le contribuable. Ce simple fait mériterait une certaine transparence et que l'on donne le prix réel du billet de train, soit environ 268 francs pour un aller-retour Lausanne-Zürich en deuxième classe au lieu des 134 affichés actuellement…

Par ailleurs, cette nouvelle ponction sur les carburants serait une source d'opposition entre les agglomérations et les régions excentrées. Comment justifier que les citoyens des régions périphériques paient toujours plus pour une voiture qu’ils sont obligés de posséder et financent ainsi les nombreux transports offerts aux citadins à moitié prix? Pour quel motif les habitants de Château-d’Oex devraient financer massivement des infrastructures utiles à la région lausannoise?

Puiser encore dans les recettes de l’impôt sur les huiles minérales n’est pas bon pour le financement durable des transports publics. Comment les financerons-nous lorsque le système aura si bien marché que tout le monde les empruntera? Il faudra bien un jour en payer le prix juste. Les automobilistes et les régions périphériques n’ont pas à payer ce que d’autres utilisent. La route n’a pas à subir le vampirisme des transports publics, surtout à l'époque de l'arrivée de la voiture verte. Par conséquent, l’initiative de l’ATE doit être catégoriquement rejetée.