25/06/2014

La fuite en avant de Christoph Blocher est inquiétante

«Dictature des élites politiques suisses», «machinations» du Conseil fédéral, appel à la «résistance» du peuple. Non, nous ne sommes pas dans une fiction politique; cette vision du monde est celle de Chistoph Blocher. Ces termes tout droit sortis de l’Europe des années 30 sont ceux qu’il a utilisés vendredi pour lancer son mouvement «Non à l’adhésion insidieuse à l’Union européenne». Sa croisade anti-européenne prend un tour presque paranoïaque!

Cette vision du monde basée sur le repli sur soi ne va pas sans dégâts pour notre pays. Nous avons déjà commencé à le constater. Après l’acceptation de l’initiative populaire anti-immigration le 9 février, Bruxelles a suspendu les négociations avec la Suisse sur l’électricité, gelé Erasmus+ (échange d’étudiants), Horizon 2020 (programmes de recherche) et le programme Media (promotion du cinéma). Le Conseil fédéral a dû bricoler dans l’urgence pour sauver l’essentiel.

«C’est l’UE qui est demandeuse», promettait Christoph Blocher en janvier dernier à l’Albisgüetli. Ah oui? On voit bien que ce n’est pas si simple. 

Le Conseil fédéral doit maintenant mettre en œuvre l’initiative populaire acceptée le 9 février. Et ce texte, que les Européens estiment incompatible avec l’accord bilatéral sur la libre circulation des personnes, ne lui laisse qu’une faible marge de manœuvre. Les contours de la mise en œuvre ont été présentés vendredi. Et qu’a-t-on vu? L’UDC critique désormais le gouvernement… en raison de sa volonté d’appliquer des règles trop strictes en matière de contingentement. Des règles qu’elle a écrites et qui stipulent:

Article 121 a, Constitution fédérale:

Alinéa 2 Le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels. Les plafonds valent pour toutes les autorisations délivrées en vertu du droit des étrangers, domaine de l’asile inclus. Le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales peut être limité.

Les entreprises sont inquiètes. Elles ne savent pas si elles pourront toujours recruter, dans deux ans, la main-d’œuvre dont elles auront besoin. Elles se rendent surtout compte avec désarroi que le retour des contingents sera un monstre administratif. Quelle que soit la manière dont on interprète les dispositions constitutionnelles, on va vers un délire administratif d’autorisations, qui se chiffreront en milliers de démarches. Nous en sommes là… et Christoph Blocher en rajoute une couche en appelant à un isolement total entre la Suisse et l’Union européenne!

Cette fuite en avant doit prendre fin. Notre pays gagne un franc sur trois grâce à nos échanges avec l’Union européenne. Nos relations avec ce qui est notre principal partenaire commercial, et qui le restera encore longtemps, sont régies par une bonne centaine d’accords bilatéraux. Nous nous devons de trouver avec ce partenaire une solution qui préserve à la fois les bilatérales et l‘indépendance de notre pays. Le discours jusqu’au-boutiste de Christoph Blocher est tout simplement irresponsable!

14/05/2014

Les premiers dégâts des initiatives Minder et anti-immigration sont déjà visibles

Quarante pour cent des entreprises de plus de 100 collaborateurs membres de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) disent actuellement être préoccupées par leur difficulté à recruter. Elles n'étaient que 20% il y a un an. Précisons que l'enquête  de la CVCI a été menée après la votation du 9 février, qui a scellé le retour des contingents de main-d'œuvre européenne.

Pleurnicheries de multinationales, mauvais perdants qui n'acceptent pas la démocratie helvétique… J'entends déjà les objections outrées de ceux qui ont soutenu l'initiative. Mon propos n'est pas d'entrer dans une polémique: ce qui est voté est voté, il s'agit de le mettre en vigueur avec le moins de conséquences négatives possibles. Je constate simplement que nos choix politiques ont une influence directe sur la santé et les perspectives des entreprises. 

Le résultat de l'enquête conjoncturelle de printemps de la CVCI n'est pas un élément isolé. Selon une autre étude, menée par l'institut universitaire zurichois KOF à la fin février auprès de 8000 entreprises, près de 6% d'entre elles envisageaient déjà de réduire leurs investissements en Suisse suite à l'acceptation de l'initiative. Petit pourcentage? Cela fait tout de même 480 entreprises qui donneront moins de travail à des sous-traitants. Plus inquiétant encore, seules 2% des sociétés envisagent d'accroître leurs investissements en Suisse l'an prochain. 

Les perspectives de croissance du PIB pour cette année et l'an prochain sont pourtant de 2% et plus! Alors où est le hic? Il tient dans la détérioration des conditions générales à moyen terme. Le retour des contingents interviendra en 2017. La réforme de l'imposition des bénéfices demeure pour l'heure en chantier, avec un nouveau régime moins favorable aux entreprises internationales annoncé pour 2020. 

Mais ce ne sont pas les seuls facteurs qui déstabilisent les entreprises. L'initiative Minder commence en effet à déployer ses effets concrets. Le groupe américain d'équipements pétroliers Weatherford a déjà décidé de transférer son siège social européen de Suisse en Irlande. Le groupe industriel Tyco va faire de même (les actionnaires doivent encore voter). Peur des initiatives et référendums en série, limitation dans la politique salariale des dirigeants… ce sont les premiers à tirer le rideau sur leur aventure helvétique. Le groupe Pentair, actif dans l'énergie, basé à Schaffhouse mais aussi présent à Lausanne, va faire de même. 

Ce ne sont que quelques sociétés, diront les optimistes. Je ne peux que souhaiter qu'ils aient raison. Mais l'alignement des faits montre que la Suisse a perdu en attractivité. Pour préserver nos emplois et notre prospérité, nous devons réagir et restaurer au plus vite l'excellente image que nous avions jusqu'ici!

04/03/2014

Miser sur l'apprentissage permettra d'accompagner le retour des contingents

La réintroduction des contingents de main-d'œuvre étrangère en Suisse nous obligera à nous montrer inventifs pour ne pas étouffer les entreprises. Certains ont évoqué l'idée de faire (re)travailler les retraités. D'autres insistent sur la nécessité de mieux intégrer les femmes sur le marché de l'emploi, en créant les structures indispensables pour concilier vie professionnelle et familiale. Oui, ce sera inévitable. Mais en amont, il s'agira aussi de valoriser encore plus l'apprentissage.

En moyenne, les jeunes commencent un apprentissage vers l'âge de 18 ans en Suisse romande et vers 16 ans outre-Sarine. Côté romand, on constate que les jeunes passent souvent une année ou deux dans une phase transitoire. Chaque personne a son propre parcours et ce temps n'est pas forcément perdu. Mais l'expérience alémanique montre que l'on peut sans doute mieux orienter les adolescents, de manière à ce qu'ils mettent pleinement à profit ces années où l'on apprend beaucoup plus facilement qu'à l'âge adulte.

C'est bien connu, les Romands considèrent la voie académique comme le nec plus ultra. On est à 25% de détenteurs d'une maturité gymnasiale dans le canton de Vaud et à 30% à Genève. Dans les cantons alémaniques, ce taux est presque partout inférieur à 20%. Il n'est pas question de dire ici qu'une manière de faire est meilleure ou moins bonne: l'Arc lémanique s'est hissé au rang des régions les plus compétitives de Suisse, et le chômage des jeunes n'y est pas un problème. Les universitaires ne forment pas des cohortes de chômeurs, loin de là.

Mais si l'on veut "gagner" de la main-d'œuvre locale, intégrer plus tôt les jeunes sur le marché de l'emploi peut constituer une solution. L'apprentissage peut en effet très bien s'intégrer dans une période de transition, car il n'est plus du tout la voie définitive qu'il était il y a encore 20 ans. Des passerelles multiples existent. A l'issue de sa formation, un apprenti peut poursuivre des études supérieures dans une haute école spécialisée (HES), à l'université ou à l'EPFL.

Le champ des possibles, à 20 ans, est presque plus large pour un apprenti qui achève sa formation que pour un jeune qui sort du gymnase! L'apprentissage est l'une des recettes du succès de la Suisse. Tout le monde ne peut qu'y gagner à ce que l'on s'y intéresse d'encore plus près.