11/04/2012

2e pilier: attention au retour de manivelle!

La Confédération s'engage-t-elle sur la voie de la politique de l'autruche? On peut le craindre suite à la volonté émise récemment par le conseiller fédéral Alain Berset de temporiser sur la révision du 2e pilier. Notre ministre de l'Intérieur veut lier le dossier à celui de la réforme de l'AVS, lequel est déjà hautement problématique à gérer (souvenez-vous de l'échec de la 11e révision à l'automne 2010…).

En se fixant des objectifs aussi ambitieux, Alain Berset se comporte comme le perchiste qui viserait la barre des 6 mètres alors qu'il vient de manquer nettement les 5,70 mètres. Le défi s'annonce intenable. Mais pèche-t-il par excès d'optimisme ou mène-t-il la tactique du dégagement en corner?

Quelles que soient ses motivations, on ne peut que déplorer une telle stratégie. Contrairement à ce qu'affirme Alain Berset, on ne peut pas tarder, il faut empoigner au plus vite le taureau par les cornes. Le 2e pilier perd déjà aujourd'hui entre 300 et 600 millions de francs par an du fait de prestations trop généreuses par rapport aux rendements des capitaux et à l'allongement de l'espérance de vie. Les actifs parviennent pour l'instant à subventionner les rentiers – ce qui n'était pas le but de la prévoyance professionnelle -, mais le fardeau risque de devenir rapidement trop lourd à porter.

On conviendra avec le conseiller fédéral que la tâche est ardue. D'autant plus ardue que le peuple a balayé il y a deux ans une proposition d'abaissement du taux de conversion, qui sert à calculer les rentes en fonction du capital accumulé. Mais est-ce une raison suffisante pour s'engager dans une impasse? Et surtout, avons-nous les moyens d'un tel crash?

Les faits sont têtus: les taux d'intérêt restent désespérément bas (et l'on voit mal comment les Etats surendettés qui nous entourent pourraient supporter une hausse substantielle ces prochaines années sans que leurs finances publiques s'effondrent) et les assurés perçoivent de plus en plus longtemps leurs rentes (c'est le bon côté de toute cette affaire). Il faut absolument s'adapter à cette nouvelle réalité. Et une baisse du taux de conversion semble inéluctable à terme.

Un tel changement ne nous empêcherait d'ailleurs pas de revenir en arrière si, contre toute attente, les rendements du capital devaient rapidement redevenir suffisants pour s'offrir de meilleures prestations. On pourrait d'ailleurs glisser une telle exigence de réexamen périodique dans la future révision…

Alain Berset semble préférer donner des gages à ses camarades de l'Union syndicale suisse (USS), qui ont récemment déclaré qu'ils combattraient toute coupe dans le 2e pilier. Le dialogue ne peut même pas débuter, tant les positions sont figées. Le grand risque, c'est que les réformes ne soient entreprises que lorsque le  2e pilier sera exsangue, dans quelques années. Il faudra alors agir dans l'urgence, ce qui n'est jamais la meilleure façon de travailler. Prévenir ne vaudrait-il pas mieux que guérir?

 

15/02/2012

Promotion économique: une pluie de critiques infondée

Quel est le tort du canton de Vaud en matière d'exonérations fiscales pour les entreprises? A entendre, la semaine dernière, les interminables jérémiades des adversaires de la promotion économique, nous aurions fait tout faux. Nous aurions eu tort d'accorder des facilités pour attirer des groupes étrangers, comme le permettait l'arrêté Bonny. Nous aurions d'ailleurs aussi eu tort de sauver les 320 emplois du site Novartis à Prangins…

Il y en a marre de la Schadenfreude! Vaud a agi dans le cadre légal offert à tous les cantons suisses. La Confédération, via le Département fédéral de l'économie, a été associée à toutes les décisions d'implantation d'entreprises étrangères. Ce n'est tout de même pas parce que les résultats de la promotion économique vaudoise sont meilleurs qu'ailleurs qu'il y a forcément inéquité ou dumping…

On peut lire et relire le rapport du Contrôle fédéral des finances qui analyse l'application de l'arrêté Bonny dans quatre cantons (VD, FR, NE et SO), Vaud ne s'est pas comporté en profiteur. Il a su tirer son épingle du jeu, comme Neuchâtel et Fribourg d'ailleurs. Tant mieux pour eux, tant mieux pour nous! Les entreprises qui s'installent investissent dans notre région. Si elles sont exonérées de l'impôt sur les bénéfices, leurs employés en paient sur leurs salaires. Ils consomment ici. L'impact est bénéfique.

Est-il encore nécessaire d'argumenter pour bien souligner d'où l'on vient. Si le bassin lémanique est aujourd'hui souvent décrit comme un eldorado en surchauffe, la situation était bien différente il y a quelques années seulement. Ce n'est qu'en 2005 que le canton a pu s'extirper des chiffres rouges, après pas moins de 16 ans de déficits publics consécutifs. Pratiquement une génération! Ces déficits avaient propulsé la dette à pas loin de 9 milliards de francs.

En six ans, ce fardeau, qui faisait de notre canton le plus endetté de Suisse derrière Genève, a ensuite pu être divisé par plus de quatre. Parallèlement, Vaud est parvenu à diversifier son économie. A accroître ses exportations. A afficher une croissance économique supérieure à la moyenne suisse (alors qu'il était constamment au-dessous dans les années 1990).

Au moment où bon nombre de pays européens, nos clients, sont en récession, le canton aborde la situation dans une forme économique et financière qu'il n'avait plus connu depuis des décennies. Alors que l'austérité est de mise dans la plupart des Etats voisins – et d'ailleurs également certains cantons suisses - Vaud peut même se permettre de planifier sereinement  les indispensables investissements visant à développer ses infrastructures de transport. Ce sont les fruits d'une politique clairvoyante.

Vous n'avez pas entendu cela ces derniers jours? Moi non plus. A force de ne chercher que les petits détails qui ne marchent pas bien, on oublie l'excellent bilan global. On oublie que la région est plus attrayante que jamais, pas seulement pour les sociétés internationales, mais également pour les entreprises locales, les jeunes à la recherche d'un emploi, les sous-traitants, les créateurs d'entreprises. Cette vision blasée du monde est regrettable!

14/12/2011

Dettes et promesses, la duperie prend fin

Plus jamais de montagnes de dettes? Les Européens sont (enfin) tombés d'accord sur le principe que les Etats doivent limiter leurs déficits, viser l'équilibre des finances. Etablir des "règles d'or", plus connues en Suisse sous le nom de "frein à l'endettement", sous peine de sanctions. Il a tout de même fallu deux ans de palabres…

 

Problème résolu? On le souhaiterait, mais les engagements des dirigeants pourraient bien être balayés ça et là par des référendums, des changements de majorité, la négociation d'exceptions toutes plus "exceptionnelles" les unes que les autres. En dépit de ces péripéties, la machine semble pourtant sur les rails. C'est la seule issue possible.

 

Pourquoi? Parce que la croissance par la dette a touché ses limites. Observons: depuis une quarantaine d'années, l'endettement a été systématiquement privilégié. Pour les ménages comme pour l'Etat. D'abord les premiers: "achetez votre appareil électroménager maintenant, payez dans trois mois", le slogan publicitaire chante encore dans nos têtes. Empruntez pour consommer, au risque de ne plus pouvoir payer, mais aussi pour vous loger. L'Etat privilégie  dans le monde entier l'endettement hypothécaire via des abattements fiscaux. Avec des désastres immobiliers à la clé: Suisse au début des années 1990, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Irlande, Espagne récemment.

 

Pourquoi les Etats se seraient-ils privés du festin gratuit? Abaissement de l'âge de la retraite en France dans les années 1980, puis passage à la semaine de 35 heures, administration boursoufflée et ouvrages olympiques pharaoniques en Grèce (et en Espagne), explosion des budgets dans le social et la formation dans toute l'Europe du Sud.  L'addition? Vous paierez demain…

 

Les citoyens européens se retrouvent comme Pinocchio au Pays des jouets… changé en baudet après avoir succombé aux tentations. L'âge de la retraite est revu à la hausse partout en Europe, les administrations publiques sabrent dans leurs dépenses… Les seules promesses dont sont aujourd'hui certains les ministres européens sont celles de sacrifices. Car la dette reste et il n'y a que deux alternatives: un remboursement douloureux ou une faillite tout autant douloureuse.

 

La bonne nouvelle: le problème est désormais admis, d'Helsinki à Athènes. L'Europe reconnaît le dérapage et veut y mettre un terme (alors qu'elle martelait il y a encore quelques semaines à peine que les problèmes ne découlaient que de la spéculation!). L'emprunt est en voie de redevenir l'instrument profitable à tous qu'il devrait toujours avoir été. Celui qui permet de bâtir et de promettre aujourd'hui ce que l'on est sûr d'être en mesure de payer demain.