19/09/2012

L'initiative anti-tabac bafoue la sécurité du droit

Le débat sur la fumée passive déchaîne visiblement les passions. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir, dans nos quotidiens, les pages entières de courriers des lecteurs visant à contrer, ou à soutenir, l'initiative anti-tabac de la ligue pulmonaire, sur laquelle nous voterons le 23 septembre.

 Ce débat a de quoi surprendre dans le canton de Vaud, où la fumée est déjà proscrite de tous les lieux publics. Il a d'ailleurs tout autant de quoi surprendre si l'on se place au niveau national. Car depuis 2010, plus personne ne subit de la fumée passive contre sa volonté en Suisse.

Il y a effectivement encore, dans le canton du Jura et surtout en Suisse centrale, de petits restaurants fumeurs (de moins de 80m2 de surface) ainsi que des établissements dotés de fumoirs avec service. Mais ces établissements sont clairement signalés. Et le personnel qui y travaille est uniquement composé de volontaires. Vaud, comme Genève, Fribourg, le Valais et Neuchâtel, ont quant à eux déjà banni totalement la cigarette des comptoirs puisqu'ils ne tolèrent que des fumoirs sans service. Concrètement, l'initiative n'apporte pratiquement rien de plus en termes de protection des travailleurs.

Elle est en revanche extrêmement invasive sur le front de la liberté individuelle. Le texte soumis au vote stipule en effet que l'interdiction de fumer concerne "tous les espaces fermés qui servent de lieu de travail". Donc les bureaux des travailleurs indépendants aussi. Les initiants peuvent jurer la main sur le cœur que ce n'est pas leur dessein, ce principe n'en sera pas moins ancré dans la Constitution si leur texte est accepté! Et on a vu avec l'initiative Weber que les effets collatéraux peuvent parfois se révéler surprenants (saviez-vous que La Brévine a dépassé le seuil des 20% des résidences secondaires? Non? Les Bréviniers non plus, avant l'acceptation de l'initiative!) 

A côté de la liberté individuelle, un autre point a été moins thématisé: celui de la sécurité du droit. Dans les cantons qui s'en tiennent au minimum légal en matière de lutte contre la fumée passive, de très nombreux restaurateurs ont investi en moyenne 100'000 francs chacun pour aménager des fumoirs avec service répondant aux normes prescrites pour l'aération. Ils l'ont fait de bonne foi, pour répondre aux vœux de leur clientèle. Ils l'ont surtout fait en s'appuyant sur une loi que personne n'a combattue en référendum lors de son adoption par les Chambres fédérales en 2008.

Rendre ces installations inutiles aujourd'hui, avant même qu'elles aient pu être amorties, constituerait un mauvais coup dont la branche n'a pas besoin. Ces trois dernières années, la restauration a déjà perdu 20'000 emplois en Suisse, ses effectifs étant ramenés à 215'000 collaborateurs. Les causes de cet effritement sont bien sûr multiples: franc fort,  baisse du taux d'alcoolémie autorisé au volant, soubresauts conjoncturels… mais aussi interdiction de fumer dans les établissements publics. Les plus touchés sont les petits bistrots, ceux où l'on se rend(ait) pour boire une bière ou jouer aux cartes.

En revenant à la charge aujourd'hui déjà, les initiants foulent au pied un compromis trouvé il n'y a pourtant que quelques années. Quoi qu'ils affirment, leur objectif ultime est bel et bien d'interdire totalement la fumée. En cas de oui, dans quelques mois, les prohibitionnistes auront beau jeu de s'appuyer sur une autre initiative, qui vient d'être lancée, visant à interdire de fumer aussi à l'extérieur, pour empêcher toute dérogation aux principes constitutionnels qu'ils ont édictés.

Ces manœuvres ont assez duré! Il est grand temps de mettre un point final à la surenchère, en refusant l'initiative!

 

27/06/2012

Libre circulation des personnes: un bilan positif incontesté

La libre-circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne a été profitable aux entreprises. Un sondage publié lundi par l'Union suisse des arts et métiers ne laisse planer aucun doute: 70% des sociétés qui occupent plus de 50 personnes et  64% de celles qui comptent entre 10 et 49 employés sont satisfaites des changements introduits depuis 2002. Même les plus petites entreprises, dont les effectifs vont de 5 à 9 personnes et qui sont donc moins concernées par les problèmes de recrutement, estiment à 54% positifs les effets de cette politique d'ouverture. Et pourtant surprise: la majorité des entreprises (57%) se dit favorable à l'initiative de l'UDC qui vise à stopper l'immigration.

Les dirigeants d'entreprises seraient-ils devenus schizophrènes? Bien sûr que non.  Regardons d'abord la question à laquelle ils ont répondu: "l’initiative populaire «Stopper l’immigration massive!» vient d’être déposée. Elle vise, entre autres, à réintroduire des contingents à l’immigration et à donner aux Suisses la priorité sur les étrangers dans la recherche d’un emploi. Etes-vous (entièrement d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord…)?" Présenté comme cela, avouons que l'on est enclin à répondre oui. Pourquoi devrions-nous faire venir de la main-d'œuvre étrangère si du personnel qualifié est disponible ici, surtout en nombre suffisant.

Le problème, c'est que ce n'est pas le cas. La Suisse manque de main-d'œuvre qualifiée (et elle continuera à en manquer ces prochaines années). Sans immigration, la Suisse n'aurait jamais connu l'essor économique qu'elle a connu ces dix dernières années, car l'augmentation naturelle de la population n'est pas suffisante. Sans la libre-circulation des personnes, les finances publiques vaudoises – dont la dette culminait à près de 9 milliards il y a quelques années – n'auraient pas pu être assainies. Pour l'AVS, les comptes seraient pratiquement dans les chiffres rouges.

La majeure partie des PME suisses ne sont active que sur le marché intérieur. C'est vrai. Mais elles ne vivent pas dans une bulle: les dizaines de milliers d'employés qui sont venus s'installer en Suisse en provenance d'autres pays sont aussi leurs consommateurs. Pour peu que l'on observe un peu, toutes les entreprises (commerce, construction, tourisme, restauration, etc.) ont tiré avantage de la libre-circulation. L'industrie d'exportation est loin d'être la seule gagnante!

Notre pays gagne un franc sur trois en vendant des produits et services en Europe. Accepter l'initiative sur "l'immigration massive" compromettrait ce commerce, car Bruxelles pourrait alors dénoncer du jour au lendemain l'ensemble des accords bilatéraux. Or, à côté de la libre circulation des personnes, ceux-ci garantissent également la libre circulation des marchandises.

La politique menée jusqu'ici a été porteuse de dynamisme, d'innovation, de croissance. Véritable fléau en France, pour ne pas parler de l'Europe du Sud, le chômage des jeunes n'est pas un problème en Suisse. Bien au contraire: les entreprises peinent à trouver des apprentis! Le taux d'universitaires qui ne trouvent pas de travail à la fin des études est anecdotique. Globalement, la Suisse connaît l'un des taux de chômage les plus bas du monde.

On ne le répétera jamais assez, cette belle réussite est le fruit de l'ouverture de notre économie, de la stabilité de notre système politique et de la flexibilité de notre marché du travail. Tout remettre en question avec une initiative simpliste pourrait nous conduire droit dans le mur!

20/06/2012

Développement économique: le psychodrame vaudois doit prendre fin

 

Le dénigrement gratuit a assez duré. Il est grand temps que la promotion économique cantonale recommence à travailler sereinement. Le Grand Conseil a débattu hier du rapport des commissions de gestion et des finances sur la politique menée par le canton de Vaud en matière d'exonérations fiscales. Principale leçon: la loi a été respectée en tous points. Il n'y a jamais eu de cadeaux, contrairement à ce qui été insinué tout au long de l'hiver. Les entreprises qui ont bénéficié d'allègements fiscaux –quatre sur cinq sont des sociétés suisses - ont créé des emplois et investi dans la région.

Le principal reproche adressé au Conseil d'Etat porte sur la communication et des questions de procédures. Cela peut et doit être corrigé, c'est évident. Mais sur le fond, tout le monde devrait avoir l'élégance d'admettre que la promotion économique vaudoise est un succès. C'est malheureusement bien loin d'être le cas!

Je l'expliquais déjà en février dernier dans mon blog, mais une nouvelle étude publiée la semaine dernière par la société Boston Consulting montre à quel point la présence de sociétés étrangères et de grandes multinationales est bénéfique pour notre canton. Entre 2000 et 2010, ce ne sont pas moins de 24'000 emplois que les grands groupes internationaux – suisses ou étrangers – ont créé en terres vaudoises. Et ce chiffre ne recense que les emplois directs: toute l'économie en profite, des commerçants aux entreprises de constructions.

Toujours au cours des dix dernières années, la part des multinationales dans le PIB vaudois est passée de 33 à 41%. Cette évolution est incontestablement le fruit d'une promotion économique efficace. Un travail de fond grâce auquel le canton a pu diversifier son économie – il en avait grand besoin -, rattraper son retard en termes de croissance, et surtout assainir ses finances.

Reprocher aujourd'hui à notre promotion économique sa réussite a quelque chose d'indécent. Oui, indécent, lorsqu'on met en relation ces critiques avec le chômage qui frappe un jeune sur deux en Espagne ou en Grèce. Ou irresponsable: comment qualifier autrement ces attaques répétées, alors que bon nombre de nos proches voisins et partenaires n'ont pour futur proche que des promesses d'austérité?