29/08/2012

Fiscalité écologique: désastre en vue

La réforme fiscale écologique préparée par le Département d'Evelyne Widmer-Schlumpf  a tout de la pilule empoisonnée. Infliger des taxes additionnelles de 2,73 francs par litre d'essence – ce qui porterait le litre à 5 francs -  tout en augmentant de 50% le prix de l'électricité mettrait l'ensemble de l'industrie suisse hors jeu. Des centaines de milliers d'emplois disparaîtraient.

Non, je ne peins pas le diable sur la muraille! Les entreprises suisses se débattent déjà aujourd'hui avec le franc fort, des loyers et des salaires plus élevés qu'à l'étranger. Notre compétitivité est sur le fil du rasoir. Pas besoin de remonter loin dans le passé pour trouver des exemples qui illustrent la véracité de mon propos: rappelez-vous des épisodes Novartis à Prangins, Applied Materials à Cheseaux ou encore Bobst…

Peu importe que la taxe envisagée à Berne soit étalée sur 20 à 30 ans, qu'elle soit redistribuée par le biais d'un remboursement sur les primes d'assurances maladies ou sur les cotisations sociales des sociétés. Opter pour une telle politique serait le signal que l'industrie n'est pas la bienvenue dans notre pays. Qui investirait encore un centime dans une usine en Suisse, sachant que l'ensemble des charges énergétiques sont appelées à doubler dans les années à venir? Le maigre allégement promis des charges sociales ne compenserait de loin pas la hausse des dépenses!

Inutile de rêver, les pays concurrents ne nous feront pas de cadeaux. On le voit déjà tous les jours. Ils n'accepteront pas de coordonner une flambée des taxes, même pour les meilleures raisons écologiques possibles. On voit mal les pays membres de la zone euro, qui compte 11% de chômeurs, sacrifier leur industrie au profit de la Chine ou des Etats-Unis. Comment prétendre coordonner une réforme fiscale avec des compétiteurs qui sont désormais mondiaux!

Au final, c'est bien l'ensemble des travailleurs de ce pays qui ressortiront appauvris. La classe moyenne, les actifs qui paient aujourd'hui l'essentiel des impôts et des assurances sociales et qui pourront par chance conserver un emploi si la réforme est introduite, sera prise en tenaille entre un triplement des frais de déplacement et une inflation massive de ses dépenses en chauffage, alimentation, habillement… Car les frais de transports seront bien répercutés dans les rayons des magasins.

Un tel auto-sabordage est insensé. Il remet en cause l'ensemble des politiques de promotion économique et de diversification du tissu d'entreprises que la Suisse a menées avec succès jusque-là. Il remet en question notre prospérité. Cette réforme fiscale doit être abandonnée au plus vite! Il est grand temps de réfléchir à une transition énergétique réaliste.  

25/04/2012

Pour une politique énergétique viable

Les conséquences économiques de la nouvelle stratégie énergétique de la Suisse seront-elles aussi "limitées" que la conseillère fédérale Doris Leuthard le prétend? Et comment peut-elle en être aussi sûre?

Le "premier paquet de mesures" présenté la semaine dernière par notre ministre de l'énergie ne donne aucune projection concrète de hausse du prix de l'électricité. 20%,30%, 40%, 100%?  Plus encore? Et à quelle échéance? Dans quel sens va exactement la réforme fiscale écologique? Très concrètement, de combien sera la taxe qui frappera la consommation d'électricité?  Vous admettrez que ce type d'information est des plus cruciales pour les boulangers ou les fabricants de machines, pour citer deux exemples de gros consommateurs de courant. Comment peut-on assurer que les conséquences économiques seront "limitées" sans avancer aucun chiffre sur ces points vitaux pour l'économie?

La seule chose qui est sûre, c'est que le prix du courant va augmenter. Et que parallèlement l'îlot de cherté suisse n'a que très peu de chances de disparaître: les salaires et les loyers ne vont pas baisser; le franc devrait rester fort un bon moment encore. Résultat: la nouvelle stratégie énergétique péjorera à coup sûr la compétitivité de nos entreprises. Restructurations et délocalisations seront inévitables. Vu sous cet angle, le coût global de 30 milliards pour la sortie du nucléaire (sans compter la rénovation et le développement du réseau) avancé par le Conseil fédéral est sans aucun doute une vue de l'esprit.

Plus d'un an après sa décision de renoncer progressivement au nucléaire, le Conseil fédéral joue la montre. Doris Leuthard reconnaît que les nouvelles énergies renouvelables et les économies d'énergie ne suffiront pas pour compenser la perte de 40% de notre approvisionnement électrique d'ici à 20 ans. Mais elle n'en tire pas les conséquences. Plutôt que d'agender la construction de 5 ou 6 centrales à gaz, elle préfère y aller au compte-goutte. D'abord une centrale, puis… on verra vers 2020… D'un autre côté, elle surévalue totalement le potentiel dans l'hydraulique (de l'avis de Pro Natura et du WWF eux-mêmes). Cette stratégie nous mettra à coup sûr à la merci des importations et donc des soubresauts des prix du marché…

L'abandon du nucléaire du jour au lendemain est possible, l'Allemagne l'a prouvé. Mais la vérité est qu'elle a remplacé l'uranium par le charbon. La Suisse souhaite éviter d'émettre davantage de CO2  et se donne 20 ans pour y parvenir. Le hic, c'est que toutes les études démontrent que c'est insuffisant pour que le renouvelable prenne totalement le relais d'ici-là.  Le Conseil fédéral doit le reconnaître et présenter une stratégie énergétique responsable et économiquement soutenable! L'ébauche présentée la semaine dernière en est loin.

21/12/2011

Visibilité zéro pour les électriciens suisses

 Combien investir dans l'éolien? Le solaire? Les centrales à gaz? L'hydraulique? Avec quelle attente de retour sur investissement? Les groupes électriques suisses naviguent dans le brouillard le plus complet depuis la décision du Conseil fédéral, au printemps dernier, de sortir du nucléaire dans les 20 ans. "Précisez-nous les règles!", s'impatiente le directeur général d'Alpiq (Le Matin Dimanche du 18 décembre).

 

Les élections sont passées, le nouveau Conseil fédéral est en place. On espère que les effets de manche sont terminés: le dossier doit être prioritaire. La Confédération ne peut pas faire poireauter un secteur aussi essentiel de l'économie pendant des années. Au-delà des seuls électriciens (responsable tout de même d'assurer la sécurité de l'approvisionnement de notre pays), ce sont tous les gros consommateurs de courant qui sont dans le flou le plus complet. Combien paieront-ils le kilowattheure dans deux ans, cinq ans, sept ans? Plus cher, nous a promis Doris Leuthard. Oui, mais de combien? Aujourd'hui, cette incertitude s'ajoute au franc fort et à la dégradation de la conjoncture mondiale.

 

La Suisse ne peut pas, comme l'Allemagne, compter sur la réhabilitation au pas de charge, et sans grandes considérations environnementales, de vieilles centrales à charbon pour remplacer l'électricité nucléaire à laquelle nous commencerons à renoncer d'ici à huit ans. D'ici là, il faudra économiser, et produire différemment. Et surtout produire davantage, car tous les efforts d'économies (indispensables) ne suffiront pas à compenser le boom annoncé des pompes à chaleur, des voitures électriques, des nouveaux équipements informatiques et… la poursuite de la croissance démographique.

 

Modèle ultime pour ce qui est de mettre la charrue avant les bœufs, le Conseil fédéral nous promet un catalogue de solutions pour l'été prochain, plus d'un an après avoir opté pour l'abandon de l'énergie atomique! On décide, puis on réfléchit… Il faudra ensuite concrétiser ces propositions dans des lois, des ordonnances. Procédures de consultation, commissions parlementaires, débats au Chambres, éventuels référendums contre certains objets… les électriciens risquent fort de rester dans le brouillard jusqu'en 2014 et même au-delà. D'autant plus que Berne a parallèlement ouvert un autre chantier titanesque: une réforme complète de la fiscalité, qui vise à imposer l'énergie à la place des revenus du travail.

 

Le Conseil fédéral a placé la barre très haut. En tous cas bien plus haut que chez tous nos voisins. Déjà perturbés par les soubresauts des crises à répétition, entreprises et producteurs d'électricité attendent que soient tracés les contours - économiquement viables - du futur énergétique suisse. Au plus vite.