15/04/2015

François Hollande s'intéresse à l'apprentissage… Et les Romands?

Notre système de formation professionnelle intéresse beaucoup la France, qui y voit l'une des clés du succès helvétique. Preuve en est que sur ses deux jours de visite en Suisse, le président François Hollande a choisi de rencontrer des apprentis à Zurich, demain matin, avant de venir visiter l'EPFL. En Suisse (romande, surtout), de trop nombreux parents ne jurent pourtant que par la voie académique… Bien à tort!

Il y a chaque année des centaines de places d'apprentissage qui ne trouvent pas preneurs dans les entreprises, faute de candidats. Pourquoi? En partie parce que la formation duale est insuffisamment valorisée, à l'école primaire et secondaire, lorsque l'on pré-oriente les enfants. Mais surtout dans l'esprit des parents! On préfère pousser les adolescents vers la voie gymnasiale. Qui ouvrirait davantage de portes…

Vraiment? L'apprentissage mène à tout, y compris à devenir plus tard chef d'entreprise. Les exemples ne sont pas rares. Les détenteurs d'un CFC sont pratiquement assurés de trouver un poste à la fin de leur apprentissage. Ils peuvent aussi poursuivre leur formation. Passer une maturité professionnelle. Poursuivre leurs études dans une haute école. Ils bénéficient d'une solide formation pratique qui leur servira toute leur vie. Bien loin de partir avec un handicap par rapport aux détenteurs d'une maturité gymnasiale, ils ont au contraire une longueur d'avance. Côté salarial, les employés qui ont suivi la voie duale ont des rémunérations qui tiennent largement la comparaison avec ceux qui ont opté pour la formation académique.

Un métier pour la vie, c'est fini

Et puis il faut aussi rappeler que le monde professionnel a changé: on ne choisit plus une profession pour la vie. Se lancer dans un apprentissage, quel qu'il soit, ne préjuge pas de l'activité que l'on exercera quinze ans plus tard. Il n'y a pas de différences sur ce plan-là entre un jeune de 15-16 ans qui entame sa première année de gymnase et un autre qui se rend pour la première fois au travail.

Notre système d'apprentissage n'intéresse pas que François Hollande: début janvier dernier, c'est la Maison-Blanche qui discutait de notre modèle avec le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann ainsi que des dirigeants de grandes sociétés suisses. Le succès de notre modèle, qui a permis de créer – et de maintenir, même en temps de crise - un réseau d'entreprises industrielles extrêmement diversifié dans tout le pays, est remarqué loin à la ronde. C'est le moins que l'on puisse dire. Il faut manifestement le rappeler en Suisse aussi!

27/08/2014

Record d'apprentis en terres vaudoises: maintenons le cap!

L'apprentissage atteint un nouveau record cette année dans le canton de Vaud: plus de 6800 contrats avaient été signés à la mi-août, soit le double de ce que l'on observait il y a dix ans (3400 contrats à la rentrée 2003). "Ce nombre (…) souligne l'engagement des entreprises pour la formation des jeunes. Le monde économique est l'un des acteurs essentiel de la formation professionnelle et les entreprises formatrices sont toujours aussi actives dans ce domaine", relevait le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture la semaine dernière dans son communiqué sur la rentrée.

Nous avions un peu de retard en Suisse romande par rapport à la Suisse alémanique, mais tout le monde prend désormais conscience de l'intérêt de la formation duale, l'une des recettes de base de la prospérité de notre pays. Et l'effort des entreprises se lit désormais dans les chiffres. Cette évolution est indispensable. L'apprentissage n'est pas une voie de garage, loin de là. Faut-il encore le répéter, il n'exclut en aucun cas la poursuite de la formation vers des études supérieures (dans les Hautes écoles spécialisées ou à l'Uni).  

Et puis tout le système de formation a désormais changé: que vous soyez universitaire ou que vous ayez appris le métier en entreprise, vous êtes désormais amenés à vous former tout au long de votre carrière. Tous les directeurs RH vous le diront: l'expérience acquise dans le monde de l'entreprise compte autant que les diplômes. Encore une fois, les apprentis partent donc avec une longueur d'avance. 

 

Cette réalité reste encore souvent peu connue. Au moment de faire leur choix, les jeunes sont encore souvent poussés par leurs parents à privilégier la voie gymnasiale, si les notes leur permettent de le faire. C'est pourtant l'intérêt pour telle ou telle profession ou pour les études qui devrait prédominer, indépendamment des notes. Car les deux voies se valent et offrent les mêmes possibilités de développement, tant sur le plan personnel que professionnel. En termes d'"employabilité", la filière duale semble même avoir une légère longueur d'avance. Toutes les places d'apprentissage ne trouvent aujourd'hui pas preneur, c'est dommage. Mais les chiffres de la rentrée montrent que nous sommes sur le bon chemin!

11/06/2014

L'apprentissage comme "recette anti-chômage"

Le modèle de formation professionnelle suisse basé sur l'apprentissage est une recette anti-chômage et son principal défi consiste à le rester. Cette conclusion est tirée d'une étude présentée dans le cadre du Forum des 100 de "L'Hebdo" à la mi-mai. Les statistiques ne laissent planer aucun doute: notre pays compte très peu de jeunes sans emploi en comparaison internationale. Le système d'apprentissage a en outre l'immense avantage d'impliquer les entreprises dans la formation, et donc d'éviter que le monde économique soit déconnecté des écoles professionnelles. 

Mais attention, ce modèle évolue et doit continuer à évoluer. Comme le rappelle l'étude réalisée par les six banques cantonales romandes, il manquait de places d'apprentissage il y a encore une petite dizaine d'années. Retournement complet de situation aujourd'hui: les entreprises peinent à trouver des candidats! L'an dernier, presque une place d'apprenti sur dix (9%) est restée vacante en Suisse romande. 

Et le problème n'est pas près de disparaître, l'Office fédéral de la statistique s'attend à une diminution du nombre d'apprentis de l'ordre de 1,8%, toutes branches confondues, entre 2016 et 2019. Pourquoi? Parce que le nombre des naissances a baissé entre 1992 et 2003 et parce que toujours plus de jeunes se lancent dans des études "académiques". On peut ajouter que la limitation de l'immigration décidée par le peuple suisse le 9 février dernier accentuera probablement ce phénomène. 

Les entreprises se plaignent aujourd'hui déjà d'une inadéquation entre les dossiers de candidature des apprentis et les postes proposés. Toutes les branches s'attendent à ce que cette tendance se renforce au cours des trois à cinq prochaines années (toujours selon le document présenté au Forum des 100, voir page 6). 

On le voit, le modèle gagnant de l'apprentissage nécessite quelques adaptations. Première mesure à prendre: mieux expliquer les différents débouchés professionnels dans les écoles. Autrefois, on pensait volontiers: "tu n'es pas bon à l’école, tu feras un apprentissage". Ce temps est heureusement dépassé, car tous les métiers ont des exigences qui deviennent chaque jour plus élevées. Les détenteurs de CFC peuvent poursuivre sur la voie des études et atteindre un niveau universitaire. Diriger systématiquement les élèves les plus performants vers le gymnase est donc une erreur. 

Sans compter que question salaire, il faut une fois pour toute tordre le cou à certaines idées reçues. L'obtention d'une maturité ne conduit pas à l'assurance d'avoir des revenus confortables. C'est même le contraire qui est vrai. Dans le canton de Vaud, les détenteurs d'une maturité étaient 16,4% à percevoir un salaire inférieur à 4000 francs par mois en 2010, contre 6,8% des titulaires d'un CFC! Ces chiffres sont tout ce qu'il y a de plus officiel: ils émanent d'une enquête menée par l'administration cantonale (dévoilée en mai dernier et malheureusement passée inaperçue) suite à une question d'un député au Grand Conseil. L'échantillon est des plus représentatifs puisqu'il porte sur 146'000 employés (un bon tiers de toutes les personnes actives), à raison de deux tiers dans le prié et un tiers dans le public.  

Les entreprises ont bien sûr elles aussi un rôle à jouer dans cette nécessaire adaptation de l'apprentissage. C'est à elles de mettre en avant les possibilités qu'elles offrent. L'apprentissage est paradoxalement en perte de vitesse alors qu'il n'a jamais autant permis d'évoluer dans notre parcours professionnel! Cela tient sûrement en partie au fait qu'il y a moins d'entreprises formatrices que par le passé, 18,4% actuellement contre 23% en 1985. 

Le défi évoqué par l'étude ne nous laisse aucune alternative: l'apprentissage doit absolument maintenir sa place de recette anti-chômage. Ce système est un véritable pilier de la Suisse. Mais attention à ne pas nous endormir sur nos lauriers: les métiers changent sans cesse, les parcours de formation ont évolué. Dans le bon sens! Reste maintenant à promouvoir cette nouvelle réalité.