12/09/2013

Compétitivité de la Suisse et formation professionnelle: un couple obligatoire

La Suisse se maintient au 1er rang mondial de la compétitivité pour la cinquième année consécutive, selon le dernier classement du World Economic Forum (WEF). Excellente nouvelle! Comme dans le sport, occuper de manière ininterrompue la première marche du podium sur une longue durée relève de l'exploit. La concurrence ne baisse jamais la garde, comme en témoigne cette année la remontée de l'Allemagne et des Etats-Unis, qui gagnent deux rangs chacun pour se hisser aux 4e et 5e places.

La Suisse est leader toute catégorie dans la capacité à innover, dans les dépenses de recherche et développement des entreprises, dans la collaboration entre les industries et les hautes écoles dans le domaine de la recherche, dans le partenariat social. Elle est numéro deux pour les brevets par habitant, la qualité des institutions actives dans la recherche, l'espérance de vie. Dans la formation, elle est numéro un pour la qualité globale de son système d'éducation, numéro cinq pour la qualité de l'école primaire… 

Pris isolément, la plupart des indicateurs nous dépeignent comme un Pays de Cocagne. A première vue, nous devrions donc nous contenter de ne rien changer pour nous maintenir au sommet.

Nous serions pourtant dans l'erreur, parce que nous vivons dans un monde qui, lui, change en permanence. Un monde où les exigences de l'économie évoluent, à des rythmes plus ou moins variables. Parfois très rapidement, comme dans la banque, qui vit un changement existentiel de son mode de fonctionnement avec l'abandon du secret bancaire pour les clients étrangers. Une chose est sûre, aucune branche, même les plus traditionnelles, ne peut se vanter de pouvoir vivre totalement sur ses acquis. Il faut s'adapter.

Prenons la formation. Il est incontestable que le système suisse, basé en large partie sur l'apprentissage, est de très bonne qualité. Cela ne signifie pas qu'il n'y a rien à améliorer: lorsque l'on discute avec des chefs d'entreprise vaudois, l'une des remarques les plus fréquentes est que la main-d'œuvre disponible sur le marché de l'emploi ne correspond pas toujours aux profils recherchés. Très concrètement, dans l'industrie, il manque par exemple des ingénieurs qualité et des spécialistes en logistique. Et ce problème est visiblement national puisque le classement du WEF fait ressortir que l'inadéquation entre le personnel à la recherche d'un emploi et les profils recherchés est le facteur le plus problématique en Suisse.

La Suisse parvient heureusement à contrebalancer ce désavantage grâce à l'ouverture de son marché du travail. Mais ce type de constat nous donne les clés qui nous permettront de maintenir notre rang. Dans la formation, nous nous assurerons une place durable au sommet si nous parvenons à anticiper les changements de profils professionnels.

06/06/2013

La suppression des statuts spéciaux, un investissement en faveur de l'emploi

Quel est le "juste" taux d'imposition sur les bénéfices des entreprises? Plus de 23% ou 24% en moyenne, comme dans les cantons de Vaud et Genève? Nettement moins? On pourrait disserter des heures sur la question. Mais à l'heure où la Suisse s'engage sur la voie de l'abandon des statuts spéciaux (qui permettent aux multinationales qui réalisent l'essentiel de leurs affaires à l'étranger de payer moitié moins d'impôts que les entreprises locales), il y a en tout cas une excellente nouvelle: les socialistes eux-mêmes parlent d'un taux de 16%!

Les milieux économiques souhaitent bien sûr un peu moins et s'opposent fondamentalement à une harmonisation. Mais retenons l'essentiel: nous sommes sur la même longueur d'onde concernant le mouvement à donner, celui d'une baisse importante. Nous n'avons d'ailleurs pas d'autre choix, car sans une telle mesure, nous nous exposerions au risque de créer un exode des multinationales. Dans le canton de Genève, plus de 1000 sociétés générant 1 milliard de francs de revenus fiscaux et employant directement 20'000 personnes sont concernés. Sur Vaud, ce sont 350 sociétés qui paient plus de 300 millions de francs d'impôts et occupent des milliers de collaborateurs qui sont concernées.

Un abandon des statuts spéciaux sans contreparties se traduirait par un doublement de la charge fiscale des entreprises aujourd'hui soumises à des régimes d'exception. Des départs massifs seraient inévitables, car de nombreux autres pays sont prêts à les accueillir. Vous en doutez? Un seul exemple: Apple a avoué il y a deux semaines devant une commission du Congrès qu'il avait négocié avec l'Irlande un taux d'imposition de 2% - oui vous avez bien lu 2% - sur les bénéfices tirés de 74 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Le champion américain fuit le fisc de son pays, réputé pour la lourdeur de ses impôts sur les entreprises…

La concurrence est donc réelle et n'épargne aucune nation. Nous devons nous battre pour rester compétitifs, pour garder les multinationales dans notre région. Loin d'être des coquilles vides, la plupart d'entre elles occupent des ressortissants locaux, sous-traitent de multiples travaux et services à des sociétés du coin. La Confédération est consciente de cette situation et est prête à compenser une partie de la perte de revenus fiscaux que subiront les cantons qui doivent baisser fortement leur taux d'imposition des entreprises. Vaud est de ceux-là. Tout reste à négocier, bien sûr, mais il faut aller de l'avant dans ce sens-là. Quant à la perte de revenus fiscaux qui subsistera à la fin (c'est inéluctable), il faut la voir comme un investissement. Un investissement en faveur de l'emploiqui génère au final des impôts.

16/08/2012

8 millions d'habitants en Suisse, une chance!

Notre pays vient de passer le cap des 8 millions d'habitants. Déjà trop? La limite à ne pas dépasser? Pour les nostalgiques alignés derrière Franz Weber ou les chauds partisans des initiatives Ecopop (limitation à 0,2% de la croissance migratoire) et Stop à l'immigration massive, la coupe serait pleine. Il faudrait fermer les frontières au plus vite. A bien écouter certains activistes, il serait même judicieux d'aller bien au-delà, et de limiter le nombre des naissances. Pas moins. Quelles stimulantes perspectives pour notre pays et surtout pour nos jeunes!

Le monde change. Malthus craignait la surpopulation alors que la planète ne comptait que 1,6 milliards d'habitants. Ce chiffre est à peu près celui de la population chinoise aujourd'hui et quoi qu'en disent certains intégristes, le monde ne s'en porte pas plus mal. A notre petite échelle, pourquoi devrions-nous redouter le cap des huit, neuf ou dix millions d'habitants en Suisse?

Posons la question différemment: où en serait la Suisse aujourd'hui si nos grands-parents avaient décidé que le seuil des 4 millions d'habitants atteints en 1930 était le plafond à ne pas dépasser? Difficile à imaginer, mais tentons l'exercice tout de même: nous aurions sans doute dû construire des murs sur la frontière. Nos entreprises n'auraient eu d'autres choix que de déménager à l'étranger, là où elles peuvent embaucher. Il est peu probable nous abriterions aujourd'hui des champions de la pharma comme Roche ou Novartis, ou de l'alimentaire, comme Nestlé… La plupart des jeunes bien formés auraient quitté le pays. Il n'y aurait plus assez d'actifs pour cotiser à l'AVS et nous serions obligés de travailler jusqu'à 80 ans. En un mot, la Suisse se serait à coup sûr appauvrie.

Notre politique d'ouverture a permis tout le contraire. Si la Suisse attire autant d'immigrants aujourd'hui, c'est parce que notre économie s'est hissée – heureusement, et la tâche n'a pas été aisée – parmi les plus dynamiques du monde occidental. Alors que la crise de l'euro se poursuit depuis trois ans, le chômage ne dépasse pas les 2,7% (juillet) dans notre pays alors qu'un actif sur dix n'a pas de travail dans la zone euro (et même un sur quatre en Espagne). Pour les jeunes, l'offre de places d'apprentissage excède la demande. Que voulons-nous de plus?

Côté immigration, la grande majorité des étrangers qui s'installent en Suisse ont un niveau de formation élevé. Bien loin de coûter à nos finances publiques, ils sont des contributeurs nets tant sur le plan fiscal que sur celui des assurances sociales.

Cela ne va bien sûr pas sans défis. Personne ne les nie. Cette forte croissance nous oblige en particulier à développer nos réseaux routiers et ferroviaires, à intensifier la construction de logements. La croissance doit être accompagnée, mais cette mission est parfaitement réalisable avec une économie saine. Et le cap des 8 millions d'habitants est justement le signe de notre vitalité. Vouloir stopper artificiellement cette évolution serait aussi absurde que de tailler des arbres fruitiers au printemps. Il n'y aurait que des dégâts!