02/08/2012

L'apprentissage, nouvelle voie royale…

La formation en entreprise, par l'apprentissage, est une des forces de l'économie suisse, reconnue loin à la ronde. Et pourtant elle s'essouffle. Le problème ne vient pas des entreprises, qui rechigneraient à embaucher des jeunes, mais tout simplement en raison d'un manque de candidats. Les jeunes préfèrent s'orienter vers des cursus universitaires. Poussés par leurs parents? Ou par les orienteurs professionnels, eux-mêmes le plus souvent issus du sérail académique?

Il est vrai que tous les métiers ne sont pas touchés de la même manière. Les professions médicales n'ont pas de problème à recruter des apprentis. Probablement un effet Dr House… Les places d'apprentis de commerce sont également facilement pourvues, comme toujours.

Les métiers techniques, donc l'industrie en général, peinent en revanche à trouver des intéressés. Il manque actuellement 6500 apprentis dans ces secteurs, qui vont des instruments de précision aux machines. La construction ne séduit guère non plus: la demande y est inférieure aux nombre de places disponibles. Idem dans l'architecture.

Contrairement à ce que beaucoup croient, une formation académique ne constitue pourtant pas une assurance tout risque contre le chômage. Certains pays, comme la France, qui privilégie la voie scolaire depuis des lustres, sont là pour le prouver. Chez nos voisins, un jeune sur deux a été au chômage au moins une fois au cours des trois premières années de sa vie active. Côté salaires, à statut égal, les personnes issues de l'apprentissage sont souvent mieux rétribuées que des universitaires. Tout particulièrement dans l'industrie.

Les professions ont évolué à toute allure ces dernières années, pas seulement dans les métiers ultra-médiatiques de l'informatique et des biotechnologies. L'industrie et la construction savent se montrer particulièrement innovantes: y travailler se révèle passionnant. Le développement des hautes écoles spécialisées (HES, les universités professionnelles) offrent des débouchés et des possibilités de formation supérieure ou de reconversion au moins aussi séduisantes que les universités.

Les secteurs techniques ont certainement une part de responsabilité pour le désintérêt qu'elles suscitent: leurs métiers, les opportunités de carrière, de voyages (oui, les industries sont les internationales de nos entreprises, exportant souvent plus de 90% de leur production), ne sont pas suffisamment mis en avant.

Mais c'est avant tout à l'école et aux parents de prendre conscience de cette réalité. Même s'il a la vie dure, le cliché du Charlot des Temps Modernes ne correspond plus à la réalité suisse, et depuis très longtemps. Réussir et exercer un métier passionnant, ce n'est pas forcément devenir médecin, avocat ou enseignant. Qu'on se le dise, l'avenir est dans l'innovation: mobilité, cleantech, énergie, matériaux… L'avenir est aussi dans les métiers techniques.

01/12/2011

L'obscurantisme menace notre prospérité

Jacques Neirynck a raison! La recherche ne doit pas être bridée sous de fallacieux motifs éthiques. Ou bien il faut en accepter les conséquences, à savoir des pertes d'emplois dans l'industrie ("24 Heures" du 25.11.2011).

 

OGM et génie génétique il y a quelques années, fusion nucléaire aujourd'hui: les velléités d'interdire, ou en tout cas de confiner au strict minimum, la recherche dans certaines branches scientifiques font souvent mouche dans l'opinion publique. Une opinion que l'on effraie à coups de potentiels dérapages cauchemardesques.

 

Mon propos n'est pas de défendre le laisser-faire le plus total dans les laboratoires des universités ou des entreprises. La recherche sur le vivant ou sur les technologies sensibles doit bien évidemment être encadrée par des commissions d'éthique, surveillée, contrôlée. Il en va de notre sécurité, mais aussi de la légitimité des travaux menés par les scientifiques, de leur acceptation.

 

Reste que ces garde-fous posés, toutes les possibilités doivent rester ouvertes. Que le consommateur européen ne veuille pas manger de produits OGM est une chose, il est dans son droit de limiter la commercialisation de ce type d'aliments. Mais au nom de quoi, et surtout de quelle éthique, interdirions-nous de rechercher des solutions scientifiques capables de répondre, dans l'agriculture par exemple, aux défis posés par la désertification de certaines régions par ailleurs en plein essor démographique? La génétique n'est bien entendu qu'une piste parmi d'autres, mais c'est notre devoir de l'explorer.

 

Renoncer volontairement à découvrir de nouvelles techniques est dangereux. C'est de l'obscurantisme. D'un point de vue purement scientifique et théorique tout d'abord, car un tel prosélytisme de l'ignorance librement consentie revient à décréter que nous avons atteint le stade ultime du progrès, stade au-delà duquel menace le chaos dans le meilleur des cas, éventuellement l'apocalypse. Honnêtement, qu'en savons-nous?

 

D'un point de vue plus terre-à-terre, sur le plan économique, cette attitude conduit à nous priver des technologies de demain. Nous? Les Suisses seulement, en fait. Parce qu'il se trouvera de toute manière toujours d'autres pays plus tolérants envers la science. Et ce sont eux qui capitaliseront sur les découvertes, car il y en aura certainement. Revenons vite sur la voie du pragmatisme!

 

16/11/2011

Soutien aux jeunes entreprises: du concret!

Les périodes de marasme économique contraignent les entreprises à s'adapter. Les restructurations en série qui frappent le canton de Vaud et la Suisse depuis le début de l'automne nous le rappellent presque quotidiennement. Le problème du franc fort se superpose à "la crise de croissance" des Etats-Unis et de l'Europe, nos principaux marchés d'exportation. Même la recherche et le développement sont désormais menacés de délocalisation.

 

Réagir au coup par coup, en tentant de préserver l'acquis dans l'attente de la fin de la tempête, est certes nécessaire, mais insuffisant. Il faut voir plus loin, penser à régénérer le tissu industriel local dans un horizon de 10 à 15 ans. L'une des solutions passe par l'encouragement à l'innovation. Ce n'est pas un scoop – tout le monde en parle depuis des années – mais il est temps de transformer les paroles en actes: tout, ou presque, reste à faire pour inciter à investir dans les secteurs porteurs de nouveautés.

 

Des solutions existent. Mon collègue Guy-Philippe Bolay, directeur adjoint à la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie, vient de déposer une motion au Grand Conseil pour booster les investissements des particuliers dans les start-up. La recette: réduire à 1% seulement le taux d'imposition de l'argent injecté dans de nouvelles entreprises qui développent un produit, une technologie ou un processus jusqu'ici inconnu ou inexploité. Condition de base: que ces sociétés soient basées dans le canton, ou y emploient la majeure partie de leur personnel. Cette imposition à taux privilégié pourrait grimper jusqu'à concurrence de la totalité du revenu imposable.

 

Avec son Uni, ses HES, l'EPFL, Vaud dispose d'un vivier d'inventeurs et de scientifiques de très haut niveau. Dans les biotechnologies par exemple, la région s'est hissée dans le trio de tête des centres de compétence mondiaux, aux côtés de Boston ou de Thousand Oaks, en Californie. Et ce n'est qu'un domaine parmi d'autres. Les projets et les idées fourmillent, en informatique, dans les technologies médicales, la chimie... Un coup de pouce fiscal sera le bienvenu pour les faire éclore, pour trouver des gens prêts à investir.