16/04/2012

Médicaments: les fausses bonnes idées du Conseil fédéral

Faire baisser le prix des médicaments pour modérer la hausse des coûts de la santé semble a priori d'une logique implacable. Car tous les acteurs en présence doivent faire un effort de rationalisation: assurés, caisses-maladie, hôpitaux, groupes pharmaceutiques, médecins… Rien à redire là-dessus.

Faut-il donc applaudir sans réserve à la récente décision du Conseil fédéral de faire baisser d'un coup les prix appliqués à des milliers de médicaments?  Et bien non, cette décision visant à économiser 240 millions de francs par an dénote d'une vision à très court terme. Une décision évidemment populaire, mais dangereuse pour l'avenir de la recherche dans notre pays.

L'élaboration des prix des médicaments est plus compliquée qu'il n'y paraît de prime abord. Berne procède en établissant une comparaison avec les prix pratiqués dans six pays (Allemagne, Autriche, Danemark, France, Grande-Bretagne et Pays-Bas) sur la base d'un taux de change révisé tous les trois ans. En 2009, ce taux avait été fixé à 1,52 franc. Dès le premier mai, il passera à 1,29 franc.

On est toujours bien au-dessus du cours réel de 1,20 franc l'euro, direz-vous. C'est juste,  mais les charges des groupes pharmaceutiques en Suisse n'ont pas baissé avec l'affaiblissement de l'euro. On va donc diminuer les prix de produits dont les coûts de fabrication – et surtout de recherche et développement -  n'ont pratiquement pas varié.

Deuxième problème: les prix des médicaments pratiqués en Suisse servent de références aux autorités de régulation du marché de la santé dans des dizaines de pays. La baisse décidée par la Suisse aura donc pour conséquence de faire diminuer les revenus des médicaments à l'étranger. Au bout du compte, l'industrie pharmaceutique évalue que le manque à gagner sera de 1,4 milliard de francs d'ici à 2015, et non de 240 millions de francs. Un tel chiffre montre que la mesure est loin d'être aussi "équilibrée" que le ministre de la santé Alain Berset l'a assuré en argumentant sa décision le 21 mars dernier.

Personne ne conteste que la baisse de l'euro doive être en partie répercutée sur les prix des médicaments. Mais cette décision est trop drastique et nécessite une réévaluation. A Bâle-Ville, berceau de l'industrie pharma helvétique, le Conseil d'État – majoritairement à gauche – a d'ailleurs demandé au Conseil fédéral de revoir sa position.

Développer un médicament coûte largement plus de 1 milliard de francs. Plus de 6 milliards de francs sont injectés chaque année dans la recherche et le développement dans notre pays. Avec 60,2 milliards de francs d'exportations en 2011, soit 30,4% du total, la pharma est l'industrie qui livre le plus de produits à l'étranger parmi tous les secteurs d'activité présents en Suisse.

Tout le monde souffre du franc fort, y compris la pharma. Le canton de Vaud est bien placé pour le savoir puisqu'à la fin de l'an dernier, lorsque Novartis avait alors décidé de cesser de produire dans son usine de Prangins. Une solution a pu être trouvée et a permis la préservation de plusieurs centaines d'emplois et de tout un savoir-faire. Sans concertation, il n'y aurait pas eu de sauvetage. Le Conseil fédéral aurait grand intérêt à s'en souvenir!

15/02/2012

Promotion économique: une pluie de critiques infondée

Quel est le tort du canton de Vaud en matière d'exonérations fiscales pour les entreprises? A entendre, la semaine dernière, les interminables jérémiades des adversaires de la promotion économique, nous aurions fait tout faux. Nous aurions eu tort d'accorder des facilités pour attirer des groupes étrangers, comme le permettait l'arrêté Bonny. Nous aurions d'ailleurs aussi eu tort de sauver les 320 emplois du site Novartis à Prangins…

Il y en a marre de la Schadenfreude! Vaud a agi dans le cadre légal offert à tous les cantons suisses. La Confédération, via le Département fédéral de l'économie, a été associée à toutes les décisions d'implantation d'entreprises étrangères. Ce n'est tout de même pas parce que les résultats de la promotion économique vaudoise sont meilleurs qu'ailleurs qu'il y a forcément inéquité ou dumping…

On peut lire et relire le rapport du Contrôle fédéral des finances qui analyse l'application de l'arrêté Bonny dans quatre cantons (VD, FR, NE et SO), Vaud ne s'est pas comporté en profiteur. Il a su tirer son épingle du jeu, comme Neuchâtel et Fribourg d'ailleurs. Tant mieux pour eux, tant mieux pour nous! Les entreprises qui s'installent investissent dans notre région. Si elles sont exonérées de l'impôt sur les bénéfices, leurs employés en paient sur leurs salaires. Ils consomment ici. L'impact est bénéfique.

Est-il encore nécessaire d'argumenter pour bien souligner d'où l'on vient. Si le bassin lémanique est aujourd'hui souvent décrit comme un eldorado en surchauffe, la situation était bien différente il y a quelques années seulement. Ce n'est qu'en 2005 que le canton a pu s'extirper des chiffres rouges, après pas moins de 16 ans de déficits publics consécutifs. Pratiquement une génération! Ces déficits avaient propulsé la dette à pas loin de 9 milliards de francs.

En six ans, ce fardeau, qui faisait de notre canton le plus endetté de Suisse derrière Genève, a ensuite pu être divisé par plus de quatre. Parallèlement, Vaud est parvenu à diversifier son économie. A accroître ses exportations. A afficher une croissance économique supérieure à la moyenne suisse (alors qu'il était constamment au-dessous dans les années 1990).

Au moment où bon nombre de pays européens, nos clients, sont en récession, le canton aborde la situation dans une forme économique et financière qu'il n'avait plus connu depuis des décennies. Alors que l'austérité est de mise dans la plupart des Etats voisins – et d'ailleurs également certains cantons suisses - Vaud peut même se permettre de planifier sereinement  les indispensables investissements visant à développer ses infrastructures de transport. Ce sont les fruits d'une politique clairvoyante.

Vous n'avez pas entendu cela ces derniers jours? Moi non plus. A force de ne chercher que les petits détails qui ne marchent pas bien, on oublie l'excellent bilan global. On oublie que la région est plus attrayante que jamais, pas seulement pour les sociétés internationales, mais également pour les entreprises locales, les jeunes à la recherche d'un emploi, les sous-traitants, les créateurs d'entreprises. Cette vision blasée du monde est regrettable!

19/01/2012

Novartis ou la preuve par l'acte du partenariat social

L'heureuse issue trouvée chez Novartis à Prangins est une preuve de l'efficacité du partenariat social dans notre canton. Lorsque tout le monde – employés et syndicats, employeur, autorités politiques - se met autour de la table avec la ferme volonté d'aboutir à une solution acceptable par tous, ça marche. Et même mieux que ce que l'on pouvait attendre.

Le site de production et ses 320 emplois ont pu être préservés. Novartis disposera d'un outil de production plus efficace. La région y gagnera des logements. Il faut franchement vouloir à tout prix chercher l'erreur pour se plaindre d'une telle issue. Cheville ouvrière de ce compromis, le conseiller d'Etat Philippe Leuba l'a souligné: "il n'y a au final que des gagnants". Qui aurait prédit cela en novembre dernier?

Les concessions consenties de parts et d'autres en valaient la peine. Elles n'ont pu être possibles que grâce à la flexibilité dont disposent tous les partenaires en présence: flexibilité fiscale pour l'Etat, flexibilité en matière de conditions de travail pour les collaborateurs, flexibilité en termes d'aménagement du territoire pour Prangins, flexibilité stratégique et financière pour Novartis.

Cette souplesse, cette faculté d'adaptation rapide et déterminée, est la marque de fabrique du partenariat social suisse. En gros, c'est l'antithèse de ce que propose l'initiative de la centrale syndicale Travailsuisse réclamant six semaines de vacances pour tous, sur laquelle nous voterons le 11 mars prochain.

Une telle disposition, qui plus est inscrite dans la Constitution, limiterait la marge de manœuvre dont disposent employés et employeurs. Rappelons que dans le cas Novartis, la moitié des collaborateurs, qui étaient au bénéfice de la semaine de 37,5 heures, ont accepté de porter leur horaire à 40 heures. L'acceptation des 6 semaines de vacances effacerait une partie de cette concession. Le compromis négocié pour le site de Prangins tiendrait-il toujours la route?

Un oui à l'initiative sur les six semaines de vacances coûterait cher aux entreprises: 6 milliards de francs en plus au total par an. Il poserait de gros problèmes d'organisation aux petites PME disposant de peu de salariés (beaucoup n'ont même pas 5 semaines de vacances actuellement!). Les employés eux-mêmes ne seraient pas gagnants puisque les équipes devraient faire le même travail en moins de temps. La réalité du terrain montre que l'initiative tient davantage du slogan du 1er mai que d'une revendication sincère, tout particulièrement dans l'incertitude conjoncturelle actuelle!