25/05/2010

"Mühleberg : agitprop à Genève"

Je vous soumets, aujourd’hui, un édito de ma collègue Nathalie Hardyn, directrice adjointe de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève, qui exprime encore mieux que je n'aurais pu le faire les méthodes utilisées par certains élus qui manquent pour le moins d'objectivité en matière énergétique!

"La tournée des vieilles gloires du combat antinucléaire démarre fin mai à Genève. Au programme : une manif de propagande, pardon, une « conférence sur les risques posés par la centrale de Mühleberg ». Sur la scène : un physicien inconnu, président de l’association Fokus Anti Atom, et une « ex-star » des années Contratom. De qui émane cette initiative ? Pas d’une obscure association militante, mais bien du Conseil administratif de la Ville de Genève. La différence ? La réunion ne se tiendra pas sous une tente, mais sous les lambris du Palais Eynard et sera suivie d’une réception chic.

La Ville avait prévenu : elle combattrait la centrale nucléaire de Mühleberg, à la suite de la décision prise par le Conseiller fédéral socialiste Moritz Leuenberger d’accorder à la centrale une autorisation d’exploiter de durée indéterminée. Cette décision est importante. Il est extrêmement regrettable que les autorités municipales aient opté pour la propagande plutôt que pour une information objective, pourtant nécessaire. Le sujet est en effet controversé, qu’il s’agisse de la technologie nucléaire en général ou des fissures sur le manteau de la centrale. Sur ce dernier sujet, mieux vaut – pour qui est ouvert à un autre son de cloche – consulter le site des FMB, propriétaires de Mühleberg.

Quant à la décision prise par le Département fédéral de l’énergie fin 2009, elle n’est pas tombée du ciel, puisqu’elle se fonde sur le rapport établi par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire et la loi sur l’énergie nucléaire. Du reste, cette centrale peut être arrêtée en tout temps si sa sécurité d’exploitation n’est plus garantie. Cela tombe sous le sens.

Quand nous allumons la lumière, nous nous demandons rarement d’où provient le courant. Qui sait que les centrales nucléaires fournissent dans tout le pays, y compris à Genève, 40% de l’électricité consommée ? De plus, la Suisse dispose de 40 ans d’expérience dans cette technologie et ses installations font l’objet d’une surveillance de tous les instants.

Soyons clairs. Il ne s’agit ici pas de faire l’apologie du nucléaire, mais plutôt de réclamer de la part des autorités, même municipales, un minimum d’objectivité. Dans le cas présent, cela aurait pu se faire en donnant aussi la parole aux exploitants de la centrale de Mühleberg. Mais la Ville préfère visiblement l’agitprop.

Nathalie Hardyn
Directrice adjointe de la CCIG"

03/02/2010

Un mix énergétique farceur?

Le débat énergétique a occupé plusieurs de mes dernières interventions. Pour continuer sur ce thème passionnant voire passionnel, je vous propose l'article de Monsieur Clovis Chollet consacré au mix énergétique et publié dans le journal de la CVCI de janvier.

 

"La presse a déjà longuement parlé de «l’affaire des factures d’électricité». Les fournisseurs d’électricité sont désormais obligés d’indiquer à leurs clients la composition de l’électricité qu’ils leur livrent. D’une part, les clients ont pu s’apercevoir que la majeure partie de leur électricité est «d’origine inconnue», et d’autre part, que l’énergie nucléaire n’est jamais mentionnée sur leur facture.

 

Il n’y a donc pas d’énergie nucléaire distribuée en Suisse ? C’est tout de même bizarre étant donné qu’environ 40 % de l’énergie produite dans notre pays est issue de l’atome. Cela voudrait-il dire que nos voisins européens sont tellement pro-nucléaires qu’ils se précipitent pour acheter nos 40 % d’électricité nucléaire ? C’est encore plus improbable.

 

On peut comprendre que les distributeurs ne considèrent pas opportun de mentionner l’énergie nucléaire dans leur mix pour des raisons promotionnelles. Il est vrai que l’atome n’a pas très bonne presse. Cependant, on se heurte ici à une obligation de pragmatisme. L’énergie entre dans les coûts de production. Si elle est trop chère, certaines activités ne se feront tout simplement plus ici. Et il ne s’agit pas seulement d’industries polluantes. La distribution et l’hôtellerie sont aussi de grands consommateurs d’électricité.

 

Il faut arrêter de faire croire aux gens que le nucléaire n’arrive pas dans leurs prises et que le soleil va combler tous nos besoins, comme le proclame la gauche qui veut passer au tout photovoltaïque.

 

Examinons ce moyen de production. Passons sur les problèmes de stockage les jours sans soleil et concentrons-nous sur les coûts et la production. L’énergie photovoltaïque, c’est 65 à 75 cts/kWh. Le nucléaire, 4 à 8 cts/kWh. Un ménage peut éventuellement se permettre de payer la différence, mais pour une entreprise, cela se chiffre en centaines de milliers de francs.

 

La production d’énergie est, par ailleurs, plus qu’insuffisante pour couvrir les besoins de la population et de l’économie. Un simple exemple, le plus grand parc photovoltaïque de notre pays est le Stade de Suisse, le Wankdorf à Berne, 5'000 m2 de panneaux. Sa production totale couvre tout juste 10 % des besoins du seul stade !

 

Dans cette situation, on ne peut que se rallier à la position du Conseil fédéral. Oui, les renouvelables sont un des quatre piliers de la politique énergétique, tout comme l’efficacité énergétique et l’achat de courant à l’étranger, d’ailleurs. Mais la production des grandes centrales suisses est l’indispensable quatrième pilier."

 

29/01/2010

Cette éolienne qui fait brasser du vent

La ville d’Yverdon-les-Bains va installer la première éolienne urbaine à axe verticale de Suisse.

Les média l’ont annoncé ce matin. Son coût : 26'000 francs. Sa production : 1000 à 1500 kW par an soit la moitié de la consommation d’un ménage de quatre personnes selon 24heures ou le tiers selon la RSR.

 

Je salue l’initiative d’Yverdon. Comme l’écrit 24heures, c’est un symbole écologique que va installer la ville du bout du lac. Un véritable pas vers le développement durable du Nord Vaudois. Ces démarches sont capitales pour la recherche et le développement technologique.

 

Mais il faut remettre l’éolienne au milieu du village. Cessons de brasser de l’air et parlons approvisionnement et prix. Combien cela couterait-il d’approvisionner tous les habitants d’Yverdon en énergie éolienne? Faisons le calcul ensemble. Selon le site de la commune, il y avait environ 25'800 habitants au 31 décembre 2008. En admettant qu’ils vivent tous dans un ménage de quatre personnes, on obtient 6450 ménages. Pour avoir le nombre d’éoliennes nécessaires à leur approvisionnement, on multiplie encore ce chiffre par deux ou par trois (consommation d’un ménage selon 24heures ou la RSR), soit 12'900 ou 19'350 éoliennes. En multipliant encore ces chiffres par le prix unitaire de l’éolienne (26'000.-), on obtient un coût total pour Yverdon de 335'400'000.- à 503'100'000.-

 

Un tiers ou un demi-milliard de francs à investir pour assurer l’approvisionnement de la seule commune d’Yverdon.  Et encore, il ne s’agit que de l’approvisionnement théorique, parce qu’on ne peut pas, techniquement, stocker l’électricité produite. Or, les jours sans vent, il faudra toujours allumer sa lumière. Par conséquent, le courant devra venir d’autres sources.

 

Face à cette réalité, la stratégie énergétique en quatre piliers du Conseil fédéral (à savoir : économie d’énergie, contrats d’importation d’électricité et développement des énergies renouvelables) reste encore l’option la plus sage. Investissons dans les renouvelables comme énergies d’appoint mais soyons conscient de leurs coûts et de leurs limites. Pour travailler, cuire notre repas du soir ou encore allumer la lumière, nous avons besoin des grandes centrales hydrauliques et nucléaires. Sinon les jours sans vent et sans soleil, nous ne pourrons allumer ni notre ordinateur, ni notre lumière et encore moins être chauffés.