26/03/2014

Le salaire minimum précarise les emplois non qualifiés

Quel niveau de salaire faut-il pour vivre décemment en Suisse? Un minimum de 4000 francs, comme le propose l'Union syndicale suisse (USS) dans une initiative populaire sur laquelle nous votons le 18 mai? Inscrire un montant dans la Constitution ne permettra pas de répondre à cette question systématiquement mise en avant par les initiants. Un célibataire sans enfants vivra décemment partout en Suisse avec un tel salaire. Objectif atteint. Mais une famille monoparentale comprenant deux enfants ne s'en sortira pas sans aides, notamment pour l'assurance maladie. Là, l'initiative ne résout rien. Pire: elle créerait d'énormes difficultés.

Personne n'est en mesure de dire exactement ce qui se passerait en cas de oui, mais il est évident que les secteurs dans lesquels les revenus sont encore au-dessous de cette limite ne pourraient pas s'adapter en trois ans (comme l'impose l'initiative). Parlons concret, il s'agit du commerce de détail, des restaurants, de l'hôtellerie, des entreprises actives dans le nettoyage, de l'entretien des jardins, de l'agriculture…

Toutes ces branches ne pourraient pas augmenter les prix pour compenser la hausse des salaires. Le consommateur irait voir ailleurs. Vous en doutez? Les Suisses ne se sont-ils pas précipités faire leurs courses en France voisine, en Allemagne et en Italie lors de la flambée du franc face à l'euro en 2011? On peut parier que si le prix des nuitées et des remontées mécaniques (encore un secteur qui emploie bon nombre de personnes à des salaires inférieurs à 4000 francs par mois) flambaient, ils n'hésiteront pas à passer leurs vacances de ski en Autriche ou en France plutôt que dans les Grisons ou les Alpes vaudoises. Et je ne parle pas des étrangers qui ne viendront plus!

Les consommateurs sont extrêmement sensibles aux prix et sont prêts à faire des dizaines de kilomètres chaque semaine pour réaliser de bonnes affaires. L'information circule très vite. La mobilité n'a jamais été aussi élevée. Lorsque les syndicats viennent promettre la main sur le cœur que la hausse des prix qu'impliquerait une hausse des salaires est "parfaitement acceptable", ils font avant tout preuve d'irresponsabilité.

Les emplois les plus précarisés par cette initiative sont justement occupés par les personnes qui ne touchent pas 4000 francs par mois. La spécialisation qu'a connue notre pays a déjà fortement réduit le nombre de postes destinés aux personnes peu ou pas qualifiées proposés dans notre pays. Cette initiative serait le coup de grâce.

Le salaire minimum n'est pas un tabou, loin de là. Certaines branches, comme les machines, certaines entreprises, comme Migros ou Coop, en ont négocié avec les syndicats. Mais les rémunérations de base ne peuvent pas être les mêmes à l'usine, dans un restaurant d'altitude, dans un palace, à l'épicerie et au supermarché. Les solutions doivent être taillées sur mesure, en partenariat avec les syndicats et/ou les représentants du personnel. C'est justement ce que la Suisse a fait jusqu'ici, avec succès: notre chômage est l'un des plus bas du monde. 

Cette initiative apporte plus de problèmes que de solutions. Non! 

08/01/2014

La libre circulation des personnes profite à l'AVS et aux finances publiques!

Il faut une solide mauvaise foi pour remettre en cause l'apport des travailleurs européens dans les assurances sociales, comme le font les partisans de l'initiative UDC "contre l'immigration massive" (sur laquelle nous votons le 9 février). La vérité, c'est qu'en 2012, les ressortissants de l'Union européenne contribuaient pour 22% à l'AVS alors qu’ils ne touchaient que 15,7%.

Les partisans du repli sur soi nous serinent quotidiennement que l'immigration attendue a été largement sous-estimée. C'est une réalité… mais le bilan est largement positif pour les assurances sociales. Preuve en est qu'il y a quelques années de cela, la Confédération s'attendait à ce que l'AVS soit dans les chiffres rouge dès 2015… Grâce à l'immigration, cette échéance est désormais repoussée au-delà de 2020.

Cela s'explique par le profil du personnel étranger recruté par les entreprises suisses: pour la grande majorité, il s'agit d'employés qualifiés, voire hautement qualifiés (on est bien loin des dealers de coke de la Riponne que les initiants agitent souvent comme épouvantails contre l'immigration). Ces travailleurs cotisent bien plus qu'ils ne percevront une fois la retraite venue, ce d'autant plus qu'il leur manquera généralement plusieurs années de cotisations pour avoir droit à une rente complète (il faut en effet pour cela commencer à cotiser à l'âge de 20 ans). Il est donc faux d'affirmer que ce sera la catastrophe le jour où il faudra leur verser leur dû!

Le vrai poison pour l'AVS n'est pas l'immigration. C'est tout le contraire qui est vrai: la fermeture des frontières la tuerait à petit feu. Le nombre d'enfants par ménage suisse n'est pas suffisant pour renouveler la population, tout le monde le sait. Dans un contexte de vieillissement de la population, maintenir la libre circulation des personnes relève donc du bon sens, car il faudra bien trouver du personnel pour prendre notre relève, pour travailler dans les hôpitaux et les EMS. Sans compter qu'il faudra maintenir notre prospérité (que feraient, aujourd'hui déjà, l'industrie horlogère ou l'industrie pharmaceutique sans l'apport des travailleurs européens?).

Cette initiative est complètement à côté de la plaque. Lorsque l'on observe l'évolution des finances publiques vaudoises, on se rend compte que le fort afflux de travailleurs étrangers coïncide avec une nette hausse des rentrées fiscales. C'est un fait, le développement démographique de notre canton a contribué – en partie - à effacer notre dette cantonale. Celle-ci culminait tout de même à 9 milliards de francs il y a moins d'une décennie!

Une acceptation de l'initiative reviendrait à briser la voie bilatérale, qui est un succès économique incontesté et envié par de nombreux pays. Il s'agit là d'un choix de société, d'une tentative de retour dans le passé, que chacun est bien sûr libre de faire. Mais les arguments mensongers ne sont pas acceptables. NON à cette initiative!

03/07/2013

Shops de stations-service, la fin d'une absurdité

Le peuple suisse est appelé à voter sur la suppression d'une aberration le 22 septembre prochain. L'absurdité en question concerne les shops de stations-service situées sur des axes très fréquentés. D'un côté, la loi prévoit des exceptions à l'interdiction du travail de nuit et les autorise à occuper du personnel 24 heures sur 24, pour vendre de l'essence et servir des sandwichs et du café. De l'autre, la législation les prive toutefois de toute dérogation pour des activités purement commerciales. Les employés ne sont donc pas autorisés à vendre des produits qui sont en rayon dans le magasin. La loi permet par exemple de chauffer un panini, mais pour une brosse à dent ou un produit douche, prière d'attendre 5 heures du matin! Bref, les étalages doivent être recouverts ou rendus inaccessibles entre 1 heure et 5 heures.

Le référendum des syndicats contre la suppression de cette situation ubuesque est tout simplement incompréhensible. Personne n'y trouve son compte: ni les employés, qui travaillent de toute manière déjà de nuit, ni les stations-service, ni les clients. Les opposants à l'ouverture non-stop dénoncent à grands cris une libéralisation des horaires d'ouverture des commerces. Mais nous parlons en réalité d'un peu plus de 20 stations-service en tout et pour tout!

La révision de la loi sur le travail soumise à votation relève du simple bon sens. Le trafic motorisé est aujourd'hui beaucoup plus important qu'il y a 20 ans, tout particulièrement sur les grands axes de transit, nord-sud et est-ouest, également la nuit. Il existe désormais une clientèle – qu'elle soit touristique ou constituée d'habitants résidants en Suisse – qu'on ne peut simplement renvoyer aux horaires d'ouverture "réguliers" en invoquant de purs principes. Pourquoi un serveur de bar qui rentre de son travail à 3h30 du matin – ou un touriste de passage - n'aurait-il pas le droit d'acheter quelques produits pour le lendemain à un employé de shop qui est de toute manière présent derrière le comptoir pour encaisser son plein d'essence?

L'argument selon lequel cette toute petite concession dans les horaires d'ouverture des magasins constituerait une première étape visant à supprimer l'interdiction du travail de nuit ne tient pas la route. Il est totalement exagéré. Les syndicats auront en effet tout loisir de lancer un référendum si une véritable extension des horaires d'ouverture des commerces devait être acceptée par le parlement. La révision de la loi sur laquelle nous votons ne propose aucune libéralisation générale. Elle ne changera quasiment rien pour les employés tout en répondant aux attentes d'une large clientèle. Un oui s'impose dans les urnes le 22 septembre!