04/09/2013

Négociations salariales: ce qu'il ne faut pas oublier…

La période des négociations salariales démarre en Suisse. Et les syndicats y vont comme chaque rentrée de leurs revendications, les hausses réclamées allant de 1,5% à 2% (Union syndicale suisse). Juste niveau? Une chose est sûre, la perception de l'augmentation des salaires est faussée par l'inflation. Lorsque cette dernière était de 3% et que les revenus étaient adaptés de 3%, la grande majorité des employés s'estimaient satisfaits. Ils ne gagnaient pourtant rien de plus, puisque les prix avaient augmenté d'exactement le montant de leur hausse!

Au moment de toucher sa paie, une hausse de 1% ou moins peut sembler chiche, à première vue. Mais prenons le cas concret de 2012. Les salaires ont augmenté en moyenne de 0,8% en Suisse. Dans le même temps, l'inflation s'est inscrite en baisse annuelle moyenne de 0,7%. Résultat, le pouvoir d'achat des actifs s'est accru de 1,5%, indiquait l'Office fédéral de la statistique il y a quelques mois.

La situation ne devrait pas être différente cette année. L'inflation est une nouvelle fois attendue en recul, de 0,3%, selon les projections de la Banque nationale suisse (BNS). Nous n'avons pas encore les chiffres définitifs des augmentations salariales qui ont été consenties pour 2013, mais elles devraient avoir été, en moyenne, du même niveau qu'en 2012. La progression du pouvoir d'achat a donc continué.

Alors que faire pour 2014? Premier constat: toutes les entreprises ne sont pas dans la même situation économique. Certaines affichent d'excellents résultats et ont des perspectives solides, leur permettant de donner des augmentations substantielles, alors que les affaires de certaines autres, par exemple dans l'industrie des machines, se sont clairement tassées ces derniers mois. Viser des hausses générales, même par branche, serait une erreur. Le meilleur moyen est de négocier reste de le faire entreprise par entreprise.

Deuxième constat: l'inflation ne devrait pas s'emballer l'an prochain puisque la BNS n'attend qu'une progression des prix de 0,2%. Cette perspective est d'excellent augure pour la poursuite de l'amélioration du pouvoir d'achat.

Dernier constat: les salaires réels augmentent moins rapidement dans les pays voisins. En France, la progression du pouvoir d'achat n'a été que de 0,1% en 2012 (+2,1% pour les salaires auxquels il faut soustraire 2% d'inflation)  tandis qu'elle était de 0,8% en Allemagne (+2,8% pour les salaires avec une inflation de 2%). Avec ses rémunérations élevées et un franc toujours surévalué, la Suisse a déjà de la peine à maintenir sa compétitivité. Il faut veiller à ne pas accroître les déséquilibres. Car au bout du compte, le meilleur moyen de préserver les intérêts des employés consiste à assurer la prospérité des entreprises.

Savant dosage! Le partenariat social, avec des négociations sur le terrain, et des salaires différenciés en fonction des entreprises et des régions, a jusqu'ici permis de l'établir au mieux. Que resterait-il donc à négocier si nous avions un salaire minimal à 4000 francs partout ou une règle du type 1:12 (plafonnant le plus haut salaire annuel à 12 fois le plus bas)? Quelques détails. A côté du processus de négociations salariales de l'automne, ces questions sont aujourd'hui essentielles puisqu'elles sont au menu de votations prochaines (24 novembre pour 1:12, 2014 pour le salaire minimum). Quel modèle nous promet la meilleure réussite? Nous aurions tort de nous engager sur la voie du tout réglementaire!

07/08/2013

Les vacances, la Côte d'Azur, le fisc et la Suisse

Les vacances. L'occasion de faire une pause. On pense laisser derrière soi les préoccupations professionnelles, la politique cantonale et fédérale, les grands dossiers portant sur l'avenir de notre pays. Et patatras! Un café pris sur une terrasse, la conversation de deux personnes à une table voisine nous ramène en Suisse, à la réalité, en une fraction de seconde.

Je ne résiste pas à la tentation de vous rapporter les propos échangés entre deux dames, entendus bien involontairement sur la terrasse du Sénéquier à St-Tropez, il y a quelques jours à peine. Je vous donne le dialogue de mémoire, donc résumé, mais je vous garantis qu'il est authentique sur le fond:

-       Dame 1: Nous n'en pouvons plus. Cette fois c'est décidé, nous déménageons. Nous quittons la France.

-       Dame 2: Ah oui! Pourquoi?

-       Dame 1: Le fisc vient de nous imposer un nouveau redressement fiscal. Il a réévalué cinq fois la valeur des immeubles que nous possédons à Paris. Si nous voulons payer ces nouveaux impôts, il faudra chaque année vendre un appartement et donc finir par tout perdre. On a décidé de tout vendre et de partir avec notre fortune à Lisbonne. Nous sommes cinq familles à le faire

-       Dame 2: Lisbonne? Pourquoi pas en Belgique ou en Grande-Bretagne? Les étrangers y bénéficient de régimes fiscaux particulièrement intéressants…

-       Dame 1: Tous calculs faits, Lisbonne est en réalité bien plus avantageux fiscalement, par le prix de l'immobilier et de plus le salaire minimum n'est qu'à 500 euros, nous pourrons occuper davantage de personnel de maison (…) 

Sur le moment même -  et encore plus en y repensant plus tard – cet échange m'a confortée dans la démonstration que trop d'impôts fait fuir. Mais surtout, ces propos m'ont interpellée au plus haut point. En premier lieu, la Suisse n'a à aucun moment (aucun!) été évoquée comme un lieu potentiel de déménagement pour cette personne manifestement très fortunée. Le mythe du paradis fiscal en prend un sacré coup. Bon nombre de pays de l'Union européenne sont manifestement beaucoup plus attractifs que nous pour les grandes fortunes et/ou les hauts revenus.

En dernier lieu, je dois avouer que l'histoire du salaire minimum m'a choquée. Un tel argument lorsque l'on est fortuné est assez mesquin. Elle est toutefois révélatrice des effets pervers que crée une telle réglementation. En l'occurrence, ce minimum est manifestement perçu par la dame comme le "juste" salaire – ou en tout cas le salaire non négociable qu'elle proposera, et qui a toutes les chances de trouver preneur dans un pays où le chômage dépasse les 17% - aux employés qu'elle occupera.

A méditer en Suisse, où nous voterons l'an prochain sur une initiative demandant un salaire minimum à 4000 francs. Qu'apporterait cette obligation chez nous à ceux qui gagnent (un peu) plus et qui perdent leur emploi, qui doivent déménager et trouver un nouveau job, qui reviennent sur le marché de l'emploi après une pause? Vous voulez prendre le risque?

17/07/2013

Débat sur les salaires: la Suisse est très égalitaire!

Le débat sur l'initiative Minder, s'éternisant pendant des années, avait fini par semer la confusion en Suisse. A écouter certains milieux, notre pays évoluait vers une sorte de ploutocratie où les écarts salariaux ne faisaient que s'accroître. Avec des pauvres qui deviennent toujours plus pauvres et des riches toujours plus riches. A force d'être répétée, une affirmation erronée prend la forme d'une vérité, c'est bien connu. Sauf que cette vérité est cette fois-ci contredite par des chiffres.

"La Suisse se trouve parmi les pays les plus équitables du monde. Ses trois grands voisins connaissent des inégalités plus profondes": les conclusions de l'enquête menée par Avenir Suisse sont formelles. Les chercheurs de la fondation ont constaté que "depuis 1998, le revenu national par habitant a augmenté de 17,7 %". Mieux: "tout le monde a profité de cette croissance; et en termes de pourcentage, ce sont les ménages pauvres qui en ont tiré le plus grand bénéfice." Pour qui s'intéresse au débat sur les salaires, un coup d'œil à cette étude permet de remettre certaines pendules à l'heure.

Mais dans le fond, ces résultats sont-ils vraiment surprenants? Notre pays ne compte que 2,9% de chômage (juin) alors ce taux est de 12,2% (mai) dans la zone euro et que plus d'un jeune sur deux est sans emploi dans le sud de l'Europe. La croissance du PIB se maintient alors que tous nos voisins ont traversé un trou d'air ou sont en récession, en même temps que leur dette publique explose.

Mais il faut aussi aller au-delà de ces données générales. Sur le terrain. Là, nos entreprises forment les jeunes par la pratique. Le système de l'apprentissage est un modèle d'intégration. Il est le meilleure remède contre l'émergence de castes d'élites formées dans les grandes écoles - comme en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis - dominant la grande troupe de ceux qui ont suivi la voie normale. Notre système de formation duale est égalitaire et cela se retrouve ensuite dans la structure des salaires. Des salaires qui sont fixés par les entreprises, le cas échéant avec la participation des représentants des employés ou des syndicats. Mais sans intervention de l'Etat!

Or c'est justement cela que la gauche voudrait changer aujourd'hui avec son initiative 1:12 (qui veut limiter le salaire le plus élevé à 12 fois la rémunération la plus basse dans une société) ou un salaire minimum à 4000 francs. De telles mesures auraient pour conséquence de modifier une mécanique qui fonctionne très bien. Les chiffres nous prouvent que nous sommes beaucoup plus égalitaires que la plupart des pays qui ont connu des années de pouvoir socialiste (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne…) et de recettes interventionnistes.

Qu'apporterait l'initiative 1:12? Elle porterait en tous les cas un coup violent au partenariat social, puisque l'Etat deviendrait partie prenante de la politique salariale des entreprises, et cela même dans les entreprises qui ne sont pas concernées parce que les salaires des dirigeants sont largement inférieurs à 12 fois le plus bas revenu. Tous devraient prouver préalablement qu'ils respectent la loi. Rappelons que l'Etat n'est jamais intervenu jusqu'ici dans la politique salariale, exception faite pour les quelques conventions collectives de travail (CCT) déclarées de force obligatoire.

L'étude d'Avenir Suisse est une bonne occasion de discuter du fond de la question posée par l'initiative 1:12. Les chiffres démontrent qu'elle est parfaitement inutile. Et dangereuse!