19/03/2014

Soins dentaires gratuits dans le canton de Vaud? Le principe de l'arrosoir, par l'absurde

Dentiste gratuit dans le canton de Vaud pour tous les retraités, toutes les personnes sans activité lucrative, tous les étudiants. La facture? A adresser aux employés et aux employeurs qui pourraient se voir prélever une nouvelle ponction de 1% sur les salaires (0,5% pour les entreprises et 0,5% pour les employés). Non, ce n'est pas un mauvais gag, cette idée a été formalisée dans une initiative populaire lancée le 4 mars par la gauche.

Les initiants vont du POP aux socialistes en passant par les syndicats et les Verts. Ils évaluent l'ardoise totale entre 254 et 355 millions, excusez du peu. Leur texte ne mentionne pas un taux précis de cotisation, mais celui-ci pourrait grimper osciller entre 0,47 et 0,65%, selon leurs estimations. Vous noterez que pour un salarié qui gagne 6000 francs par mois, il lui en coûtera 522,60 par an si le taux appliqué est de 0,65% et sur la base de treize salaires (somme à laquelle il faut ajouter les 522,60 francs de son patron, soit un total 1045,20 francs).

N'est-ce pas un peu cher? Selon les initiants, chaque personne dépense en moyenne 450 francs par an pour ses soins dentaires. Le système proposé obligera donc le salarié vaudois ordinaire (celui qui touche le salaire médian et tous ceux qui sont au-dessus, soit 50% des actifs) à payer deux fois plus (2,3 fois pour être précis) que ce qu'il consomme chez le dentiste. Est-ce correct?

Si l'initiative proposait une assurance dentaire obligatoire pour tous, nous pourrions encore entrer en débat sur le fait d'une nécessaire solidarité entre assurés, car c'est ainsi que marchent les assurances (mais je suis d'avis que l'assurance dentaire doit rester facultative). Ce n'est pas du tout la question ici. La gauche nous propose d'offrir le dentiste aux 743'000 habitants du canton et de faire payer la note par les 350'000 emplois recensés dans le canton. Point barre.

Les initiants parlent d'équité. Mais où est-elle? Pourquoi les retraités et les étudiants ne devraient-ils pas payer eux-mêmes leurs soins dentaires? Quelle est la justification? Ils doivent bien payer leur assurance-maladie, non? Sur leur site, les promoteurs de l'initiative expliquent que "dans la région lémanique, 5% des personnes renoncent à des soins dentaires pour des raisons financières". Plutôt que de réfléchir à des moyens ciblés destinés à ces 5%, la gauche nous propose donc de dépenser entre 250 et 350 millions de francs par an. Facile, comme cela on ne ratera personne.

La logique est bien évidemment plus fumeuse, elle vise à étatiser le système des soins dentaires. L'initiative prévoit d'ailleurs de créer des polycliniques dentaires dans chaque région. On imagine sans problème que si un tel texte devait passer, les dentistes devront par ailleurs être agréés par le canton pour que les frais de leurs patients soient remboursés. Le vôtre le sera-t-il? Si ce n'est pas le cas, vous pourrez toujours aller à la polyclinique…

08/01/2014

La libre circulation des personnes profite à l'AVS et aux finances publiques!

Il faut une solide mauvaise foi pour remettre en cause l'apport des travailleurs européens dans les assurances sociales, comme le font les partisans de l'initiative UDC "contre l'immigration massive" (sur laquelle nous votons le 9 février). La vérité, c'est qu'en 2012, les ressortissants de l'Union européenne contribuaient pour 22% à l'AVS alors qu’ils ne touchaient que 15,7%.

Les partisans du repli sur soi nous serinent quotidiennement que l'immigration attendue a été largement sous-estimée. C'est une réalité… mais le bilan est largement positif pour les assurances sociales. Preuve en est qu'il y a quelques années de cela, la Confédération s'attendait à ce que l'AVS soit dans les chiffres rouge dès 2015… Grâce à l'immigration, cette échéance est désormais repoussée au-delà de 2020.

Cela s'explique par le profil du personnel étranger recruté par les entreprises suisses: pour la grande majorité, il s'agit d'employés qualifiés, voire hautement qualifiés (on est bien loin des dealers de coke de la Riponne que les initiants agitent souvent comme épouvantails contre l'immigration). Ces travailleurs cotisent bien plus qu'ils ne percevront une fois la retraite venue, ce d'autant plus qu'il leur manquera généralement plusieurs années de cotisations pour avoir droit à une rente complète (il faut en effet pour cela commencer à cotiser à l'âge de 20 ans). Il est donc faux d'affirmer que ce sera la catastrophe le jour où il faudra leur verser leur dû!

Le vrai poison pour l'AVS n'est pas l'immigration. C'est tout le contraire qui est vrai: la fermeture des frontières la tuerait à petit feu. Le nombre d'enfants par ménage suisse n'est pas suffisant pour renouveler la population, tout le monde le sait. Dans un contexte de vieillissement de la population, maintenir la libre circulation des personnes relève donc du bon sens, car il faudra bien trouver du personnel pour prendre notre relève, pour travailler dans les hôpitaux et les EMS. Sans compter qu'il faudra maintenir notre prospérité (que feraient, aujourd'hui déjà, l'industrie horlogère ou l'industrie pharmaceutique sans l'apport des travailleurs européens?).

Cette initiative est complètement à côté de la plaque. Lorsque l'on observe l'évolution des finances publiques vaudoises, on se rend compte que le fort afflux de travailleurs étrangers coïncide avec une nette hausse des rentrées fiscales. C'est un fait, le développement démographique de notre canton a contribué – en partie - à effacer notre dette cantonale. Celle-ci culminait tout de même à 9 milliards de francs il y a moins d'une décennie!

Une acceptation de l'initiative reviendrait à briser la voie bilatérale, qui est un succès économique incontesté et envié par de nombreux pays. Il s'agit là d'un choix de société, d'une tentative de retour dans le passé, que chacun est bien sûr libre de faire. Mais les arguments mensongers ne sont pas acceptables. NON à cette initiative!

11/12/2013

Caisse-maladie unique: tout le monde y perdrait au change!

Qu'apporterait aux assurés l'instauration d'une caisse-maladie unique? En tout cas pas des primes plus basses! Les initiants eux-mêmes ne le promettent pas, car un tel big bang (sur lequel nous voterons l'an prochain) générerait des frais de restructuration – sans compter la mise au chômage de centaines de collaborateurs - qu'il faudrait des années pour amortir. Une fois ces charges digérées, rien ne nous assure ensuite que l'assurance-maladie fédérale soit gérée de manière plus efficace que les 60 caisses actuellement actives dans l'assurance de base. Le pari n'en vaut pas la chandelle.

Peut-on alors au moins attendre davantage d'efficacité? C'est très peu probable. On peut même affirmer que cela tiendrait de l'impossible. Car les monopoles n'apportent la plupart du temps rien aux consommateurs, si ce n'est l'absence de choix. Pour qui en douterait, il suffit de se remémorer le secteur des télécommunications avant la libéralisation intervenue dans les années 1990: les tarifs étaient beaucoup plus élevés, l'innovation inexistante et les appareils étaient chers et disponibles uniquement dans les points de vente agréés! Une sorte de préhistoire que les plus jeunes ne peuvent même pas imaginer.

C'est pourtant ce retour vers le passé que laisse miroiter la caisse unique. Le patient, lui, aurait tout à perdre. Prenez l'exemple du Canada ou de la Grande-Bretagne, qui connaissent un régime de couverture maladie centralisé: la règle est celle de la liste d'attente. Vous avez besoin de suivre une physiothérapie après un accident? Pas de problèmes… première séance dans six mois. Votre état de santé nécessite une intervention chirurgicale indispensable (et vitale)? Oui… dans un an. Que voulez-vous, s'entendent répondre les patients, le système est ainsi fait que personne n'est privilégié! A moins bien sûr d'avoir les moyens de se payer des complémentaires très coûteuses.

Il ne faut pas se voiler la face, la caisse unique nous conduirait tout droit vers ces modèles. La volonté de créer une structure centralisée relève de la croyance aveugle dans les bienfaits d'un secteur public idéalisé. Actuellement, les frais d'administration des assureurs-maladie suisses sont de l'ordre de 5%. Peu? Beaucoup? Ils sont deux fois plus élevés à la Suva (entreprise de droit public) et à l'assurance chômage (chiffres 2011)!

Faire croire à des économies avec la caisse unique est une duperie. Le service ne sera pas amélioré. Et les perspectives de prises en charge des assurés ne peuvent que se détériorer. La santé est trop importante pour qu'on galvaude sa gestion. La concurrence, comme nous la connaissons actuellement, est la meilleure garante de services efficaces. Nous n'aurions rien à gagner à nous livrer pieds et poings liés à une caisse publique.