11/05/2016

Non à une initiative "en défaveur" du service public!

Empêcher La Poste, les CFF ou Swisscom de faire des bénéfices améliorerait-il leurs prestations de base? Leur interdire de financer des services déficitaires par d'autres plus rentables est-il dans l'intérêt des consommateurs? Non, deux fois non. L'initiative "en faveur du service public" soumise à votation le 5 juin prochain propose pourtant d'administrer un remède de cheval à des sociétés qui doivent aujourd'hui s'adapter à des vitesses jamais connues dans leur histoire.

Cette initiative issue des magazines "Bon à Savoir" et "K-Tipp" n'a le soutien d'aucun parti. Elle n'a obtenu aucune voix en sa faveur - pas même un doute, une petite abstention - lors des votes aux Chambres fédérales. Et pour cause: tout le monde s'accorde à constater que le texte est extrêmement mal formulé. Ses promoteurs prétendent que les subventionnements croisés – par exemple renflouer les RER déficitaires de plaine grâce aux grandes lignes – restent possible? Le texte de leur initiative (l'alinéa 2) laisse pourtant toutes les interprétations ouvertes.

Quant aux bénéfices… "ne pas viser de but lucratif", comme le réclament les initiants, n'interdit effectivement pas formellement tout profit. Mais cette obligation constitutionnelle limiterait drastiquement la marge de manœuvre des entreprises alors que La Poste, les CFF et Swisscom doivent pouvoir être en mesure de planifier des investissements et des innovations de manière autonome pour satisfaire leur clientèle.

Les priver de ressources financières propres obligerait la Confédération à devoir financer les infrastructures par des subventions. Le contribuable paierait ce que le client économiserait, si tant est qu'il économise quelque chose. Le résultat serait-il plus efficace? Les investissements plus pertinents? Répondons par une question… est-ce que la réalisation des infrastructures routières, prenons le contournement autoroutier de Morges, qui est du ressort du seul politique, sans visée lucrative, se démarque par son efficacité?

Conséquences inverses possibles

La Poste est aujourd'hui souvent critiquée parce qu'elle ferme des bureaux (la clientèle migre sur Internet…), les CFF parce qu'ils sont bondés ou en retard. Mais nous ne votons pas là-dessus! L'initiative se concentre sur la limitation de la marge de manœuvre financière de sociétés publiques confrontées, comme toutes les entreprises privées, à des changements de mode de consommation constants et de plus en plus rapides. Leur proposition, si elle était adoptée, aurait en réalité pour conséquence inévitable… d'accélérer la fermeture de bureaux et de relancer le débat sur l'opportunité de maintenir certaines lignes ferroviaires déficitaires.

Des services de qualité nécessitent des moyens, et une adaptation des moyens aux objectifs, alors que cette initiative demande exactement le contraire: continuer à servir le consommateur avec moins de ressources. Elle est illogique. La Suisse est réputée pour ses infrastructures de qualité sur l'ensemble du territoire. NON à cette initiative le 5 juin 2016!

11/11/2015

Franc fort: les entreprises s’adaptent… reste à restaurer la sécurité du droit

L’année 2015 restera gravée comme un exercice difficile pour les entreprises vaudoises. Presque 60% des sociétés industrielles membres de la CVCI – une sur deux dans les services - ont dû adapter leurs prix à la baisse, en raison de la force du franc. Cette mesure a souvent été accompagnée d’une réorientation des achats. Et aussi, malheureusement, de suppressions d’emplois pour un quart des entreprises industrielles et un cinquième dans les services.

La bonne nouvelle, c’est que personne ne semble avoir baissé les bras: 46% des sociétés de services qui ont répondu à l’enquête conjoncturelle d’automne de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) assurent avoir réagi en prospectant de nouveaux clients et de nouveaux marchés. Cette proportion dépasse un tiers dans l’industrie. Quant aux prévisions en matière d’investissement, elles sont pour la première fois à la hausse depuis cinq ans!

L’enquête fait ressortir que les entreprises vaudoises ont finalement mieux traversé le séisme provoqué par l’abandon du cours plancher du franc face à l’euro que ce qu’elles redoutaient au printemps dernier. Leur excellente faculté d’adaptation n’est sans doute pas étrangère à cette résistance. Mais le bon fonctionnement du partenariat social, qui a notamment permis à de nombreuses sociétés de négocier avec leurs employés des horaires allongés, a également joué un rôle primordial. Il n’y a pas une seule et bonne solution lorsque l’environnement économique vacille; toutes les mesures permettant d’améliorer la rentabilité, et donc d’assurer les meilleures chances de maintien des emplois, sont les bienvenues.

Cette flexibilité restera essentielle ces prochains mois, car près d’une société industrielle sur deux et d’une entreprise de service sur trois estiment que la marche des affaires restera mauvaise à médiocre au-delà du premier trimestre 2016. Une petite minorité seulement (un cinquième dans les services et 13% dans l’industrie) juge la situation positive.

Agir de manière ciblée

Il est possible d’enrayer la baisse des affaires et d’éviter l’engrenage des délocalisations. Pour ce faire, il faudra continuer d’agir par le biais de mesures ciblées. Le recours au partenariat social, avec des mesures temporaires, restera essentiel. Les entreprises ont également tout intérêt à miser sur l’innovation. La Suisse doit sa richesse à son positionnement sur des secteurs de niche – le canton de Vaud n’est pas en reste - et cela sera encore plus vrai demain qu’aujourd’hui. Dans cette optique, les entreprises ne doivent pas hésiter, par exemple, à recourir aux soutiens de la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI).

Mais cela ne suffira pas. Les élections sont maintenant passées et le Conseil fédéral ainsi que les Chambres doivent prendre en mains les dossiers essentiels pour l’économie. Je parle évidemment là de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) et de l’avenir des bilatérales. Il s’agit de restaurer la sécurité du droit, à long terme. C’est là la base de notre succès!

04/11/2015

Bureaucratie: visons les bonnes cibles

Faut-il rendre facultative la participation des PME suisses comptant moins de 50 employés aux récoltes de données statistiques? Ou carrément abandonner toute statistique qui les concerne? Une motion allant dans ce sens a été adoptée en septembre dernier aux Chambres fédérales. L’idée est de lutter contre la bureaucratie, ce qui est incontestablement louable… Mais là, on se trompe de problème.

Plus on dispose d’informations pour prendre ses décisions, meilleures sont nos chances de succès. Il n’est pas raisonnable de croire qu’on puisse aider les PME sans connaître leurs besoins spécifiques, par exemple en matière de ressources humaines. Les données sur les salaires sont des indicateurs permettant aux sociétés de se comparer à la concurrence. Tout comme les chiffres d’affaires du commerce de détail ou les commandes dans l’industrie. Qu’y gagnerait-on à ne plus en disposer?

Selon le dernier recensement des entreprises, 97,6% des entreprises suisses comptent moins de 50 collaborateurs. Ces quelques 305’000 sociétés occupent 47% des collaborateurs que compte la Suisse. Si on éteint la lumière sur cet énorme pan de notre économie, les statistiques ne voudront plus dire grand-chose. On ne se concentrera plus que sur les 6000 entreprises qui ont entre 50 et 250 employés et sur les 1100 qui en ont plus de 250. Mieux vaudrait alors abandonner toute statistique… Mais ce serait une énorme erreur. Aucun chef d’entreprise ne prend de décision commerciale sans étude préalable sérieuse.

Un précédent révélateur

En 2003, l’Office fédéral de la statistique (OFS) avait supprimé les statistiques des nuitées hôtelières. 2004 avait été l’année du «pifomètre» dans la branche… qui s‘était rapidement organisée elle-même pour relancer cette statistique dès 2005. Mieux vaut savoir où l’on va si on veut s’adapter à la clientèle; cette évidence avait alors sauté aux yeux.

Il y a sans aucun doute des améliorations à apporter dans la récolte des données, qui sont parfois pesantes. Une meilleure coordination est aussi indispensable. Mais nous priver d’informations fiables et essentielles sur la quasi- totalité des entreprises nous coûterait bien plus cher que les économies de coûts administratifs que cette mesure est censée nous apporter.