08/01/2014

La libre circulation des personnes profite à l'AVS et aux finances publiques!

Il faut une solide mauvaise foi pour remettre en cause l'apport des travailleurs européens dans les assurances sociales, comme le font les partisans de l'initiative UDC "contre l'immigration massive" (sur laquelle nous votons le 9 février). La vérité, c'est qu'en 2012, les ressortissants de l'Union européenne contribuaient pour 22% à l'AVS alors qu’ils ne touchaient que 15,7%.

Les partisans du repli sur soi nous serinent quotidiennement que l'immigration attendue a été largement sous-estimée. C'est une réalité… mais le bilan est largement positif pour les assurances sociales. Preuve en est qu'il y a quelques années de cela, la Confédération s'attendait à ce que l'AVS soit dans les chiffres rouge dès 2015… Grâce à l'immigration, cette échéance est désormais repoussée au-delà de 2020.

Cela s'explique par le profil du personnel étranger recruté par les entreprises suisses: pour la grande majorité, il s'agit d'employés qualifiés, voire hautement qualifiés (on est bien loin des dealers de coke de la Riponne que les initiants agitent souvent comme épouvantails contre l'immigration). Ces travailleurs cotisent bien plus qu'ils ne percevront une fois la retraite venue, ce d'autant plus qu'il leur manquera généralement plusieurs années de cotisations pour avoir droit à une rente complète (il faut en effet pour cela commencer à cotiser à l'âge de 20 ans). Il est donc faux d'affirmer que ce sera la catastrophe le jour où il faudra leur verser leur dû!

Le vrai poison pour l'AVS n'est pas l'immigration. C'est tout le contraire qui est vrai: la fermeture des frontières la tuerait à petit feu. Le nombre d'enfants par ménage suisse n'est pas suffisant pour renouveler la population, tout le monde le sait. Dans un contexte de vieillissement de la population, maintenir la libre circulation des personnes relève donc du bon sens, car il faudra bien trouver du personnel pour prendre notre relève, pour travailler dans les hôpitaux et les EMS. Sans compter qu'il faudra maintenir notre prospérité (que feraient, aujourd'hui déjà, l'industrie horlogère ou l'industrie pharmaceutique sans l'apport des travailleurs européens?).

Cette initiative est complètement à côté de la plaque. Lorsque l'on observe l'évolution des finances publiques vaudoises, on se rend compte que le fort afflux de travailleurs étrangers coïncide avec une nette hausse des rentrées fiscales. C'est un fait, le développement démographique de notre canton a contribué – en partie - à effacer notre dette cantonale. Celle-ci culminait tout de même à 9 milliards de francs il y a moins d'une décennie!

Une acceptation de l'initiative reviendrait à briser la voie bilatérale, qui est un succès économique incontesté et envié par de nombreux pays. Il s'agit là d'un choix de société, d'une tentative de retour dans le passé, que chacun est bien sûr libre de faire. Mais les arguments mensongers ne sont pas acceptables. NON à cette initiative!

04/12/2013

Femmes, emplois, enfants, immigration: il faut regarder en avant!

Il y a quelque chose de schizophrénique du côté des milieux qui critiquent le coût des crèches tout en prônant des restrictions à l'immigration. En s'en prenant aux charges des structures d'accueil pré-scolaires ("Le Matin Dimanche" du 1er décembre 2013), ils veulent apparemment rendre plus difficile l'accès au marché du travail pour les mères de famille. Et cela tout en s'employant à compliquer l'embauche de main-d'œuvre européenne avec leur initiative contre "l'immigration massive" sur laquelle nous voterons le 9 février prochain. Qui fera donc le travail dans les entreprises?

On ne le répétera jamais assez, nous avons en Suisse la chance d'avoir une économie qui fonctionne, qui crée des emplois et assure des perspectives d'avenir à l'immense majorité des jeunes, ce qui est bien loin d'être le cas dans la plupart des pays européens (France, Allemagne, Espagne, Portugal, Italie…). Ce dynamisme se traduit par une demande en main-d'œuvre toujours plus forte. Cela ne peut bien sûr pas aller sans adaptations. Favoriser au maximum le travail des femmes en est une.

Pour ce faire, le moyen le plus simple reste de promouvoir la création de structures d'accueil pour la petite enfance ainsi que pour les enfants qui vont à l'école. La meilleure preuve qu'un tel investissement peut être rentable en termes de gestion des ressources humaines nous est d'ailleurs donnée par les entreprises qui ont créé leur propre crèche. Ou par celles qui financent des places dans des crèches existantes. Ce modèle devrait être davantage soutenu (voir mon blog sur ce sujet).

Ceux qui s'attaquent aux crèches ne font en fait que pousser les entreprises (au sens large, en y incluant par exemple les hôpitaux) à aller recruter encore davantage au-delà de nos frontières. Question: que veulent-ils exactement? Les femmes à la maison et le retour des travailleurs étrangers chez eux? On revient toujours au même problème insoluble: qui fera le travail qui assure aujourd'hui notre prospérité? Le repli sur soi, que ce soit sur un modèle familial révolu ou sur celui d'une Suisse fermée (qui n'a en réalité jamais existé), n'est pas une perspective d'avenir. Il ne nous promet qu'une régression.

Les plus fervents critiques de la libre-circulation devraient au moins se rendre compte que  privilégier l'insertion des femmes dans le monde du travail est le meilleur moyen de limiter la venue en Suisse de travailleurs européens. Et cela sans un arsenal bureaucratique tel que la réintroduction des contingents. Sans la perspective d'un isolement de la Suisse au milieu du continent.

02/10/2013

Les cinq nuages qui planent sur l'économie lémanique

Philip Morris a annoncé lundi une restructuration qui pourrait entraîner 140 suppressions d'emplois à Lausanne. Yahoo faisait savoir il y a un mois qu'il quittait Rolle, pour se relocaliser à Londres et Dublin. On apprenait lundi que le géant américain de l'énergie Foster Wheeler a déménagé discrètement son siège opérationnel de Genève à Londres.

Espérons que la liste des mauvaises nouvelles de la rentrée en reste là! Cela dit, nous serions peu avisés d'attendre en restant les bras croisés, sûrs et certains que la qualité exceptionnelle de nos paysages et de notre cadre de vie en général suffira pour l'éternité à attirer les plus grandes sociétés internationales dans la région. Comme la forme physique, l'attractivité d'une région est une chose qui se cultive constamment.

Les nouvelles de ces derniers jours nous rappellent que les nuages pointent de plus en plus méchamment à l'horizon, après une décennie de succès ininterrompus. J'en dénombre cinq:

  • La force du franc. La flambée de notre devise face à l'euro et au dollar a renchéri nos produits de l'ordre de 25 à 30% en l'espace de quelques mois en 2011. L'économie suisse a heureusement réussi à rester compétitive jusqu'ici. Mais notre monnaie demeure surévaluée et cela pèse sur les marges des entreprises.

  • La flexibilité de notre marché du travail. Elle est remise en cause. Tant l'initiative 1:12 que celle sur un salaire minimum à 4000 francs par mois conduiraient, en cas d'acceptation, à un durcissement des relations de travail entre employés et entreprises. Le partenariat social, force largement enviée de notre pays, serait affaibli: représentants des travailleurs et employeurs n'auraient en effet plus grand chose à négocier puisque la loi dicterait l'essentiel.

  • La disponibilité d'une main-d'œuvre qualifiée. Plusieurs objets contestant l'accord de libre-circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne seront soumis en votation l'an prochain: "stop à l'immigration massive", l'initiative Ecopop ainsi que l'extension de la libre-circulation à la Croatie. Dans l'Arc lémanique, une limitation des possibilités de recrutement au-delà de nos frontières reviendrait à asphyxier de nombreuses sociétés, qui pourraient choisir de déménager.

  • L'engorgement des routes et des transports publics. Sans investissements rapides et importants dans les infrastructures, la situation pourrait continuer à se dégrader. Mais les bouchons ont un coût, tout comme les trains retardés. Pour la seule route, la Confédération chiffre à 1,5 milliard de francs le dommage causé par les 20'000 heures de bouchons comptabilisés au niveau national en 2012.

  • La fiscalité. Le canton de Vaud (comme celui de Genève) se distingue par l'un des taux d'imposition des bénéfices parmi les plus hauts de Suisse. Il a jusqu'ici pu tirer son épingle du jeu grâce aux régimes spéciaux cantonaux. Mais ceux-ci sont contestés par Bruxelles et pourraient disparaître rapidement.

Il importe de garder à l'esprit ces faiblesses si nous voulons éviter que les mauvaises nouvelles de ces derniers jours continuent. Pour le franc fort, la Banque nationale (BNS) dirige les opérations. Mais pour tout le reste, la balle est dans notre camp, souvent dans notre canton! Il est minuit moins cinq pour agir!