16/08/2012

8 millions d'habitants en Suisse, une chance!

Notre pays vient de passer le cap des 8 millions d'habitants. Déjà trop? La limite à ne pas dépasser? Pour les nostalgiques alignés derrière Franz Weber ou les chauds partisans des initiatives Ecopop (limitation à 0,2% de la croissance migratoire) et Stop à l'immigration massive, la coupe serait pleine. Il faudrait fermer les frontières au plus vite. A bien écouter certains activistes, il serait même judicieux d'aller bien au-delà, et de limiter le nombre des naissances. Pas moins. Quelles stimulantes perspectives pour notre pays et surtout pour nos jeunes!

Le monde change. Malthus craignait la surpopulation alors que la planète ne comptait que 1,6 milliards d'habitants. Ce chiffre est à peu près celui de la population chinoise aujourd'hui et quoi qu'en disent certains intégristes, le monde ne s'en porte pas plus mal. A notre petite échelle, pourquoi devrions-nous redouter le cap des huit, neuf ou dix millions d'habitants en Suisse?

Posons la question différemment: où en serait la Suisse aujourd'hui si nos grands-parents avaient décidé que le seuil des 4 millions d'habitants atteints en 1930 était le plafond à ne pas dépasser? Difficile à imaginer, mais tentons l'exercice tout de même: nous aurions sans doute dû construire des murs sur la frontière. Nos entreprises n'auraient eu d'autres choix que de déménager à l'étranger, là où elles peuvent embaucher. Il est peu probable nous abriterions aujourd'hui des champions de la pharma comme Roche ou Novartis, ou de l'alimentaire, comme Nestlé… La plupart des jeunes bien formés auraient quitté le pays. Il n'y aurait plus assez d'actifs pour cotiser à l'AVS et nous serions obligés de travailler jusqu'à 80 ans. En un mot, la Suisse se serait à coup sûr appauvrie.

Notre politique d'ouverture a permis tout le contraire. Si la Suisse attire autant d'immigrants aujourd'hui, c'est parce que notre économie s'est hissée – heureusement, et la tâche n'a pas été aisée – parmi les plus dynamiques du monde occidental. Alors que la crise de l'euro se poursuit depuis trois ans, le chômage ne dépasse pas les 2,7% (juillet) dans notre pays alors qu'un actif sur dix n'a pas de travail dans la zone euro (et même un sur quatre en Espagne). Pour les jeunes, l'offre de places d'apprentissage excède la demande. Que voulons-nous de plus?

Côté immigration, la grande majorité des étrangers qui s'installent en Suisse ont un niveau de formation élevé. Bien loin de coûter à nos finances publiques, ils sont des contributeurs nets tant sur le plan fiscal que sur celui des assurances sociales.

Cela ne va bien sûr pas sans défis. Personne ne les nie. Cette forte croissance nous oblige en particulier à développer nos réseaux routiers et ferroviaires, à intensifier la construction de logements. La croissance doit être accompagnée, mais cette mission est parfaitement réalisable avec une économie saine. Et le cap des 8 millions d'habitants est justement le signe de notre vitalité. Vouloir stopper artificiellement cette évolution serait aussi absurde que de tailler des arbres fruitiers au printemps. Il n'y aurait que des dégâts!

27/06/2012

Libre circulation des personnes: un bilan positif incontesté

La libre-circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne a été profitable aux entreprises. Un sondage publié lundi par l'Union suisse des arts et métiers ne laisse planer aucun doute: 70% des sociétés qui occupent plus de 50 personnes et  64% de celles qui comptent entre 10 et 49 employés sont satisfaites des changements introduits depuis 2002. Même les plus petites entreprises, dont les effectifs vont de 5 à 9 personnes et qui sont donc moins concernées par les problèmes de recrutement, estiment à 54% positifs les effets de cette politique d'ouverture. Et pourtant surprise: la majorité des entreprises (57%) se dit favorable à l'initiative de l'UDC qui vise à stopper l'immigration.

Les dirigeants d'entreprises seraient-ils devenus schizophrènes? Bien sûr que non.  Regardons d'abord la question à laquelle ils ont répondu: "l’initiative populaire «Stopper l’immigration massive!» vient d’être déposée. Elle vise, entre autres, à réintroduire des contingents à l’immigration et à donner aux Suisses la priorité sur les étrangers dans la recherche d’un emploi. Etes-vous (entièrement d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord…)?" Présenté comme cela, avouons que l'on est enclin à répondre oui. Pourquoi devrions-nous faire venir de la main-d'œuvre étrangère si du personnel qualifié est disponible ici, surtout en nombre suffisant.

Le problème, c'est que ce n'est pas le cas. La Suisse manque de main-d'œuvre qualifiée (et elle continuera à en manquer ces prochaines années). Sans immigration, la Suisse n'aurait jamais connu l'essor économique qu'elle a connu ces dix dernières années, car l'augmentation naturelle de la population n'est pas suffisante. Sans la libre-circulation des personnes, les finances publiques vaudoises – dont la dette culminait à près de 9 milliards il y a quelques années – n'auraient pas pu être assainies. Pour l'AVS, les comptes seraient pratiquement dans les chiffres rouges.

La majeure partie des PME suisses ne sont active que sur le marché intérieur. C'est vrai. Mais elles ne vivent pas dans une bulle: les dizaines de milliers d'employés qui sont venus s'installer en Suisse en provenance d'autres pays sont aussi leurs consommateurs. Pour peu que l'on observe un peu, toutes les entreprises (commerce, construction, tourisme, restauration, etc.) ont tiré avantage de la libre-circulation. L'industrie d'exportation est loin d'être la seule gagnante!

Notre pays gagne un franc sur trois en vendant des produits et services en Europe. Accepter l'initiative sur "l'immigration massive" compromettrait ce commerce, car Bruxelles pourrait alors dénoncer du jour au lendemain l'ensemble des accords bilatéraux. Or, à côté de la libre circulation des personnes, ceux-ci garantissent également la libre circulation des marchandises.

La politique menée jusqu'ici a été porteuse de dynamisme, d'innovation, de croissance. Véritable fléau en France, pour ne pas parler de l'Europe du Sud, le chômage des jeunes n'est pas un problème en Suisse. Bien au contraire: les entreprises peinent à trouver des apprentis! Le taux d'universitaires qui ne trouvent pas de travail à la fin des études est anecdotique. Globalement, la Suisse connaît l'un des taux de chômage les plus bas du monde.

On ne le répétera jamais assez, cette belle réussite est le fruit de l'ouverture de notre économie, de la stabilité de notre système politique et de la flexibilité de notre marché du travail. Tout remettre en question avec une initiative simpliste pourrait nous conduire droit dans le mur!

02/08/2011

L'initiative anti-immigration de l'UDC est nuisible

Et si l'on parlait des effets positifs de la main-d'œuvre étrangère en Suisse? A l'heure où l'UDC entend stopper "l'immigration massive" en lançant une énième initiative populaire, il est urgent de rappeler que les étrangers sont des contributeurs nets pour toutes les assurances sociales en Suisse. Il ne s'agit pas là de propagande, les immigrés paient davantage qu'ils ne touchent, que ce soit pour l'AVS, le chômage, les allocations pour perte de gain (APG) ou même l'assurance-invalidité (AI). L'AI? Oui, même pour l'AI, les Européens sont proportionnellement moins nombreux à en bénéficier que les Suisses, selon les données de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS).

 

Mieux: l'afflux de cotisants supplémentaires qu'a connu la Suisse au cours des cinq dernières années (environ 300'000 personnes) n'a pas que dopé la croissance et amorti la récession en 2009: il a donné un puissant coup de fouet aux finances de l'AVS. Berne craignait qu'elles virent au rouge dès 2015, cet horizon est désormais reporté à 2020-25. Et permet d'élaborer en toute sérénité un plan d'assainissement plutôt que d'agir le couteau sous la gorge.

 

Le "retour à l'économie planifiée" – la formule est de la NZZ - voulu par l'UDC en exigeant des contingents de travailleurs est tout simplement nuisible. Il priverait entreprises et administrations publiques d'un accès facilité à la main-d'œuvre dont elles ont besoin, qu'on songe à la santé ou à l'hôtellerie-restauration. Pire encore, il remettrait aussi en cause l'ensemble des bilatérales, dont le bilan est plus que profitable à l'ensemble du pays.

 

La Suisse a certes des défis à relever, en particulier dans les transports et le logement. Attaquons-nous activement et positivement à ces problèmes. Loin d'être une solution, une politique migratoire restrictive ne nous garantirait qu'un gigantesque autogoal!