29/08/2018

Non à des produits hors de prix

shutterstock_516661930.jpg

Deux initiatives agricoles figurent, notamment, au menu des votations fédérales du 23 septembre prochain. Celle des Verts, «Pour des aliments équitables». et celle d’Uniterre, «Pour la souveraineté alimentaire». Toutes deux demandent, dans le fond, un changement de cap dans la politique agricole en privilégiant la production équitable et locale, tout en imposant des prescriptions sévères aux producteurs étrangers. Même si le vaste soutien initial dont ils ont profité semble s'effriter selon les derniers sondages, ces textes bénéficient encore d'un certain capital de sympathie. Difficile, a priori, de dénigrer des initiatives qui ont pour objectif de nous faire manger mieux. C'est oublier, cependant, que ces bonnes intentions cachent une multitude de désagréments, voire de dangers pour notre pays.

L’initiative des Verts, tout d'abord, entend renforcer l’offre en aliments produits durablement. Rien de neuf sous le soleil helvétique dans la mesure où la législation actuelle poursuit les mêmes objectifs. Bien plus problématique: ce texte prévoit d’imposer nos réglementations écologiques et sociales aux producteurs des aliments que nous importons, qu’ils soient bruts ou transformés. Imagine-t-on quel monstre bureaucratique il faudra instituer pour appliquer et contrôler ce mécanisme? Sans compter que les contrôles rendus nécessaires par sa mise en œuvre auraient pour effet de renchérir les produits alimentaires.

Cette initiative poserait également des problèmes au regard du droit international, car elle imposerait aux autres États des pratiques que ceux-ci pourraient juger discriminatoires et contraires aux échanges commerciaux. Avec, à la clé, un risque de représailles: notre industrie exportatrice, dans son ensemble, pourrait ainsi se retrouver en difficulté. Les conséquences seraient donc non seulement politiques, mais également économiques.

Mesures de rétorsion à craindre

L’initiative d’Uniterre va encore plus loin. Elle prévoit ainsi de prélever des droits de douane pour entraver les importations de produits qui ne seraient pas fabriqués dans le respect des normes sociales et environnementales de la Suisse. À l’instar de l’initiative «Pour des aliments équitables», la volonté de soumettre tous les produits agricoles et les denrées alimentaires importés aux normes de qualité suisses représenterait une violation des engagements commerciaux pris par notre pays et des obligations auxquelles il est tenu par la réglementation des échanges et le droit européen. Là aussi, des mesures de rétorsion, néfastes pour l’ensemble de notre industrie d'exportation, pourraient être prises par les États qui se sentiraient lésés. Les consommateurs en seraient d'ailleurs les premières victimes, car ce système restreindrait le choix des produits et induirait une augmentation des prix.

Pour couronner le tout, l’initiative prévoit des interventions sur le marché du travail, en chargeant la Confédération de prendre des mesures pour accroître le nombre de personnes actives dans le secteur agricole et de veiller à des conditions de travail uniformes à l’échelle de la Suisse. L'agriculture centralisée et étatiste que promet ce texte n’améliorerait en rien la situation actuelle.

Le réalisme doit l'emporter sur la bonne conscience, surtout lorsqu'elle rime avec inconscience. Le Conseil fédéral et le Parlement, dans sa très grande majorité, recommandent de rejeter ces deux initiatives populaires. C'est ce que nous ferons le 23 septembre avec détermination.

Photo: Shutterstock

27/06/2018

Intégrons le b.a.-ba des Y et des Z

 

jeunes_laptop.jpg

Coup sur coup, un livre et une étude remettent sous les feux de l'actualité une problématique qui agite les chefs d'entreprises depuis plusieurs années: l'intégration, dans le monde du travail, des générations Y (individus nés entre 1983 et 1994) et Z (nés entre janvier 1995 et décembre 1999). Dans leur ouvrage «Générations Y & Z, le grand défi de l’intergénérationnel» (Ed. De Boeck), Daniel Ollivier et Catherine Tanguy écrivent que «l’histoire retiendra que c’est la génération Y qui est la première à avoir clairement fait le choix de ne plus mettre la carrière au centre de son projet de vie. Elle travaille pour vivre, mais ne vit pas pour travailler», relate «Le Temps» de vendredi dernier. Les Z leur emboîtent donc allègrement le pas: «Les jeunes veulent argent et liberté», titre «Le Matin dimanche» dans sa dernière édition, en référence à la septième étude «Millenial Survey» du consultant Deloitte.

Ces tendances lourdes nous interpellent d'autant plus les «millenials» constitueront bientôt la part la plus importante de la population active. «Le recrutement de jeunes talents devient donc de plus en plus ardu», prévient Bjornar Jensen, associé chez Deloitte Suisse. Jamais, sans doute dans l'histoire économique moderne, les entrepreneurs n'auront été confrontés à un tel défi lié aux générations. Jusqu'à un passé pas si lointain, les rapports hiérarchiques étaient verticaux, les employés respectaient les consignes et restaient fidèles à la même boîte à peu près toute leur vie. Rien de tout cela chez les Y et Z, qui associent l'entreprise à la concurrence, à la performance, à la continuité et à la persévérance, alors qu'ils pensent, eux, en termes d'agilité, d'égalité, de coopération, de transparence et de responsabilité sociétale. Fameux défis que voilà…

Nombre d'entrepreneurs le disent à mots plus ou moins couverts: intégrer ces Y et ces Z représente un véritable casse-tête, tant les codes qui avaient cours jusqu'à présent sont en train de voler en éclats. Le plus préoccupant reste le fait que «les Z, à l’instar des Y, n’envisagent pas de rester longtemps dans la même entreprise, car la fidélité est mal récompensée et la mobilité offre plus d’opportunités professionnelles», relèvent encore Daniel Ollivier et Catherine Tanguy.

Une chose est sûre: dans le contexte actuel de pénurie de talents, l'économie doit recruter et former les jeunes diplômés au plus vite. Tenir compte de la nouvelle donne qu'ils imposent est dès lors plus que nécessaire. S'adapter, d'ailleurs, les entrepreneurs savent le faire! Aussi, dans un monde qui bouge et qui se digitalise à toute vitesse, il faut considérer l'arrivée de ces jeunes qui ont grandi avec le numérique et l'ubérisation comme une chance réelle pour notre économie.

Les «millenials» se disent toutefois prêts à s’investir dans la durée si l’organisation leur apporte reconnaissance, possibilité de s’exprimer et vie en groupe. Alors, offrons-leur un cadre adéquat, répondons à leurs attentes avec des impulsions qui ont du sens et faisons-leur confiance. Et s'ils ont de grosses lacunes en histoire et en géographie, Wikipédia restera une source, et un espoir de leur donner envie d'approfondir.

Photo: istock

13/06/2018

Restaurer notre souffle pionnier

JO_2026_pins_5.jpg

En refusant dimanche dernier que les Jeux olympiques d'hiver se tiennent à Sion en 2026, les Valaisans ont sonné le glas d'un grand projet qui aurait, de toute évidence, apporté un élan au canton hôte et à ceux qui y étaient associés, de même qu'au pays tout entier. Il ne fait aucun doute que cet événement aurait replacé la Suisse au centre du monde, stimulé l'économie, redonné une dynamique aux valeurs sportives et démontré notre modernité. Qu'a-t-il manqué pour fédérer la population du Vieux-Pays autour de cette noble ambition? On pourra discourir encore longtemps sur les multiples raisons de cet échec, qui se sont additionnées les unes aux autres pour former un front d'opposants majoritaire. Reste l'immense déception d'un rendez-vous raté avec l'un des événements les plus porteurs du monde. Les J.O. de la jeunesse, qui s'ouvriront dans moins de deux ans à Lausanne, aviveront peut-être quelques regrets.

Ce rejet - qui n'est pas si net au regard des chiffres (54% de non) - interroge le rapport que nous entretenons avec la notion de grand projet. Dans un passé récent, nous avons connu l'Expo 02 qui, si elle a engendré pas mal d'atermoiements, a fini par constituer une belle réussite collective. Plus près de nous, la fantastique épopée du voilier «Alinghi», qui a permis à la Suisse de remporter la prestigieuse coupe de l'America en 2003 et en 2007, et qui a dopé l'innovation, nous rappelle que les collectivités publiques n'ont pas le monopole des grandes initiatives. Le secteur privé peut lui aussi être un puissant vecteur.

Des paris audacieux

L’ambition est une condition cadre du succès, ai-je écrit dans une chronique précédente. La Suisse en constitue l'illustration parfaite. Isolé au milieu de l’Europe et quasi sans ressources au cœur du XIXe siècle, notre pays a su se forger un avenir à coups de paris audacieux qui ont progressivement contribué à établir une place forte économique, politique et sociale au cœur du continent. Elle a su dompter une topographie hostile et tracer des lignes routières et ferroviaires qui, aujourd'hui encore, constituent autant de réseaux performants. L'effort doit d'ailleurs se poursuivre par le biais d'investissements conséquents pour répondre à la croissance démographique.

Au lendemain du non à Sion 2026, les questions se bousculent dans nos têtes: sommes-nous donc en panne de visions et d'aspirations? La société actuelle est-elle devenue à ce point égoïste et centrée sur elle-même que ses membres ne sont plus capables de se mobiliser et de se retrouver autour d'une ambition commune porteuse d'avenir? Face aux innombrables défis qui se dressent devant nous - technologiques, sociétaux et environnementaux -, nous avons le devoir de chercher et de trouver une perspective durable, dans tous les sens du terme.

C'est pourquoi il faut réveiller l'esprit pionnier qui caractérise notre pays depuis des décennies et initier de grands projets, générateurs d’activité économique, dans l'esprit de la responsabilité sociétale. C'est en restaurant cet élan séculaire que la Suisse pourra continuer de développer une activité économique pérenne et, ainsi, conserver sa place enviable dans le concert des nations.

Photo: DR