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18/10/2017

Immigration et emploi, le contre-exemple du Brexit

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On le sait depuis quelques semaines, l’ASIN et l’UDC préparent le lancement prochain, début 2018, d’une nouvelle initiative pour interdire la libre circulation des travailleurs. Baptisé « Limites aux frontières », ce texte vise à empêcher toute possibilité pour la Suisse de conclure ou d’adapter un traité qui octroie la libre circulation des personnes. C’est un complément à l’article 121 sur l’immigration, adopté par le peuple le 9 février 2014. Il veut verrouiller l’interprétation faite par les Chambres fédérales de l’initiative contre « l’immigration de masse » lors de l’élaboration de la loi d’application. Selon les initiants, celle-ci « trahit » l’esprit du texte et ne suit donc pas la volonté populaire.

Vouloir maîtriser ses flux migratoires est une chose, se couper de toute flexibilité économique en est une autre. Pour se convaincre des dangers d’une politique qui empêche l’économie d’adapter son recrutement à ses nécessités, pas besoin d’élaborer de longues théories. Un simple coup d’œil à un grand pays européen suffit. Le Royaume-Uni vit en direct les conséquences d’une décision de fermeture, avant même que la moindre mesure n’ait pris force de loi.

Des problèmes déjà réels

En effet, le Brexit n’est pas encore négocié que l’économie britannique subit les effets de ses futures restrictions en matière de main-d’œuvre étrangère. Des milliers de postes, pour des emplois peu gratifiants mais indispensables (comme plongeur dans un café, travailleur agricole, ouvrier dans la construction), restent inoccupés. Les patrons ont beau multiplier les annonces, aucun Britannique n’y répond, et la source des travailleurs venus (principalement) d’Europe de l’Est, ouverte en 2004, se tarit à vue d’œil. Certes, l’effondrement du cours de la livre sterling joue un rôle dans cette désertion, mais le climat anti-étranger qui a régné lors de la campagne du Brexit a fait tache d’huile, et la main-d’œuvre est-européenne se tourne vers d’autres marchés, plus accueillants.

D’autre part, le taux de chômage demeure bas. Du coup, ces emplois de deuxième choix n’intéressent pas les Britanniques. Et la crise se déplace sur un terrain plus glissant encore : le milieu hospitalier. Dans les hôpitaux anglais, on commence à manquer d’infirmières. La pénurie pourrait gagner des secteurs à haute valeur ajoutée, accélérant le risque de désertion d’institutions financières et l’effet d’entraînement désastreux pour l’économie.

Comparaison n’est pas raison ? Sans doute le cas britannique diffère-t-il de la problématique suisse, en ce sens que la Suisse n’est pas membre de l’Union européenne et qu’elle ne s’en retire pas. Mais tout de même : la Suisse bénéficie des accords bilatéraux, et de la libre circulation pour permettre à son économie de trouver les bras et les cerveaux qui lui permettent de croître et de dégager de la richesse. Elle aussi connaît un niveau de chômage très bas – encore plus bas que la Grande-Bretagne.

Dans un monde globalisé, avec une économie tournée vers l’exportation, la Suisse doit pouvoir continuer à gérer ses flux de main-d’œuvre avec précaution et intelligence. Sans se construire des barrières qui, loin d’apporter une réponse à la perte d’emploi de ses citoyens, la pénalisera encore davantage en affaiblissant sa capacité de croissance.

12/10/2017

Le travail ne va pas disparaître !

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C’est la nouvelle théorie à la mode, le nouvel épouvantail : le travail disparaît. L’automatisation de la société s’accélère, l’intelligence artificielle s’immisce dans les recoins les plus inattendus de notre vie quotidienne, des métiers disparaissent aussi vite que les espèces sur la planète. Bref, comme le dit la chanson, c’est la fin du monde tel que nous le connaissons.

Quelques prophètes de la technologie triomphante nous prédisent un avenir digne des meilleurs films de science-fiction, où les machines devenues toutes-puissantes seraient bien plus capables que nous de discernement, et que leur association avec les esprits les plus malfaisants promettrait au monde un chaos destructeur. C’est faire fi de l’histoire, de la faculté d’adaptation de l’être humain, de sa créativité, et d’un élément qu’il faut sans cesse rappeler : les machines, les algorithmes, les logiciels, aussi perfectionnés soient-ils, ne produisent que ce pour quoi ils ont été conçus. L’avenir est sans doute différent du présent, c’est une tautologie, mais il suffit de se pencher sur les prédictions faites dans un passé récent pour constater leur inexactitude.

Du réalisme et de la souplesse

D’autres prophètes serinent un refrain bien connu: si le travail disparaît peu à peu, il faut mieux le partager. Comme si « le travail » était un élément fini, un gâteau standard que l’on répartit en tranches d’égale valeur. Les exemples peu convaincants abondent (la France et ses 35 heures, au hasard), mais cela n’arrête pas les inconditionnels du collectivisme. Ainsi des Jeunes socialistes suisses, qui proposent une semaine de travail à 25 heures, sans diminution de revenu, bien entendu. Le tour de passe-passe serait réalisé par la seule grâce de l’augmentation de la productivité – et financé par les riches patrons, bien entendu.

Les jeunesses partisanes font souvent œuvre de provocation pour avancer des idées nouvelles. En l’occurrence, les Jeunes socialistes recyclent et exagèrent une idée qui sent déjà l’obsolescence. Si nous devons retenir une leçon globale de l’évolution technologique de notre société, c’est qu’elle exige de nous davantage de souplesse et d’inventivité que de rigidité.

Des métiers disparaissent, d’autres se créent. Les tâches rébarbatives, répétitives, qui ne demandent aucune créativité, sont de plus en plus prises en charge par des robots ou des logiciels. Mais les exigences en matière de services individualisés et de gestion de la complexité ouvrent de nouvelles perspectives. L’urgence n’est donc pas de brider le travail, mais de mieux accompagner ses mutations, en adaptant notre cadre législatif et régulatoire à ces réalités. Et en insistant sur la formation, à tous les niveaux, pour éviter que cette révolution n'engendre des cohortes de victimes.

04/10/2017

Budget vaudois : passer de l’équilibre à l’équilibrisme

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Chaque présentation d’un budget équilibré représente évidemment une bonne nouvelle. En ce sens, le budget 2018 de l’Etat de Vaud ne déroge pas à une règle désormais bien établie. Les recettes sont supérieures aux dépenses – d’un cheveu, cette fois, puisque le solde positif dépasse à peine les 60'000 francs sur 9,529 milliards (total brut des charges). Les irréductibles optimistes argueront que depuis bientôt dix ans, notre grand argentier Pascal Broulis nous chante un refrain fait de prudence, voire d’inquiétude, et qu’à chaque bilan annuel la situation réelle se révèle meilleure qu’escomptée. En quoi le millésime à venir devrait-il se différencier ? Pourquoi ne pas tabler à nouveau sur un matelas plus confortable, et la poursuite de ce cercle vertueux qui a fini par être la marque de fabrique du « compromis dynamique » à la vaudoise ?

En fait, les comptes de l’Etat se dégradent, et ce n’est pas faire œuvre de pessimisme que de le constater. L’analyse des tendances de ces dernières années est confirmée par les chiffres présentés par le Conseil d’Etat : les dépenses sociales explosent, et les recettes fiscales stagnent. Voilà pour le résumé grossier de la situation. Le détail révèle des éléments plus préoccupants.

Inflation sociale et tarissement des revenus

Au chapitre social, la hausse des dépenses ne semble avoir aucune limite, aucun plafond. A travers l’évolution des diverses positions budgétaires, l’on perçoit comme une fatalité que l’Etat prenne en charge un nombre croissant de personnes et de prestations. Il est évidemment dans l’intérêt de la société que les individus en difficulté puissent être aidés pour réintégrer au plus vite le marché du travail. Mais sans le moindre outil statistique comparatif valable (en particulier avec des cantons d’importance similaire), il s'avère impossible de juger de la pertinence des mesures appliquées par l’Etat, ou encore de savoir si les dispositions ne poussent pas plutôt vers l’aide sociale que vers la réintégration au monde du travail. Pour financer cette inflation sociale, l'Etat en demande chaque année davantage aux contribuables et aux entreprises. C’est la première préoccupation.

La deuxième concerne le tarissement visible d’une source majeure de revenus : l’implantation en territoire vaudois d’entreprises internationales connaît un frein très net. A tel point que le budget de l’Etat n’inscrit aucune nouvelle recette pour 2018. Cette inquiétude est d’autant plus grande que ces entreprises sont les premières clientes de nos PME et alimentent aussi, par leurs emplois, les recettes des personnes physiques.

On le voit, les interrogations suscitées par la modification des conditions cadres produisent leurs effets à long terme. Les entreprises sont agiles et prennent leurs décisions de plus en plus prestement, mais les réputations ont la vie dure et il faut des clarifications rapides et solides pour ramener la confiance. L’incertitude fédérale sur la modification de la fiscalité des entreprises pèse sur le canton de Vaud, dont les propres dispositions ont pourtant été largement approuvées par le peuple (RIE III-VD). Le canton pourrait choisir d’investir en mettant en place sa réforme fiscale AVANT la décision fédérale, afin d’éviter l’affaiblissement intrinsèque de la position vaudoise. Cette  baisse de la fiscalité des entreprises doit amener, à terme, une croissance de l’activité économique, et donc des revenus de l’impôt. Mais pour l’heure, la nécessité de maîtriser les dépenses, du social notamment, est une priorité absolue. Le budget 2018 de l’Etat de Vaud ne délivre malheureusement pas ce message.