25/07/2018

Des solutions au chômage des seniors existent

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Dans son rapport sur le chômage des personnes âgées de 50 ans et plus, paru l'automne dernier, le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) a constaté que les seniors ne sont pas plus fortement touchés que les classes d’âge regroupant les jeunes. Cependant, concède-t-il, quand une personne de plus de 50 ans perd sa place de travail, «il lui est comparativement plus difficile de trouver un nouveau poste». La durée de recherche d’emploi des 50+ est ainsi d'environ 1,5 fois plus longue que la durée moyenne pour toute la Suisse, et plus de deux fois plus longue que chez les demandeurs d’emploi âgés de 15 à 24 ans.

Cette situation préoccupe les organisations économiques, au même titre que l’insertion professionnelle en général. L'an dernier, la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) a organisé deux événements réunissant 200 responsables RH des entreprises et les organismes d’intégration. Les réflexions se multiplient sur cette problématique, de même que les ébauches de solutions.

Une expérience intéressante

Je suis convaincue que la voie de l'accompagnement peut être un gage de réussite. Ces dernières années, une expérience intéressante a été menée du côté de Saint-Gall. Le programme Tandem Plus a permis de réintégrer près de 600 seniors en leur apprenant à se projeter à nouveau dans une recherche de travail, à réactiver leur réseau et à remettre en avant leurs compétences. Un programme similaire, soutenu par la CVCI, va être mis sur pied dès cet été dans le canton de Vaud: dix demandeurs d’emploi de plus de 50 ans pourront rejoindre volontairement ce projet. Cinq mentors bénévoles, recrutés parmi les participants au micro MBA en management entrepreneurial, destiné aux cadres des PME, les feront bénéficier d'un accompagnement individuel d’une durée de quatre mois. Le programme débutera dans un Office régional de placement et, en cas de succès, sera élargi à l’ensemble du canton.

Autre exemple: l'an dernier, le Service vaudois de l’emploi a mandaté cinq prestataires pour la mise en œuvre d'une plateforme destinée aux demandeurs d'emploi de 50 ans et plus. Ce projet a pour objectif d'améliorer leur retour à l'emploi rapidement et durablement en promouvant leurs compétences auprès des entreprises. Ces initiatives peuvent paraître marginales au regard du nombre de chômeurs, mais leur multiplication peut permettre d'obtenir des résultats probants.

Ce genre de démarche a le mérite de motiver les seniors en quête d'emploi. On est aux antipodes de la «solution» que préconisait l'an dernier le conseiller d'État Pierre-Yves Maillard, quand il demandait aux associations économiques vaudoises de créer 1000 jobs pour les chômeurs de cette tranche d'âge. Générer 1000 places de travail ex nihilo? Je ne vois pas quelle pourrait être la motivation des gens qui en bénéficieraient, ni le goût au travail que cela pourrait leur procurer!

Avec le départ à la retraite programmé de la génération des baby-boomers, l'économie aura besoin de beaucoup de bras et de cerveaux, dont ceux des seniors. Ces derniers disposent de solides atouts, comme la faculté de transmettre le savoir, la fiabilité et la capacité à gérer les situations problématiques. Nous devrions d'ailleurs en profiter pour revoir nos méthodes salariales, qui sont obsolètes et qui tiennent trop souvent compte de l’ancienneté par rapport aux compétences. Les repenser pourrait également contribuer à favoriser la réinsertion, dans une perspective plus globale.

Photo: ldd

18/07/2018

Halte au charabia et au galimatias!

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J'ai déploré, dans une chronique récente, le manque de culture générale et la relative pauvreté langagière des générations Y et Z qui arrivent sur le marché du travail. Ces jeunes gens ont certes beaucoup de qualités qui en font des collaborateurs précieux, mais je ne peux m'empêcher de penser que ces carences constituent un handicap pour appréhender le monde, fût-il actuel. «Faire ses humanités», comme l'on disait autrefois, à savoir étudier les grands textes du passé, permet de bien maîtriser la langue, laquelle contribue indéniablement à former la pensée, comme le confirment de nombreuses études en la matière.

La question fait aujourd'hui débat en France après des années de dérives dans le domaine de l'enseignement obligatoire. Mais les choses changent outre-Jura, sous l'impulsion de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale. Dès son entrée en fonction, comme le relevait dernièrement «Le Matin dimanche», ce dernier a imposé la chorale à l’école, le retour de l'enseignement du latin-grec, des classes bilingues, et même l'interdiction du téléphone portable pendant les cours.

Mais ce n'est pas tout! Le ministre annonce le retour des dictées quotidiennes au niveau primaire, la réapparition de l’enseignement du passé simple et du mythique C.O.D. en remplacement de méthodes absurdes. À cela s'ajoutent la lecture obligatoire d’un minimum de classiques de la littérature de France dès le plus jeune âge, la mise au placard de certaines simplifications orthographiques et, cerise sur le gâteau, il entend proposer un nouveau programme, d’«enseignement moral et civique». C'est un fait que nos voisins français ont identifié: les nouvelles méthodes d'enseignement ont échoué. Dans l'article dominical précité, l'écrivain Pascal Bruckner est d'avis que les réformes de Jean-Michel Blanquer vont dans la bonne direction: «On était allé tellement loin dans la «déconnade» pédagogique que l’on prend désormais la mesure d’une tradition ancienne qui avait globalement plutôt réussi», clame l'essayiste.

Comparaison n'est pas raison, dit-on, mais il m'apparaît que l'on peut tracer un parallèle avec la situation scolaire en Suisse en général, et dans le canton de Vaud en particulier. Lorsque j'entends le galimatias de nombre d'ados et même de jeunes adultes dans la rue et dans les transports publics, je ne peux pas m'empêcher de penser que la langue s'est considérablement appauvrie ces dernières années et que l'école a sa part de responsabilité dans cet affaiblissement navrant. Le constat s'impose: les jeunes générations doivent de toute urgence redécouvrir toute la richesse de la création littéraire dans le cadre de la scolarité obligatoire. Non pas dans l'idée de rédiger à l'avenir des CV en vers ou de se présenter à un entretien en déclamant ses motivations, mais pour mieux structurer sa pensée et pour développer un esprit critique. Ce sont ces qualités humaines qui feront la différence dans un monde qui se numérise et qui change à grande vitesse.

Il faut certes vivre avec son temps, mais l'heure semble venue de réhabiliter des temps pas aussi ringards qu'ils n'y paraissent.

 Photo: Fotolia

27/06/2018

Intégrons le b.a.-ba des Y et des Z

 

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Coup sur coup, un livre et une étude remettent sous les feux de l'actualité une problématique qui agite les chefs d'entreprises depuis plusieurs années: l'intégration, dans le monde du travail, des générations Y (individus nés entre 1983 et 1994) et Z (nés entre janvier 1995 et décembre 1999). Dans leur ouvrage «Générations Y & Z, le grand défi de l’intergénérationnel» (Ed. De Boeck), Daniel Ollivier et Catherine Tanguy écrivent que «l’histoire retiendra que c’est la génération Y qui est la première à avoir clairement fait le choix de ne plus mettre la carrière au centre de son projet de vie. Elle travaille pour vivre, mais ne vit pas pour travailler», relate «Le Temps» de vendredi dernier. Les Z leur emboîtent donc allègrement le pas: «Les jeunes veulent argent et liberté», titre «Le Matin dimanche» dans sa dernière édition, en référence à la septième étude «Millenial Survey» du consultant Deloitte.

Ces tendances lourdes nous interpellent d'autant plus les «millenials» constitueront bientôt la part la plus importante de la population active. «Le recrutement de jeunes talents devient donc de plus en plus ardu», prévient Bjornar Jensen, associé chez Deloitte Suisse. Jamais, sans doute dans l'histoire économique moderne, les entrepreneurs n'auront été confrontés à un tel défi lié aux générations. Jusqu'à un passé pas si lointain, les rapports hiérarchiques étaient verticaux, les employés respectaient les consignes et restaient fidèles à la même boîte à peu près toute leur vie. Rien de tout cela chez les Y et Z, qui associent l'entreprise à la concurrence, à la performance, à la continuité et à la persévérance, alors qu'ils pensent, eux, en termes d'agilité, d'égalité, de coopération, de transparence et de responsabilité sociétale. Fameux défis que voilà…

Nombre d'entrepreneurs le disent à mots plus ou moins couverts: intégrer ces Y et ces Z représente un véritable casse-tête, tant les codes qui avaient cours jusqu'à présent sont en train de voler en éclats. Le plus préoccupant reste le fait que «les Z, à l’instar des Y, n’envisagent pas de rester longtemps dans la même entreprise, car la fidélité est mal récompensée et la mobilité offre plus d’opportunités professionnelles», relèvent encore Daniel Ollivier et Catherine Tanguy.

Une chose est sûre: dans le contexte actuel de pénurie de talents, l'économie doit recruter et former les jeunes diplômés au plus vite. Tenir compte de la nouvelle donne qu'ils imposent est dès lors plus que nécessaire. S'adapter, d'ailleurs, les entrepreneurs savent le faire! Aussi, dans un monde qui bouge et qui se digitalise à toute vitesse, il faut considérer l'arrivée de ces jeunes qui ont grandi avec le numérique et l'ubérisation comme une chance réelle pour notre économie.

Les «millenials» se disent toutefois prêts à s’investir dans la durée si l’organisation leur apporte reconnaissance, possibilité de s’exprimer et vie en groupe. Alors, offrons-leur un cadre adéquat, répondons à leurs attentes avec des impulsions qui ont du sens et faisons-leur confiance. Et s'ils ont de grosses lacunes en histoire et en géographie, Wikipédia restera une source, et un espoir de leur donner envie d'approfondir.

Photo: istock