04/07/2018

Les grands projets ne doivent pas rester en berne

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La Suisse a décidément mal à ses grands projets. La réforme de la fiscalité des entreprises paraissait sur de bons rails suite à la récente adoption, par le Conseil des États, d'un compromis permettant de lier le Projet fiscal 17 (PF 17) au renflouement de l'AVS avec, à la clé, une compensation des pertes de recettes fiscales dans l'assurance-vieillesse à hauteur de 2,1 milliards de francs. Quelques jours plus tard, patatras: une commission du National s'est prononcée en faveur d'une compensation du PF 17, appelé désormais RFFA, au moyen d’une augmentation de la TVA. Même si l'on n'en est qu'au début du processus, cette divergence annonce de sacrées passes d'armes.

Dans la foulée, le Conseil fédéral s'est invité de manière surprenante dans le débat peu avant la trêve estivale en lançant la consultation sur l’avant-projet de stabilisation de l’AVS (AVS 21), qui prévoit un relèvement progressif de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans et un financement par une hausse de la TVA de 1,5 point. Et comme si cela ne suffisait pas, des dissonances apparaissent au niveau du Conseil fédéral. Le chef de la diplomatie, Ignazio Cassis, vient de se faire recadrer plutôt sèchement par le président de la Confédération, Alain Berset, pour avoir remis en question l'intangibilité des mesures d'accompagnement des accords bilatéraux.

Cacophonie symptomatique

La cacophonie qui règne à tous les étages de la Coupole fédérale est hélas symptomatique d'un climat que l'on retrouve tous les quatre ans. Faut-il rappeler que 2018 est une année préélectorale… Chacun campe sur ses positions en pensant à ses électeurs, et la querelle des egos bat son plein. Le président du PS, Christian Levrat, ne vient-il pas de parler d'un Ignazio Cassis «à la dérive» en matière de politique étrangère? On a beau se dire qu'il s'agit d'un scénario habituel et que les choses devraient rentrer dans l'ordre à la fin du mois d'octobre de 2019, il est inadmissible que les grandes réformes dont notre pays a besoin restent en stand-by pendant une année. Les négociations d'un accord-cadre avec Bruxelles, l'adaptation de notre fiscalité aux réalités internationales, la concurrence étrangère féroce, les menaces de guerre commerciale du président Trump, tous ces dossiers rendent indispensable sinon une union sacrée, du moins une propension au consensus.

J'évoquais, dans une chronique récente, combien il était essentiel de restaurer l'esprit pionnier de notre pays afin d'initier de grands projets. C'est bel et bien en réhabilitant cet élan séculaire, et non pas en se tirant dans les pattes au sein de l'arène politique, que la Suisse pourra conserver sa place enviable dans le concert des nations. Face aux innombrables défis qui se dressent devant nous - technologiques, sociétaux et environnementaux -, nous avons le devoir de chercher et de trouver une voie commune pour le bien de notre pays, de son économie et de sa population.

Photo: Fotolia

27/06/2018

Intégrons le b.a.-ba des Y et des Z

 

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Coup sur coup, un livre et une étude remettent sous les feux de l'actualité une problématique qui agite les chefs d'entreprises depuis plusieurs années: l'intégration, dans le monde du travail, des générations Y (individus nés entre 1983 et 1994) et Z (nés entre janvier 1995 et décembre 1999). Dans leur ouvrage «Générations Y & Z, le grand défi de l’intergénérationnel» (Ed. De Boeck), Daniel Ollivier et Catherine Tanguy écrivent que «l’histoire retiendra que c’est la génération Y qui est la première à avoir clairement fait le choix de ne plus mettre la carrière au centre de son projet de vie. Elle travaille pour vivre, mais ne vit pas pour travailler», relate «Le Temps» de vendredi dernier. Les Z leur emboîtent donc allègrement le pas: «Les jeunes veulent argent et liberté», titre «Le Matin dimanche» dans sa dernière édition, en référence à la septième étude «Millenial Survey» du consultant Deloitte.

Ces tendances lourdes nous interpellent d'autant plus les «millenials» constitueront bientôt la part la plus importante de la population active. «Le recrutement de jeunes talents devient donc de plus en plus ardu», prévient Bjornar Jensen, associé chez Deloitte Suisse. Jamais, sans doute dans l'histoire économique moderne, les entrepreneurs n'auront été confrontés à un tel défi lié aux générations. Jusqu'à un passé pas si lointain, les rapports hiérarchiques étaient verticaux, les employés respectaient les consignes et restaient fidèles à la même boîte à peu près toute leur vie. Rien de tout cela chez les Y et Z, qui associent l'entreprise à la concurrence, à la performance, à la continuité et à la persévérance, alors qu'ils pensent, eux, en termes d'agilité, d'égalité, de coopération, de transparence et de responsabilité sociétale. Fameux défis que voilà…

Nombre d'entrepreneurs le disent à mots plus ou moins couverts: intégrer ces Y et ces Z représente un véritable casse-tête, tant les codes qui avaient cours jusqu'à présent sont en train de voler en éclats. Le plus préoccupant reste le fait que «les Z, à l’instar des Y, n’envisagent pas de rester longtemps dans la même entreprise, car la fidélité est mal récompensée et la mobilité offre plus d’opportunités professionnelles», relèvent encore Daniel Ollivier et Catherine Tanguy.

Une chose est sûre: dans le contexte actuel de pénurie de talents, l'économie doit recruter et former les jeunes diplômés au plus vite. Tenir compte de la nouvelle donne qu'ils imposent est dès lors plus que nécessaire. S'adapter, d'ailleurs, les entrepreneurs savent le faire! Aussi, dans un monde qui bouge et qui se digitalise à toute vitesse, il faut considérer l'arrivée de ces jeunes qui ont grandi avec le numérique et l'ubérisation comme une chance réelle pour notre économie.

Les «millenials» se disent toutefois prêts à s’investir dans la durée si l’organisation leur apporte reconnaissance, possibilité de s’exprimer et vie en groupe. Alors, offrons-leur un cadre adéquat, répondons à leurs attentes avec des impulsions qui ont du sens et faisons-leur confiance. Et s'ils ont de grosses lacunes en histoire et en géographie, Wikipédia restera une source, et un espoir de leur donner envie d'approfondir.

Photo: istock

20/06/2018

Quotas: la question est ailleurs

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Le suspense a été total la semaine dernière sous la Coupole fédérale, à l'occasion du débat sur la révision du droit des sociétés. C'est finalement par 95 voix contre 94 que le Conseil national a décidé d’introduire des quotas féminins pour les entreprises cotées en Bourse. Les conseils d'administration devront compter au minimum 30% de femmes et les directions 20%, cela dans un délai de cinq, respectivement dix ans. Aucune sanction n'est prévue: les quelque 250 sociétés potentiellement concernées devront juste expliquer pour quelle(s) raison(s) l'objectif n'est pas atteint et comment elles veulent y parvenir. Le Conseil des États doit encore se prononcer.

Ce score des plus serrés illustre bien l'embarras qui règne à propos de cette problématique. Je me suis déjà exprimée maintes fois sur ce sujet: à mes yeux, imposer des quotas de femmes dans les sphères dirigeantes des entreprises s'apparente à un effet de manche et ne résout pas les questions de fond liés à ce véritable problème de société. La solution réside dans la création de conditions permettant de faciliter la promotion de celles-ci dans l’encadrement intermédiaire et supérieur des entreprises.

Quatre axes de développement

À la place de quotas un peu alibis, il me paraît indispensable de développer quatre axes principaux: la flexibilisation du travail, une fiscalité supportable, des structures d'accueil d'enfants et la formation continue. En premier lieu, donc, les entreprises devraient proposer des postes à responsabilité à temps partiel à des femmes au profil adéquat. Corollaire, les hommes devraient, de leur côté, songer à réduire leur temps de travail pour permettre aux femmes d'accéder à de tels postes. L'évolution, quoique lente, est en marche: les messieurs sont de plus en plus nombreux à opter pour un travail à 80%, voire moins. Pour pouvoir disposer de plus de temps «pour eux», mais aussi pour le consacrer à une autre activité qui donne du sens à leur vie. 

Deuxièmement, l'État doit poser les bases d'un cadre fiscal supportable où, en fin de compte, un couple ne se sentira pas découragé de travailler. En troisième lieu, l'accueil de jour des enfants doit être développé. Je rappelle à ce propos que les employeurs vaudois ont été les premiers à payer pour leur création, quand il s'est agi de mettre en place un tel réseau. Nous avons aussi consenti à augmenter les montants alloués, notamment dans le cadre de la RIE III vaudoise. La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) salue au passage la prolongation de la loi fédérale sur les aides financières à l'accueil extra-familial pour enfants, adoptée dernièrement par le Conseil national. Enfin, la formation continue devrait être développée et encouragée, car elle constitue un excellent moyen de se créer un réseau, et elle reste essentielle dans un contexte d’évolution technologique permanente.

L'accession des femmes à des fonctions dirigeantes est d'autant plus souhaitable qu'elles disposeront sous peu d'une double opportunité de se profiler: le monde professionnel va, à terme, manquer de personnel en raison du départ à la retraite programmé des baby-boomers, ainsi que du recul de l'immigration auquel on assiste déjà aujourd'hui.

La question n'est pas d'être d'accord ou pas avec les quotas. Elle est clairement ailleurs.