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04/10/2017

Budget vaudois : passer de l’équilibre à l’équilibrisme

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Chaque présentation d’un budget équilibré représente évidemment une bonne nouvelle. En ce sens, le budget 2018 de l’Etat de Vaud ne déroge pas à une règle désormais bien établie. Les recettes sont supérieures aux dépenses – d’un cheveu, cette fois, puisque le solde positif dépasse à peine les 60'000 francs sur 9,529 milliards (total brut des charges). Les irréductibles optimistes argueront que depuis bientôt dix ans, notre grand argentier Pascal Broulis nous chante un refrain fait de prudence, voire d’inquiétude, et qu’à chaque bilan annuel la situation réelle se révèle meilleure qu’escomptée. En quoi le millésime à venir devrait-il se différencier ? Pourquoi ne pas tabler à nouveau sur un matelas plus confortable, et la poursuite de ce cercle vertueux qui a fini par être la marque de fabrique du « compromis dynamique » à la vaudoise ?

En fait, les comptes de l’Etat se dégradent, et ce n’est pas faire œuvre de pessimisme que de le constater. L’analyse des tendances de ces dernières années est confirmée par les chiffres présentés par le Conseil d’Etat : les dépenses sociales explosent, et les recettes fiscales stagnent. Voilà pour le résumé grossier de la situation. Le détail révèle des éléments plus préoccupants.

Inflation sociale et tarissement des revenus

Au chapitre social, la hausse des dépenses ne semble avoir aucune limite, aucun plafond. A travers l’évolution des diverses positions budgétaires, l’on perçoit comme une fatalité que l’Etat prenne en charge un nombre croissant de personnes et de prestations. Il est évidemment dans l’intérêt de la société que les individus en difficulté puissent être aidés pour réintégrer au plus vite le marché du travail. Mais sans le moindre outil statistique comparatif valable (en particulier avec des cantons d’importance similaire), il s'avère impossible de juger de la pertinence des mesures appliquées par l’Etat, ou encore de savoir si les dispositions ne poussent pas plutôt vers l’aide sociale que vers la réintégration au monde du travail. Pour financer cette inflation sociale, l'Etat en demande chaque année davantage aux contribuables et aux entreprises. C’est la première préoccupation.

La deuxième concerne le tarissement visible d’une source majeure de revenus : l’implantation en territoire vaudois d’entreprises internationales connaît un frein très net. A tel point que le budget de l’Etat n’inscrit aucune nouvelle recette pour 2018. Cette inquiétude est d’autant plus grande que ces entreprises sont les premières clientes de nos PME et alimentent aussi, par leurs emplois, les recettes des personnes physiques.

On le voit, les interrogations suscitées par la modification des conditions cadres produisent leurs effets à long terme. Les entreprises sont agiles et prennent leurs décisions de plus en plus prestement, mais les réputations ont la vie dure et il faut des clarifications rapides et solides pour ramener la confiance. L’incertitude fédérale sur la modification de la fiscalité des entreprises pèse sur le canton de Vaud, dont les propres dispositions ont pourtant été largement approuvées par le peuple (RIE III-VD). Le canton pourrait choisir d’investir en mettant en place sa réforme fiscale AVANT la décision fédérale, afin d’éviter l’affaiblissement intrinsèque de la position vaudoise. Cette  baisse de la fiscalité des entreprises doit amener, à terme, une croissance de l’activité économique, et donc des revenus de l’impôt. Mais pour l’heure, la nécessité de maîtriser les dépenses, du social notamment, est une priorité absolue. Le budget 2018 de l’Etat de Vaud ne délivre malheureusement pas ce message.

27/09/2017

Réforme des retraites : passer des lignes rouges à celle de l’horizon

L’échec en votation fédérale du paquet de réformes Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020) est une déception, mais pas une surprise. Au fur et à mesure que la campagne avançait, l’addition des oppositions est montée en puissance. Comme souvent, un projet qui tentait de concilier de nombreux aspects, dans un domaine à la fois complexe et hautement émotionnel, était une cible fragile face à la multiplication des points de vue égocentrés.

Bien sûr, PV2020 n’était pas un projet parfait. Mais n’est-ce pas le propre des compromis ? Nous avions jugé que les avantages l’emportaient sur les inconvénients, et que les réponses apportées à des questions auxquelles personne ne peut se dérober étaient satisfaisantes.

Ces questions demeurent, et le rejet de ce texte longuement élaboré n’a rien résolu. Quant aux commentaires entendus dans la foulée du verdict populaire, ils laissent parfois songeur. Il y est beaucoup question de « lignes rouges ». Si chacun choisit un élément précis sur lequel il n’est disposé à faire aucune concession, avant même d’avoir envisagé une négociation, avant même d’avoir identifié l’essentiel de l’accessoire, quel est le sens d’une discussion ? Quelles sont les chances laissées à la construction d’un compromis qui trouve une majorité solide, capable d’affronter le verdict du peuple ? Il faut espérer qu’à l’excitation de la campagne succède un climat plus serein, où gagnants et perdants du 24 septembre se rappellent que c’est de la pérennité de notre système de retraites (qui fait paraît-il des envieux dans le monde entier) qu’il s’agit.

3 axes de discussion pour avancer

Au-delà de ces prémisses, la discussion va certainement reprendre sur trois axes assez clairs. Premièrement, en réaction au paquet défait dans les urnes, le « plan B » se concentrera sur le premier pilier, dont le sauvetage est le plus urgent, et laissera le deuxième pilier en dehors de l’équation. Ce non-mélange des genres est en soi une bonne chose. Deuxième axe, le plan reposera sur deux éléments considérés comme indispensables par la droite : l’élévation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, et la hausse de la TVA pour financer l’assainissement du fonds AVS. Cette hausse (0,6%) a presque été admise – elle l’a même été dans le canton de Vaud –, ce qui laisse à penser qu’une majorité peut se dégager sur le bien-fondé d’un effort financier complémentaire pour garantir les retraites. En revanche, le sondage Tamedia sortie des urnes montre que les femmes sont réfractaires à l’idée d’une parité de l’âge de la retraite avec les hommes.

C’est là qu’intervient le troisième axe, celui des compensations, nécessaires pour faire accepter la réforme. Mais de quelle nature doivent-elles être, et qui doivent-elles toucher ? Dans ce domaine, un peu de créativité ne fera pas de mal.  Pour cela, il faudra observer attentivement l’évolution du marché du travail, et des mœurs professionnelles des Suisses. Celles-ci ont changé depuis six ans, date de la naissance du projet refusé le 24 septembre. De nouveaux métiers apparaissent ; l’ubérisation des secteurs traditionnels et la numérisation des activités humaines modifient les habitudes en profondeur ; les aspirations de la population changent. Les jeunes gens, autant que les jeunes femmes, sont toujours plus nombreux à opter pour un travail à temps partiel, et cumulent souvent des engagements auxiliaires plus ou moins rémunérés.

De tout cela, une réforme des retraites doit tenir compte. En commençant peut-être par abaisser le seuil du salaire de coordination du deuxième pilier. En assouplissant les règles, là où la société s’assouplit aussi. Pour faire coller ce projet à un horizon fluctuant, on ne peut pas se permettre de s’arc-bouter aux lignes rouges.

13/09/2017

Prévoyance 2020: une réforme indispensable

L'AVS et le 2e pilier ont besoin d'être adaptés aux nouvelles réalités. Et cela rapidement. Les nouvelles réalités? L'allongement de l'espérance de vie - plus de 80 ans aujourd'hui pour les hommes et les femmes - ainsi que des rendements financiers faibles, en raison des taux d'intérêt très bas. La réforme Prévoyance 2020 soumise à votation le 24 septembre prochain permet de faire un premier pas en avant dans l'assainissement de notre système de retraite. Un OUI est nécessaire!

Avec cette réforme, nous procéderons à des adaptations logiques et de toute manière inévitable. Ainsi en est-il de l'âge de la retraite à 65 ans pour tous et du taux de conversion du capital vieillesse du 2e pilier ramené à 6%, contre 6,8% aujourd'hui. Actuellement, chaque actif paie, sur l'ensemble de sa carrière, des dizaines de milliers de francs pour financer les rentes des retraités, qui bénéficient d'un taux de conversion déconnecté des réalités. Une solution aberrante puisque le 2e pilier n'a pas pour vocation de redistribuer. Chacun ne doit en principe recevoir que ce qu'il a cotisé, gains financiers compris. Prévoyance 2020 corrige ce problème et c'est essentiel.

La réforme a bien sûr aussi un défaut, comme le mettent en avant ses opposants. L'augmentation de 70 francs par mois des rentes AVS des futurs retraités posera en effet de de nouveaux problèmes de financement à moyen terme. Il s'agira alors de remettre l'ouvrage sur le métier…

La réforme rétablit l'équilibre

Mais ce seul élément négatif ne doit pas occulter le fait que Prévoyance 2020 rétablit immédiatement l'équilibre de l'ensemble du système. Pour les actifs, et les jeunes en particulier, cette situation ne peut que constituer une excellente nouvelle. Quant aux rentiers actuels, rien ne change pour eux: ils continueront en particulier à bénéficier d'un taux de conversion LPP plus favorable que les futurs retraités, dont les rentes seront maintenues grâce, notamment, à des cotisations accrues.

On en vient à la question du coût pour la population, qui passe par une hausse de la TVA ainsi qu'une augmentation des cotisations salariales. Mais cette dernière reste limitée. Et il faut garder à l'esprit que sans ces nouveaux prélèvements, les rentes devraient être diminuées… Et cela le Parlement ne l'a clairement pas voulu.

Je l'ai dit, Prévoyance 2020 n'évitera pas d'autres révisions de l'AVS dans quelques années déjà. Mais les percées en matière d'adaptation au vieillissement de la population permettent de pérenniser notre système de retraite. Toutes ces avancées contrebalancent nettement le problème de la hausse de 70 francs des rentes AVS des futurs retraités. Mais surtout, et c'est là l'essentiel, la réforme constitue une solution économiquement indispensable.