02/05/2018

Pour une protection des données adaptée

sveta - Fotolia.com.jpg

Donner «aux citoyens plus de contrôle sur leurs propres informations privées dans un monde numérique de téléphones intelligents, de médias sociaux, de services bancaires sur Internet et de transferts mondiaux»: telles sont les ambitions du Règlement européen général sur la protection des données (RGPD), qui sera applicable à partir du 25 mai prochain dans l'Union européenne… et au-delà.

Tout acteur qui traite des données personnelles dans l'UE est concerné: les entreprises, les individus et les autorités. Et comme le RGPD est susceptible de s’appliquer également hors des frontières des 28, les entreprises suisses qui fournissent des biens et des services dans l'Union ou qui y suivent le comportement de personnes physiques seront également confrontées à cette réglementation. Les entreprises qui souhaitent savoir si elles y seront soumises peuvent effectuer un test rapide sur le site d'economiesuisse ici.

La CVCI, pour sa part, suit de près la mise en place de ce règlement pour ses membres et a publié à cet effet des fiches juridiques dans son journal «demain». Nous avons aussi mis sur pied la semaine dernière un séminaire sur cette thématique complexe. Le succès a été tel que l'exercice va être répété début juillet. C'est dire l'ampleur des besoins en information de nos entreprises dans ce domaine.

C'est d'autant plus indispensable que le non-respect des dispositions du RGPD peut s’avérer coûteux. Les amendes en cas de violation peuvent atteindre plusieurs millions d’euros. Précisons toutefois que les autorités de protection des données devraient avant tout jouer un rôle d’information et de sensibilisation aux bonnes pratiques à mettre en œuvre pour respecter cette réglementation. À ce jour, aucune procédure n’a encore été définie pour permettre l’exécution d’une sanction ou l’encaissement d’une amende infligée.

La Suisse a un train de retard

L'entrée en vigueur prochaine du RGPD met aussi en lumière le retard que prend la Suisse dans l'adaptation de sa législation sur la protection des données, qui date de … 1993. La révision totale de la loi n'est toujours pas sous toit et pourrait être reportée à 2019, voire à 2020! Le mois dernier, relate «Le Temps», des sommités du monde académique, des avocats, des responsables de l’économie et des préposés à la protection des données ont publié une lettre ouverte dans laquelle elles estiment qu’une «mise à jour de la loi suisse est indispensable et urgente». Selon ces personnalités, en conservant un texte qui a plus de vingt-cinq ans, la Suisse risque de perdre son statut de pays équivalent, ce qui rendrait le transfert de données de l’UE vers la Suisse plus compliqué.

C'est d'autant plus regrettable que les données constituent le véritable moteur de l’innovation à l’ère de la numérisation triomphante. Aussi, il nous paraît indispensable de préserver l’équivalence de la protection des données suisse avec les prescriptions européennes, sans devoir toutefois reprendre les dispositions du RGPD qui ne seraient pas indispensables. Aux parlementaires d'œuvrer désormais, et dans les meilleurs délais.

Photo: Fotolia

25/04/2018

Une faiblesse qui pourrait cacher une force

Fotolia_Gina Sanders.jpg

La nouvelle n'est pas passée inaperçue dans les milieux économiques la semaine dernière: pour la première fois depuis l'abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse (BNS), en janvier 2015, notre devise a atteint le cours de 1 fr. 20 pour un euro. Si les vacanciers et autres amateurs d'escapades vers l'Union européenne verront la chose d'un mauvais œil, il en va tout autrement des industriels tournés vers l'exportation. Grâce à ce taux de change redevenu favorable aux affaires, les entreprises vont pouvoir accroître leur compétitivité et travailler avec des marges retrouvées.

Car le monde de l'économie suisse a encore en mémoire le choc qu'a représenté, il y a un peu plus de trois ans, la décision de la BNS. Du jour au lendemain, les firmes exportatrices se sont retrouvées avec une quasi-parité entre le franc et l'euro, qui leur a fait perdre pas loin de 20% de leur chiffre d'affaires. Il a fallu réagir vite: revoir les budgets et les processus, contacter les fournisseurs, trouver des arrangements et, forcément, baisser les prix pour rester concurrentiel. Très vite, les industriels de notre pays ont dû innover, prospecter d'autres marchés et, parfois, renoncer à la collaboration de sous-traitants, perdant ainsi un savoir-faire local très précieux, et même partiellement délocaliser. Fort heureusement, l'industrie de notre pays est parvenue à faire le dos rond et à passer le cap sans laisser trop de plumes derrière elle.

Se réveiller et investir

L'embellie actuelle sur le front monétaire, quoiqu'intéressante pour nos entreprises, interpelle cependant par son ampleur et suscite même un fond d'inquiétude. Car la faiblesse du franc suisse met surtout en lumière la bonne santé de l'économie européenne, et révèle, par conséquent un relatif déficit de performance de la nôtre. Le fait d'avoir surmonté avec succès l'effet franc fort aurait-il constitué une sorte d'«oreiller de paresse» pour l'industrie suisse? Sans aller jusque-là, force est de constater que le retour à la croissance chez nos voisins européens doit aujourd'hui inciter l'industrie suisse à se réveiller et à investir, à la faveur des gains de change et du retour des marges financières.

Investir pour l'avenir, cela implique indubitablement de se donner les moyens d'entreprendre et de réussir le virage de la digitalisation, laquelle représente une révolution industrielle plus profonde encore que les trois précédentes. Ce serait aussi l'occasion, pour les entrepreneurs d'ici, de renouer avec les sous-traitants du coin, dont le savoir-faire et l'inventivité ne sont plus à démontrer.

L'industrie ne doit pas tarder, car les bonnes conditions monétaires actuelles ne vont pas nécessairement durer. Les taux de change sont souvent imprévisibles et volatils. Les tensions au Proche-Orient, de même que la guéguerre commerciale initiée contre la Chine par le président américain, Donald Trump, pourraient rapidement ramener les investisseurs vers le franc suisse, valeur refuge traditionnelle, et le pousser de nouveau vers des sommets néfastes pour nos exportations. Investir rime plus que jamais avec avenir.

Photo: Fotolia

18/04/2018

Des vertus de l'ouverture des frontières

passeport_Photo Gaetan Bally.jpg

Statistique Vaud l'a indiqué la semaine dernière: le canton a accueilli, en 2017, 8200 personnes supplémentaires sur son sol. L'accroissement est attribuable pour deux tiers à l'immigration, le solde provenant de la différence entre naissances et décès. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il reste bien en-deçà des hausses observées entre 2007 et 2016, où l'on a enregistré 12'000 arrivées annuellement.

Cette baisse de l'immigration, même si elle est peut-être ponctuelle, n'est pas une bonne nouvelle si l'on se place du point de vue de l'économie. Car notre pays a besoin de renouveler sa main-d'œuvre pour contrebalancer les effets de l'accélération du vieillissement de la population. Intégrer davantage les femmes et les seniors, ce qui reste une priorité, ne suffira pas à combler le manque annoncé de forces vives sur le marché du travail.

Le Fonds monétaire international ne dit pas autre chose dans un récent rapport publié dans la perspective de sa réunion de printemps, qui se déroule actuellement à Washington: «Bien qu'accueillir des migrants puisse poser des problèmes et susciter potentiellement un revers politique, ceux-ci pourraient aussi être une aubaine pour les pays hôtes», affirme l'institution. Les experts du FMI rappellent que selon des projections de l'ONU, la population totale va se réduire dans près de la moitié des pays développés d'ici au milieu de ce siècle.

Ce rapport intervient au moment où de vifs sentiments anti-immigration se font jour dans le monde occidental, en particulier aux Etats-Unis et, plus près de nous, en Hongrie et en Autriche. Sans parler des initiatives à répétition qui sont lancées en Suisse sur le sujet. Le FMI assure, de son côté, que les pays développés doivent repenser les politiques migratoires pour dynamiser la main-d'œuvre disponible.

Réindustrialisation bienvenue

Ce constat, frappé du sceau du bon sens, permet de rappeler que la libre circulation des personnes et les bilatérales ont largement contribué à stimuler l'économie vaudoise. Par les vertus d'un accès amélioré au marché du travail européen, ainsi que de meilleures conditions d'exportation résultant de nos relations avec l'Union européenne, notre tissu industriel a pu se renouveler.

Dans son étude «Vaud, le tigre discret», réalisée avec la BCV en 2016, la CVCI soulignait d'ailleurs que depuis le début du millénaire, notre canton s’est réindustrialisé, notamment grâce à l’émergence d’une nouvelle industrie, la pharma, à la forte progression du secteur alimentaire (conditionnement du café en capsules) et à la renaissance d'industries de précision comme l'horlogerie, la medtech et l'électronique.

Ces faits contredisent en partie un autre rapport que le FMI vient de publier sur le déclin des emplois manufacturiers ces dernières années et les craintes qu'il susciterait, à tort, dans les pays développés. Pour les experts du Fonds, en résumé, le transfert de postes de travail du secteur industriel vers celui des services n'affaiblirait pas l'économie, mais apporterait une richesse similaire. C'est peut-être le cas! Il n'en demeure pas moins vrai que la bonne santé d'un pays repose sur la diversité et la complémentarité de ses secteurs d'activité.

Pour en revenir à l'immigration, le FMI conclut sur le fait que celle-ci «peut contribuer à des gains à long terme telle que la croissance ou la productivité». Raison de plus, pour notre pays, de continuer à privilégier l'ouverture des frontières à leur fermeture.

Photo: Gaetan Bally